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  • Questions pour Habib Tengour et Pierre Joris au sujet du University of California Book of North African Literature
  • Omar Berrada (bio)

Omar Berrada : Comment est né le projet de cette anthologie (Joris et Tengour 2012) ? L’ambition était-elle, dès le départ, de couvrir 2.000 ans de création verbale ? La zone géographique était-elle déterminée d’emblée ? Et qu’en est-il de ce nom qui a longtemps été votre titre provisoire : Diwan ifrikiya ?

Pierre Joris :

Ça commence très tôt pour moi. En 1965 j’ai habité quelques mois à la librairie Shakespeare & Co. à Paris et le hasard a voulu que mon compagnon de chambrée soit Mohammed Khaïr-Eddine. C’est lui qui m’a introduit à la littérature maghrébine et ainsi j’ai commencé à lire des auteurs comme Driss Chraïbi, Kateb Yacine ou Mohammed Dib. C’est une littérature qui m’intéressait personnellement pour des raisons précises : je venais de décider d’écrire dans la langue américaine, trouvant que mes langues européennes (luxembourgeois, allemand, français) étaient trop « vieux-jeu », même si l’anglais américain pouvait être considéré presque comme une imposition néocoloniale. Pour moi, la vieille Europe était culturellement exsangue – qu’il s’agisse de la France, de l’Allemagne ou de l’Angleterre. Le renouveau venait de l’ex-colonie anglaise : je le voyais dans la littérature Beat et dans la musique rock. En Europe ce qui se faisait de mieux venait des ex colonies : que ce soit le Maghreb ou les Antilles pour la France, [End Page 273] l’Irlande, l’Écosse ou les Indes pour l’Angleterre. J’ai donc commencé par amasser une petite bibliothèque de littérature maghrébine. Dix ans plus tard : revenu des États-Unis et vivant à Londres, j’accepte un poste d’enseignant à l’université de Constantine en Algérie où je resterai de 1976 à 1979 – et où je rencontre Habib Tengour. Le dialogue sur les littératures maghrébines s’enclenche déjà là et se poursuivra sur les années à venir.

Durant les années 1980, je continue mes lectures dans le domaine maghrébin, et après mon retour aux États-Unis en 1987, l’idée d’une série d’anthologies sur les poésies d’avant-garde du XXe siècle commence à prendre forme lors de discussions entre Jerome Rothenberg et moi-même. Les deux premiers volumes que nous assemblons au début des années 1990 couvrent la poésie expérimentale du XXe siècle à travers le monde. J’ai vu dans cette collection naissante l’occasion de réaliser un vieux rêve : une anthologie du Maghreb. À la différence des premiers volumes qui étaient géographiquement globaux et temporellement limités au XXe siècle, je voulais cette anthologie géographiquement limitée à l’aire du Maghreb mais temporellement ouverte, justement pour montrer la richesse au niveau des langues et des formes de ces régions.

Dans mes recherches, j’étais tombé sur le terme ifrikiya dont la richesse sémantique m’avait frappé, car elle renferme une partie de l’histoire de l’Afrique du nord et de la circulation des langues et des peuples en son sein. Ifrikiya est une forme arabe du mot latin Africa, que les Romains avaient emprunté aux Egyptiens. Ceux-ci parlaient de “la terre des Ifri” en se référant aux habitants des territoires qui s’étendent à l’ouest de l’oasis de Siwa. Le terme « diwan » est évidemment un terme arabe qui décrit un assemblage de textes, terme entré dans le parler occidental. Diwan ifrikiya me parut donc immédiatement un titre qui sonnait bien à mon oreille.

Habib Tengour :

Diwan ifrikiya est le vrai titre du livre. C’est comme ça que Pierre nommait son projet d’anthologie maghrébine lorsqu’il m’en parlait à la fin des années 1970, à Constantine. Le projet, conçu au départ par Pierre, a mûri au cours des années. Nous en discutions souvent. Dans les années 2000, Pierre m’a...

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Additional Information

ISSN
2475-2401
Print ISSN
1540-0085
Pages
pp. 273-283
Launched on MUSE
2017-01-01
Open Access
No
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