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  • Paul à Québec, le génie des lieux comme patrimoine identitaire
  • Sylvie Dardaillon and Christophe Meunier

Depuis bientôt quinze ans, le dessinateur québécois Michel Rabagliati fait de sa propre vie le terreau des aventures de Paul, son alter-ego. Paul est un « héros ordinaire ». Sa vie est celle de tout-un-chacun, avec ses joies, ses peines. En 2009, l’auteur remportait le prix du Jury du Festival d’Angoulême avec son album Paul à Québec. Graphic novel de 187 pages, la bande dessinée est centrée sur le beau-père de Paul, Roland Beaulieu. Ce dernier, atteint d’un cancer généralisé, vit une véritable descente aux enfers. Rien n’est épargné aux lecteurs depuis les premiers symptômes jusqu’à la phase terminale. C’est l’occasion pour Rabagliati de rendre hommage à son propre beau-père qu’il avait en admiration. Roland est un Québécois « pure souche », né près des remparts de la « Vieille capitale », un self-made man exemplaire. C’est cet album que nous avons choisi de privilégier, afin d’analyser comment Rabagliati parle, à sa façon, de l’identité québécoise.

En 2009, Michel Labrie, dans Le Mouton Noir, journal en ligne québécois, voyait en Paul le témoin d’une « identité québécoise » qu’il définissait de la manière suivante :

Paul témoigne de l’identité québécoise. Il la décline par une juste et fine mise en scène des valeurs qui sont les exigences mêmes de notre dignité : l’amour et l’amitié, la famille et le travail

(Labrie).

Si amour, amitié, famille et travail participent d’une construction identitaire, l’œuvre de Rabagliati recèle de notre point de vue d’autres composantes de ce que serait « l’identité québécoise ». Doit-on la chercher dans la langue ? dans les relations sociales ? dans l’habiter ?... C’est ce que nous nous proposons de faire dans la suite de cet article en interrogeant d’abord les représentations d’une spatialité canadienne ou québécoise véhiculées par l’album ; puis les usages linguistiques et culturels et enfin la construction d’une identité à partir des lieux mis en scène dans l’œuvre de [End Page 87] Rabagliati.

1. Une spatialité canadienne?

La pratique des espaces par les personnages de Paul à Québec est déterminante de l’identité construite par ces mêmes personnages. La délimitation de leur espace vécu, la relation qu’ils tissent avec certains lieux de leur histoire personnelle, leur manière de parcourir un territoire qu’ils ont fait leur participent, voire constituent presque globalement, leur identité propre.

Paul à Québec, à l’instar de Martine à la ferme ou Caroline à la mer, est un album-découverte. Comme les deux héroïnes, Paul part à la rencontre d’une ville, de gens qui lui sont proches et qui l’habitent. A contrario des autres albums de la série, il y est assez souvent observateur et les dernières scènes sont en cela très révélatrices : Paul (alias Michel Rabagliati) raconte en témoin les dernières heures de son beau-père entouré de sa femme et de ses trois filles.

1.1. De Montréal à Québec

Michel Rabagliati a décidé de donner à cet album, très intime, centré sur la vie et les derniers mois du père de sa femme, le titre de Paul à Québec alors que l’essentiel de l’action du graphic-novel se passe dans la banlieue de Montréal. Québec n’est évoquée qu’en trois occasions : au début de l’album avec la réunion familiale à Saint-Nicolas, dans la partie centrale consacrée au récit en analepse de la vie de Roland Beaulieu et à la fin, avec l’enterrement de ce dernier. Il semblerait donc que la ville de Québec revête pour Paul une dimension symbolique. Il s’agit de la « vieille capitale », le berceau de la Nouvelle France, la ville des origines.

L’évocation de...

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Additional Information

ISSN
1913-9659
Print ISSN
0319-051X
Pages
pp. 87-102
Launched on MUSE
2016-03-09
Open Access
No
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