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Reviewed by:
  • Pascal Brioist
Diane Roussel Violences et passions dans le Paris de la Renaissance Seyssel, Champ Vallon, 2012, 385 p.

Il est des livres dont le propos est finalement plus large que celui du titre annoncé. C’est le cas de l’ouvrage de Diane Roussel qui offre un véritable panorama socioculturel de Paris au xvie siècle, où l’on visite les rues, les tavernes, les salles de jeux de paume, les faubourgs et la campagne dans la ville en rencontrant toutes sortes de populations, de la vendeuse de fruits au bourgeois en passant par le clerc, le sergent de ville ou le soldat. Le style enlevé de l’auteure et les nombreux effets de réel dont regorgent les archives exploitées rendent sa lecture captivante.

La thèse soutenue est qu’il faut faire pièce du mythe de la grande ville dangereuse et que, à l’opposé des fantasmes de Pierre de l’Étoile, Paris était une capitale relativement épargnée par la violence. Comment expliquer l’efficacité du contrôle des désordres publics à une époque où la police n’est pas encore née? D. Roussel récuse l’idée que la répression-spectacle identifiée par Michel Foucault soit seule capable d’un tel prodige et elle invoque plutôt la coopération entre les sergents de ville et les prétoires, jouant un rôle de conciliateurs, et la population.

Le travail débute par un magnifique portrait de Paris et de ses « embarras » à la Renaissance, tirant un beau parti des plans de Georg Braun et Frans Hogenberg, d’Olivier Truchet et Germain Hoyau ou de François Quesnel. Il offre ensuite un examen critique de la réputation d’insécurité qui semble attachée à la capitale, diffusée par les récits de potence sous François Ier, par le Journal de Nicolas Versoris vers 1524, ou celui de Pierre de l’Étoile sous Henri IV. Tous ces chroniqueurs attestent en effet la montée d’un sentiment de peur, tout [End Page 1045] au long du xvie siècle, et présentent une typologie des crimes les plus redoutés, des crimes de sang aux crimes sexuels en passant par les crimes familiaux (qui souvent remettent en cause l’ordre masculin) ou le brigandage. Les guerres de Religion transforment bien entendu ce panorama angoissé.

D. Roussel rend compte ensuite des conditions du maintien de l’ordre public parisien en décrivant ce qu’elle nomme dans son chapitre 3, à la suite de Claude Gauvard, « la police avant la police ». Elle montre que les agents de l’ordre sont la Ville, le parlement de Paris et la Couronne (milice et guet bourgeois sous tutelle royale). Le système est largement hérité de la période médiévale et vise à contrôler le crime, mais également les pauvres et les vagabonds. Des nouveautés apparaissent néanmoins au cours du siècle avec un renforcement du pouvoir de la police royale du Châtelet et des patrouilles de ses sergents de police. La monarchie, par le biais du prévôt de Paris qui la représente, se trouve alors au cœur de la rationalisation du dispositif policier. D. Roussel note avec clairvoyance que le discours sur l’insécurité croissante nourrit les réformes de la police.

Le chapitre suivant sur les mesures de la criminalité permet toutefois de remettre en cause les idées reçues. Les sources utilisées pour cette étude quantitative sont les archives judiciaires. L’auteur avoue ici faire face à une difficulté majeure, à savoir la disparition des archives du Châtelet pour le xvie siècle, qui la contraint à utiliser surtout les lettres de rémission, les minutes des instructions criminelles de la Ville de Paris (pour trois années) et les informations criminelles de la justice de Saint-Germain-des-Prés (archives discontinues). Il y a là un biais dont l’auteure est consciente. Elle conclut néanmoins, grâce à ses chiffres sur l’homicide pardonné (entre 2,1 et 3,6 pour 100 000 habitants, soit moins qu’en Picardie ou en...

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Additional Information

ISSN
1953-8146
Print ISSN
0395-2649
Pages
pp. 1045-1047
Launched on MUSE
2016-05-05
Open Access
No
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