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Reviewed by:
  • Prisonniers de guerre « indigènes ». Visages oubliés de la France occupée by Armelle MABON
  • Alain Messaoudi
Armelle MABON. – Prisonniers de guerre « indigènes ». Visages oubliés de la France occupée, Paris, La Découverte, 2010, 297pages.

Ce livre d’histoire engagée étudie une question restée longtemps occultée : le statut particulier des soldats « indigènes » de l’armée française faits prisonniers par l’armée allemande entre 1940 et 1945. Contrairement à leurs compagnons d’armes français transférés en Allemagne, ces sujets coloniaux ont été retenus en France dans des frontstalags situés dans la zone occupée. Si leur mémoire a été conservée localement, leur situation n’avait pas été jusque-là objet d’histoire, la décolonisation ayant [End Page 203] favorisé l’oubli d’une « minorité » (70 000 hommes en 1941, quand le nombre de prisonniers métropolitains envoyés en Allemagne atteint un million et demi) qui avait le double défaut de rappeler la traumatisante défaite de 1940 et la perte de l’Empire. Faisant suite à l’écriture d’un film documentaire destiné à toucher un plus large public (avec Violaine Dejoie-Robin, Oubliés et trahis : les prisonniers de guerre coloniaux et nord-africains, 2003), ce travail est porté par la conviction d’un devoir d’histoire envers des hommes dont les actions n’ont pas été reconnues à leur juste valeur, ni équitablement récompensées. Il rejoint en cela une sensibilité nouvelle au passé colonial, dont a témoigné en 2006 le succès du film Indigènes, qui mettait en scène la participation des troupes coloniales à la libération de l’Europe.

L’histoire de ces prisonniers est organisée en deux parties, selon un ordre chronologique qui voit se succéder les temps de la capture, de la captivité, de la libération, du rapatriement puis de l’oubli, avec un basculement progressif de la loyauté à la mise en question de l’empire colonial – mouvement qui mériterait peutêtre une analyse en soi –, et des chapitres qui ont aussi une dimension thématique. La première partie (« Défendre la métropole, une mission militaire et citoyenne ») permet d’aborder la question d’un sentiment de solidarité nationale « française » dans un cadre impérial « pluriculturel » (chapitres 4 et 5) ; la seconde (« Trahison d’État et mission civilisatrice »), celle du développement des nationalismes et de la contestation de l’ordre colonial.

Malgré quelques formulations maladroites – « parce que les Africains ne possédaient pas d’écrits, les Européens se sont toujours imaginé qu’ils ne pouvaient être que des enfants à qui il fallait inculquer la civilisation » (p. 18) ; la « force [des hommes de troupe indigènes] vient justement de leur tradition qui place la justice et l’égalité comme des socles intangibles » (p. 24) –, l’auteur fait preuve d’une grande précision et d’un sens de la nuance. Elle se fonde sur des archives et des témoignages nombreux grâce auxquels elle peut saisir les logiques complexes qui animent les autorités françaises, les prisonniers ou la population civile qui les côtoie.

Choisissant d’étudier les prisonniers « indigènes » dans leur ensemble (même si les Sénégalais occupent une place centrale), Armelle Mabon met en évidence la multiplicité des autorités chargées d’assurer leur protection et leur contrôle, et l’hétérogénéité des statuts qui les régissent, les Nord-Africains étant généralement distingués du reste des coloniaux. Ces autorités partagent le souci récurrent, à l’origine duquel pragmatisme et préjugés se rejoignent, de ne pas mêler les différentes « races » et de les administrer séparément. À côté de conceptions racistes qui font des prisonniers « indigènes » des soldats à part, l’historienne repère des cadres de pensée nationaux (et militaires) qui supposent une certaine égalité de droits et de devoirs. Lorsqu’en janvier 1943 les autorités allemandes obtiennent du gouvernement de Vichy de remplacer les sentinelles allemandes des frontstalags par un encadrement français, Georges Scapini, chef du service diplomatique...

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Additional Information

ISSN
1961-8646
Print ISSN
0027-2671
Pages
pp. 203-205
Launched on MUSE
2017-03-04
Open Access
No
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