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  • La noblesse dans La Comédie humaine et Le Rêve dans le Pavillon rouge:Eugène de Rastignac et Jia Village sous Pluie
  • Chia-Ping Kan

Depuis la fondation de « la nouvelle Chine » (1949),1 La Comédie humaine a provoqué un véritable engouement en Chine. Non seulement ses 137 romans ont été traduits en chinois en quelques dizaines d’années, mais en plus, pas moins de cent chercheurs y ont consacré leur énergie. Résultat, plus de huit cents articles ont été publiés dont environ cinq cents entre 1978-1999.

Ainsi, de plus en plus de chercheurs chinois se sont engagés dans des études comparatives. On a essayé de trouver des points communs et de rapprocher la grande œuvre française des romans chinois classiques. De ce fait, il existe aujourd’hui une série de publications traitant ce thème. Parmi les romans chinois sollicités, nous trouvons Contes étranges du studio du bavard (1680), l’Histoire de la forêt des lettrés (avant 1750), Le Rêve dans le Pavillon rouge (1742-1764) et Mémoires d’un cadenas doré (1943). Toutefois, il n’y a que Le Rêve dans le Pavillon rouge sur lequel on a écrit plusieurs articles. Parmi les travaux publiés, excepté la comparaison des personnages de Zhang Ming-Hui (entre Madame de Beauséant et Xue Bao-cai), le reste est consacré aux intentions des deux écrivains.

Dès le premier article publié dans les années 50, Li Xi-fan et Lan Ling affirment que Cao Xue-qin, auteur du Rêve dans le Pavillon rouge, écrit avec le même objectif que Balzac, celui d’écrire une « élégie » (輓歌) à la noblesse :

Comme le grand écrivain français du XIXe siècle, bien que Cao Xue-qin ait de la compassion pour la classe qui est vouée à l’échec, grâce à l’expérience de sa famille et de sa propre vie, il a compris que la fin de l’aristocratie est inévitable […]. Même s’il s’agit d’une élégie, cela n’enlève rien à sa valeur. […] C’est exactement comme le dit Engels dans sa critique sur Balzac, « il a compris la chute des nobles qu’il aime tant […] ».

(Li & Lan)2

Le concept d’« élégie » (elegy) est vraisemblablement emprunté à Engels (1820-1895) [End Page 295] qui a exercé une grande influence sur la critique chinoise au début du XXe siècle. Engels a utilisé ce mot notamment dans sa lettre à Margaret Harkness, maintes fois citée en Chine, au point qu’« élégie » est devenue presque synonyme de Comédie humaine :

Eh bien, Balzac était politiquement un légitimiste ; son grand ouvrage est une élégie constante sur la dégradation inévitable de la bonne société, ses sympathies vont toutes à la classe vouée à l’extinction. Mais quand il met en mouvement les hommes et les femmes pour qui il a le plus de sympathies—les nobles, sa satire n’est jamais plus vive, son ironie n’est jamais plus amère.[…] Balzac a été obligé d’aller contre ses sympathies de classe et ses préjugés politiques, il a compris la chute des nobles qu’il aime tant, il les a donc décrits comme des êtres qui ne méritent pas un meilleur sort […]

(Marx & Engels 319)3

Bien évidemment, « élégie » n’a probablement pas exactement le même sens ni le même emploi en anglais qu’en français.4 En français, le mot « élégie » ne peut pas être utilisé pour un texte en prose et n’apparaît en France qu’au XVIème siècle. Bien qu’Engels ait employé ce mot dans son sens anglais, l’idée du philosophe est incontestable : La Comédie humaine serait une œuvre qui mettrait en scène la défaite irrévocable de la noblesse française d’ancien régime.

Ainsi, dans la mesure où d’autres interprétations ne sont pas proposées,5 de plus en plus de chercheurs ont soutenu l’idée que Le Rêve dans le Pavillon rouge...

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Additional Information

ISSN
1913-9659
Print ISSN
0319-051X
Pages
pp. 295-316
Launched on MUSE
2015-10-15
Open Access
No
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