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Reviewed by:
  • Albert Thomas. Le socialisme en guerre 1914–1918 by Adeline BLASZKIEWICZ-MAISON
  • Vincent Viet
Adeline BLASZKIEWICZ-MAISON. – Albert Thomas. Le socialisme en guerre 1914–1918, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2016, 191pages. « Histoire ». Préface de Gilles Vergnon.

Dans cet ouvrage issu d’un travail de master remarqué (il a été récompensé en 2013 par le prix Jean Maitron et le prix de la Fondation Jean Jaurès), Adeline Blaszkiewicz-Maison revient sur la participation du socialiste Albert Thomas au gouvernement dit d’Union sacrée. Comment restituer à sa juste mesure une expérience de courte durée mais de grande ampleur, qui fut, comme sa devancière millerandienne des années 1899–1902, reniée avec fracas par le socialisme français ? Comment objectiver cette « malédiction originelle » qui semble avoir durablement contrarié la capacité de cette famille politique à assumer un réformisme décomplexé, c’est-à-dire ouvert dans l’exercice du pouvoir aux « compromis de classes » mais compatible avec la pureté de l’« idéal socialiste » ?

Compte tenu de la « légende noire » dont cet épisode a fait les frais, la réponse ne pouvait venir que d’une déconstruction raisonnée. S’appuyant sur diverses sources, dont le riche fonds privé Albert Thomas aux Archives nationales, Adeline Blaszkiewicz-Maison a choisi de croiser le parcours intellectuel et politique de Thomas avec l’évolution interne de la SFIO, tiraillée entre la nécessité de légitimer son adhésion à l’Union sacrée et le souci contradictoire de préserver son idéal, fût-il empreint de pacifisme. Cette lecture, qui relève de l’histoire politique – et plus particulièrement de l’histoire de la gauche française à travers l’exhumation de ses figures souvent méconnues –, s’est révélée à coup sûr pertinente. Elle a permis de mettre en évidence la continuité de vues qui caractérise de manière remarquable le socialisme de Thomas avant et pendant la guerre et d’apprécier, par contraste, la dérive de son parti qui se détachera de l’Union sacrée en septembre 1917 et finira, après [End Page 178] avoir tourné casaque, par vouer aux gémonies l’ex-ministre de l’Armement et des Fabrications de guerre. C’est bien ce déphasage, un temps occulté par l’impérieuse Union sacrée mais gros d’incompréhensions et d’ambiguïtés, qui rend compte de l’accusation de traîtrise portée à l’encontre du « ministre des Obus » et, au-delà du personnage, de la « crise de conscience du socialisme français » 6.

Mais au fait, d’où vient cette fameuse constance ? L’auteure la rattache à la formation de son personnage, qualifié, dès avant la guerre, de réformiste au cœur du « réseau réformateur ». Albert Thomas s’est clairement fait le « passeur » du révisionnisme bernsteinien, au moment même où l’entrée de Millerand dans un gouvernement bourgeois, aux côtés du « massacreur de la Commune » Gaston de Galliffet, faisait polémique au sein du socialisme français. Thomas ne se prononçait-il pas, dans ses nombreux articles (parus dans La Revue syndicale, L’Action socialiste municipale, L’Humanité, etc.), pour un parti socialiste constitutionnel et n’aspirait-il pas, comme certains théoriciens du syndicalisme, à dépasser l’opposition prétendument irréductible entre réforme et révolution ? En normalien rompu à la méthode dialectique, le socialiste résolvait les contradictions de son parti dans une synthèse qu’il s’imposait à lui-même comme ligne de conduite. Son pacifisme était, par exemple, subordonné à sa volonté patriotique de confier à la classe ouvrière qu’il voulait intégrer à la nation, un rôle d’avant-garde dans la défense de la patrie en cas d’agression. Le refus de la collaboration de classes, dont l’aile guesdiste de la SFIO faisait un dogme, était contourné par son action municipale à Champigny-sur-Marne, laboratoire parmi d’autres de la réforme sociale. Proche à l’évidence des milieux radicaux-socialistes (dont certains, comme Justin Godart, faisaient aussi partie de la « couv...

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Additional Information

ISSN
1961-8646
Print ISSN
0027-2671
Pages
pp. 178-181
Launched on MUSE
2017-03-04
Open Access
No
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