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  • Après la Grande Guerre. Comment les Amérindiens des États-Unis sont devenus patriotes, 1917-1947 by Thomas Grillot
  • Emmanuel Saint-Fuscien
Thomas Grillot Après la Grande Guerre. Comment les Amérindiens des États-Unis sont devenus patriotes, 1917-1947 Paris, Éd. de l’EHESS, 2014, 261 p.

« Il y a bien eu – et il y a bien – un patriotisme indien aux États-Unis. C’est la Première Guerre mondiale qui l’a fait naître » (p. 229). Cette phrase conclut l’ouvrage que Thomas Grillot consacre à la Grande Guerre des Amérindiens des États-Unis, plus exactement aux conséquences de celle-ci sur les identités « assignées, revendiquées ou assumées » (p. 18). L’auteur offre en effet une lecture anthropologique et historique de la construction identitaire indienne à l’aune du statut d’ancien combattant de 1917-1918 défendu par les Indiens de 1917 jusqu’à la Termination de 1953.

Dans une démarche ethnohistorique, T. Grillot s’appuie sur un vaste corpus qui vise à retrouver, puis à analyser diverses pratiques collectives (chant, discours, parade, érection de monuments, enterrement d’anciens combattants). De nombreux fonds d’archives ont été visités (Bureau des affaires indiennes, archives nationales ou universitaires) ainsi que des sources traditionnelles comme les articles de presse et les collections de photos ou de correspondances. À ces sources, il faut ajouter des témoignages recueillis lors d’une enquête de terrain menée à la réserve sioux de Standing Rock, avec comme cadre assumé les principes ethnographiques qui défendent une approche et une analyse du passé par la compréhension d’un état présent (upstreaming) et l’utilisation d’un groupe proche pour expliquer le groupe considéré (sidestreaming).

L’auteur montre que l’histoire et l’anthropologie, en particulier la manière dont ces disciplines se sont développées dans les années 1960 aux États-Unis, ont masqué la nature et l’ampleur de l’engagement patriotique des Indiens lors de la Grande Guerre. Aujourd’hui encore « le patriotisme indien a quelque chose de scandaleux » (p. 16). Leur mobilisation n’est cependant pas séparable d’une affirmation identitaire polymorphe: « sous les apparences d’une union sacrée réconciliant Indiens et Américains, la tension entre identité personnelle, statut citoyen, appartenance ethnique (‘tribale’), raciale (‘Indiens’) et nationale reste entière pendant et après le premier conflit mondial » (p. 16).

C’est bien l’ensemble de ces enjeux que T. Grillot aborde de façon novatrice, dévoilant un pan mal connu de l’histoire amérindienne. Il explique notamment comment le récit national s’est approprié la participation indienne à la Première Guerre mondiale en accordant une large reconnaissance à l’Indian Day créé en 1916, un an avant l’engagement proportionnellement massif des Indiens dans l’armée en guerre. Du point de vue des logiques identitaires, le deuxième chapitre est particulièrement convaincant, notamment dans la manière dont il avance que la nationalisation du corps du héros ne signifie pas l’effacement de son identité « ethnique » ni de son appartenance à la tribu.

Par leur danse, leur fête, leur pow wow, leur peinture, c’est une identité à plusieurs échelles qui se reconfigure, allant du communautaire (du familial) au national en passant par l’identité tribale. Ce « besoin » identitaire a pu se trouver en contradiction avec la reconnaissance fédérale qui s’effrite dans les années 1920 et surtout dans les années 1930. Le micro-parcours éclairant de l’ancien combattant sénéca Jesse Cornplanter illustre la frustration profonde que suscite une reconnaissance légale et politique a minima. Cependant, de façon [End Page 284] générale, le patriotisme indien semble s’ancrer durablement entre 1919 et 1932. L’auteur insiste justement sur la demande de reconnaissance morale et légale des anciens combattants indiens, et sur l’émergence d’un vote indien patriotique qui s’exprime aussi dans des danses faites pour être vues. Le dernier chapitre peut conclure facilement sur la place en même temps originelle et centrale qu’occupèrent, dans les combats pour les droits civiques indiens, les...

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Additional Information

ISSN
1953-8146
Print ISSN
0395-2649
Pages
pp. 284-285
Launched on MUSE
2016-06-10
Open Access
No
Archive Status
Archived
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