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Reviewed by:
  • L’Ambassadeur triste by Ananda Devi
  • Emmanuel Bruno Jean-François and Emmanuel Bruno Jean-François
Devi, Ananda. L’Ambassadeur triste. Paris: Gallimard, 2015. isbn 9782070147960. 194p.

Après la publication de nombreux romans parus chez des éditeurs divers durant les vingt dernières années, l’écrivaine d’origine indo-mauricienne, Ananda Devi, revient au genre de la nouvelle — qui lui a valu ses premiers prix littéraires dans les années 1970 — et nous livre, après Solstices (1977), Le Poids des êtres (1987) et La Fin des pierres et des âges (1993), son quatrième recueil de textes courts. Si elle n’a de fait jamais arrêté d’en écrire et d’en publier de manière ponctuelle dans différents collectifs (dont notamment la Collection Maurice où paraît une version initiale d’une des nouvelles du recueil, “Kari disan,” en 2014), Devi réaffirme, avec cette publication récente, sa maîtrise parfaite et singulièrement frappante de la forme brève, où la concision poétique s’allie aux phrases burinées et aux chutes ouvertes, remarquablement conçues par l’écrivaine. Et si les onze textes du recueil nous ouvrent tous, à leur manière, une fenêtre sur des mondes multiples et divers, l’ensemble de l’ouvrage est placé, pour sa part, sous le signe de la rencontre — tantôt troublante ou tragique, tantôt encore humoristique ou saisissante — des individus et des cultures, des croyances et des corps (“Déesse”), des rêves et des misères; mais également des fragilités, des angoisses et des mesquineries humaines. D’ailleurs, les tonalités, les [End Page 227] rythmes et les perspectives qu’explorent les différentes nouvelles varient eux-mêmes largement, de sorte que, dans une écriture qui oscille entre le tragique grinçant, la violence cinglante et l’ironie mordante, les univers représentés et maintenus sous tension s’opposent et se complètent à la fois, tout en exprimant les fantasmes de soi et les tentatives d’apprivoisement de l’autre. Ce à quoi l’auteure nous convie, par conséquent, c’est à une représentation de mondes en interaction, où la circulation d’individus égarés dans les méandres de l’existence, leurs quêtes inabouties, leurs trajectoires sinueuses, sont par exemple mises en évidence par les récits d’un ambassadeur au chagrin intarissable (“L’Ambassadeur triste”), d’une écrivaine occidentale faisant la rencontre d’un jeune mendiant pustuleux (“L’Aventure”), d’un écrivain mauricien participant à un festival littéraire en Inde (“Goûtu”) ou encore d’une mère dont l’enfant a quatre bras et quatre jambes (“La Dernière Pluie”).

Il importera toutefois de signaler, en évoquant ce croisement des univers, que si la grande majorité des ouvrages de Devi situent leur action dans l’Île Maurice natale de l’écrivaine, celle-ci poursuit avec ce recueil une exploration du “soi” et de “l’ailleurs” qu’entraînent, tantôt la mise en abyme du personnage de l’écrivain, tantôt la délocalisation voire la déterritorialisation (ou la reterritorialisation) de l’expression insulaire, notables déjà dans des romans comme Indian Tango (2007) ou Les Jours vivants (2013), dont les récits sont placés respectivement dans le décor mystique indien et dans le paysage vieilli de Londres. D’ailleurs, cette fois encore, l’un des espaces de prédilection que mettent en scène la plupart des nouvelles et d’où s’articulent les diverses expériences de rencontre qu’explore le texte, n’est autre que l’Inde: ce “pays de miracles et d’inhumanités, tout y est, il suffit de regarder et d’écouter” (122). C’est en effet dans les profondeurs de l’espace indien, dans ses paysages urbains et ses sites religieux, dans le vacarme de ses rues comme dans les recoins sombres du temple de Kailasanatha, dans la pénombre de ses murs comme dans l’extravagance de certains décors que, fidèle à ses préoccupations littéraires, l’écrivaine nous invite tantôt à “regarder,” tantôt à “écouter” des personnages marginaux et tristes, sales et monstrueux, désempar...

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Additional Information

ISSN
2156-9428
Print ISSN
1552-3152
Pages
pp. 227-229
Launched on MUSE
2017-01-28
Open Access
No
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