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  • Mathieu Bénézet et la poésie de consommation
  • Glenn W. Fetzer

Parmi les poètes de nos jours, Mathieu Bénézet est un des rares à ne pas créer une poésie qui est la même d’un livre à un autre. Lors d’un entretien en 2006 avec John Stout, Bénézet précise le “fantasme qu’[il] poursuit [de] ne pas faire du Bénézet” (41) et, par conséquent, souhaite que “chaque livre [. . .] soit quelque chose d’autre” (42). Loin de constater son but de façon désinvolte, Bénézet insiste avec véhémence sur le moment où il a eu l’intention d’écrire la biographie de ses écrits: “un jour,” dit-il, “j’ai décidé de casser mon talent [. . .]. J’étais arrivé à un point où écrire un ‘ô’ vocatif sur une page me semblait l’idéal. Il n’y avait rien d’autre à faire. Je commence par casser, casser, casser. Casser mon talent. Casser ma facilité d’écriture” (Stout 41).

Cette intention (ou est-ce, peut-être, un besoin) de s’éclipser avant que l’écriture ne prenne forme, d’interrompre le cours de son travail, ou même, plus abruptement, de mettre en morceaux son talent, reflète l’aspect le plus dominant de son travail d’écrivain – la discontinuité. Que ce soit dans ses romans, ses poésies, ses essais, son théâtre, ou que ce soit dans ses écrits inclassables, l’œuvre de Mathieu Bénézet se reconnaît sans cesse par le rejet du connu et l’impulsion vers l’acte de se refonder.1 C’est donc, par ce refus de la part du poète, que nous nous posons les questions “Comment concevoir, donc, ses écrits? Comment se situent-ils dans le domaine de la poésie contemporaine? Qu’est-ce qui caractérise l’œuvre du poète?”

De nombreux critiques soulignent le relief varié de ses écrits: Pierre Vilar parle d’une “écriture accidentée” (64), et Jacqueline Michel y fait référence comme “une sorte de mosaïque mentale, journal intérieur recueillant des [End Page 487] éclats successifs ou simultanés d’une conscience” (81). Plus précisément, en plus des recueils, essais, et récits, on trouve des poèmes dont le discours, selon Pierre Vilar, prend la forme de “mélodrame [. . .], mélange [. . .], biographie, dédicace, apostille, rime, strophe, contre-strophe, épode, imitation ou imprécation” (64) et ainsi de suite. Une lecture des poèmes dans le compendium de textes Œuvres 1968–2010 démontre un foisonnement de pratiques scripturales: fragments qui jouent à plusieurs niveaux à travers l’emploi des énoncés entre parenthèses, textes elliptiques, poèmes graphiques, ouvrages à débit volubile, entre autres. Étant donné la grande variété de textes, il nous incombe de faire attention aux pratiques de l’écrivain dans son usage de la créativité. Autrement dit, face au manque de liens unificateurs dans l’œuvre de Mathieu Bénézet, nous nous intéressons à découvrir l’ensemble des ressources dont dispose le poète en poursuivant son projet d’écrivain. Ainsi, en partant brièvement des propos de Baudrillard dans La société de consommation, je passerai par des analyses proposées par David Galenson sur la notion du capital artistique, et je m’interrogerai sur l’absence de sujet que requiert Bénézet dans son activité d’écrivain et sur la profusion d’écrits qui en proviennent.

Discontinuité et usage de ressources artistiques

Que l’œuvre de Bénézet ne soit pas régulière dans ses expressions diverses est incontestable. Ce qui est moins certain, cependant, c’est la façon de concevoir la discontinuité qui caractérise ses écrits. Pour le poète, l’absence de continuité est faite exprès: il parle d’un fantasme qui le pousse à agir et qu’il poursuit, d’une obsession de ne redoubler ni ses efforts ni ses traces: “Je n’ai pas du tout envie de creuser le même sillon,” dit-il (Stout 41). Une remarque sur l’importance qu’il accorde aux poètes qui...

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Additional Information

ISSN
2165-7599
Print ISSN
0035-7995
Pages
pp. 487-494
Launched on MUSE
2016-02-24
Open Access
No
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