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Reviewed by:
  • On Deep History and the Brain by Daniel Lord Smail, and: Deep History: The Architecture of Past and Present ed. by Andrew Shryock et Daniel Lord Smail
  • Guillaume Calafat
Daniel Lord Smail On Deep History and the Brain Berkeley University of California Press, 2008, xiv- 271 p.
Andrew Shryock et Daniel Lord Smail (éd.) Deep History: The Architecture of Past and Present Berkeley, University of California Press, 2011, xvii- 342 p.

Depuis désormais une dizaine d’années, Daniel Lord Smail propose d’interroger les manières d’écrire l’histoire, en critiquant notamment les limites chronologiques que la discipline s’est imposées aux xixe et xxe siècles et en interrogeant les relations qu’elle gagnerait sans doute à entretenir avec les sciences de la vie et de la nature. En 2008, l’historien américain a fait paraître un essai manifeste énergique, On Deep History and the Brain, qui imbrique deux programmes de recherche étroitement reliés.

D. Smail plaide pour un élargissement radical de la chronologie et des cadres temporels traditionnels de l’histoire. L’« histoire profonde » qu’il appelle de ses vœux enjambe ainsi la frontière entre histoire et préhistoire, considérant que l’apparition de l’écriture n’est pas un critère suffisant pour distinguer récits historiques « disciplinaires » et travaux préhistoriens. Il engage au contraire ses collègues à adopter des temporalités longues – une perspective profonde – qui intègrent pleinement le paléolithique et qui s’affranchissent des récits de fondation et d’origine imprégnés, à ses yeux, du créationnisme biblique de l’« histoire sacrée » : avec la naissance de l’écriture à Sumer, l’histoire académique aurait ainsi substitué, dans la seconde moitié du xixe siècle, la Mésopotamie au jardin d’Éden. Cette histoire profonde invite plus généralement à repenser la définition de ce que les historiens entendent par « archives », ainsi que la nature même de leurs méthodes, de leurs terrains d’enquête et de leurs questionnements.

En (ré)insufflant un intérêt historien pour l’évolution longue du genre Homo et de l’espèce humaine, en proposant de faire tomber la barrière entre Paléolithique et périodes « postlithiques », D. Smail encourage par ailleurs les historiens à se tourner davantage vers les sciences de la nature et les sciences cognitives. Les deux derniers chapitres de son livre, intitulés « La nouvelle neurohistoire » et « Civilisation et psychotropie », constituent en cela un essai appliqué d’histoire profonde à travers une porte d’entrée privilégiée : l’étude du cerveau humain. Prenant acte des progrès de l’épigénétique dans les années 1990-2000 (à travers la mise en valeur du principe de plasticité phénotypique notamment), D. Smail propose d’articuler l’histoire du cerveau, des neurones et du système endocrinien avec l’environnement social et la culture sur la (très) longue durée. Partant, il s’agit d’une proposition forte pour dépasser le dualisme entre « naturalisme » et « constructivisme » : l’expression des gènes est activée par tel ou tel environnement culturel et social, et cette plasticité, cette interaction constante, a elle-même une histoire dont il s’agit de scruter la profondeur. Aussi D. Smail défend-il la prise en compte historienne de mécanismes neuronaux et endocriniens dans l’analyse d’une pluralité de phénomènes socio-économiques ou politiques, tels que l’augmentation considérable de la consommation de psychotropes au xviiie siècle, étudiée dans un chapitre très [End Page 439] suggestif dans sa façon de combiner questionnements cognitifs généraux et faits sociaux, temps profond et temps plus brefs. On Deep History and the Brain ouvre de ce point de vue la voie à une « nouvelle interdisciplinarité », soucieuse de créer des ponts avec les neurosciences et la biologie de l’évolution, dans la perspective revendiquée d’un « tournant cognitif » en sciences humaines et sociales1.

D. Smail ne s’est pas contenté de proposer un essai programmatique. Il a poursuivi depuis la mise en application de son programme...

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Additional Information

ISSN
1953-8146
Print ISSN
0395-2649
Pages
pp. 439-441
Launched on MUSE
2015-11-08
Open Access
No
Archive Status
Archived
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