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Reviewed by:
  • L’histoire comme champ de bataille. Interpréter les violences du XXe siècle by Enzo Traverso
  • André Loez
Enzo Traverso L’histoire comme champ de bataille. Interpréter les violences du XXe siècle Paris, La Découverte, 2011, 299 p.

Enzo Traverso propose un parcours de lecture à travers l’historiographie du XXe siècle et de ses [End Page 516] épisodes violents, principalement le fascisme, le nazisme et le stalinisme. Les huit chapitres de l’ouvrage proviennent d’articles et de comptes rendus préalablement parus, qui sont ici remaniés et reliés par une introduction et une conclusion inédites.

Le premier chapitre s’attache à relire l’œuvre d’Eric Hobsbawm, en particulier L’âge des extrêmes, à l’aune de débats récents. E. Traverso souligne ainsi le caractère « occidentalocentrique » (p. 37) de cette histoire écrite en 1994, dont les périodisations et les questionnements peuvent être critiqués à l’aide des outils conceptuels formulés depuis au sein de l’histoire globale et des études postcoloniales. L’auteur interroge également le rapport d’E. Hobsbawm au communisme, indissociable de sa trajectoire biographique. Dans le deuxième chapitre, il place en regard les travaux de François Furet et Arno Mayer, qui relient tous deux 1917 à 1789, l’idée communiste à la Révolution française. Ici encore est questionné le lien des deux historiens au communisme, dont l’auteur souligne l’ambivalence, entre « cauchemar orwellien » et mouvement émancipateur (p. 88).

E. Traverso aborde ensuite le fascisme, mettant en parallèle trois historiens aux objets d’étude pourtant bien différents : George Mosse, Zeev Sternhell et Emilio Gentile. Il montre le caractère novateur mais aussi les limites de leurs travaux, dont l’insistance sur l’imaginaire ou l’idéologie du fascisme conduit à laisser de côté ses manifestations politiques concrètes; l’anticommunisme ou la violence sont les « points aveugles stupéfiants » d’une telle histoire culturelle (p. 120).

Le quatrième chapitre restitue les enjeux de la correspondance publique entre Martin Broszat et Saul Friedländer en 1987 : le premier plaidait pour une « historisation » du nazisme, qu’une histoire sociale permettrait de relier à la continuité du passé allemand, mettant à distance le « souvenir » des victimes; le second y voyait le risque d’une relecture apologétique. Plus largement, l’historiographie de l’extermination des juifs est au cœur du chapitre suivant qui présente un panorama des outils conceptuels disponibles pour étudier le génocide, au regard d’autres événements et d’autres persécutions. Un long développement est ainsi consacré au parallèle entre le nazisme et le « casticisme » de l’Espagne inquisitoriale au XVIe siècle et ses statuts de « pureté du sang », qui conclut, sans grande surprise, sur l’écart considérable entre les deux phénomènes en dépit de convergences apparentes. L’auteur aboutit à la présentation de la Shoah comme « synthèse » des violences du siècle, « combinaison entre une violence ‘froide’, technique et moderne, et une violence ‘chaude’, faite de massacres ‘traditionnels’ » (p. 182).

E. Traverso s’interroge ensuite sur le concept de « biopouvoir » (dans la formulation de Michel Foucault, ou celle, nettement modifiée, de Giorgio Agamben) pour les historiens, en particulier ceux des systèmes concentrationnaires. Il souligne sa fécondité pour la recherche historique mais aussi les risques de son emploi décontextualisé ou téléologique. Le septième chapitre, peut-être le plus stimulant, tente d’articuler les parcours biographiques d’exilés (en particulier des chercheurs de culture judéo-allemande partis pour les États-Unis comme Hannah Arendt ou Franz Neumann, mais aussi les Afro-Américains ou les Caribéens de l’« Atlantique noir ») avec leurs intuitions politiques et historiographiques, développant l’idée que la distance crée les conditions d’un regard spécifique, particulièrement lucide, sur l’histoire et ses violences. L’ouvrage se clôt avec une réflexion très générale sur les politiques mémorielles en Europe.

À travers ces études, dont un élément remarquable est la richesse des lectures et des références bibliographiques...

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Additional Information

ISSN
1953-8146
Print ISSN
0395-2649
Pages
pp. 516-519
Launched on MUSE
2015-11-08
Open Access
No
Archive Status
Archived
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