University of Nebraska Press
  • “Une malédiction pesait”Le Temps et le traumatisme dans Traversée de la mangrove

Dans une île caribéenne où le colonialisme et l’esclavage ont fleuri pendant des siècles, leur héritage pernicieux reste inscrit de façon indélébile sur les sujets. Comme la mangrove emblématique des Antilles, les graines de violence parsemées par l’histoire guadeloupéenne étendent leurs rhizomes dans toutes les directions. Ainsi que nous le rappelle René Girard, la possibilité de la violence est contenue par le rituel sacrificiel d’un bouc émissaire. Pour Girard, puisque la violence est toujours présente chez l’homme, le sacrifice évite à la violence de se propager de façon frénétique. Dans le roman de Maryse Condé, Traversée de la mangrove, la société guadeloupéenne est imprégnée par des “germes de violence” épistémique et symbolique (Girard 33). Cette contribution souhaite examiner si cette violence est vraiment contenue par le bouc émissaire ou bien si le poids du passé empêche la traversée de la mangrove.

Mots-clés

histoire, malédiction, violence, bouc émissaire

J’ai cru que je pouvais échapper à la punition! Je n’y suis pas arrivé!

(42)

Francis Sancher, le protagoniste énigmatique au centre du roman intitulé Traversée de la mangrove, souffre de cauchemars. Il se réveille “faible et gémissant, apeuré” comme un enfant (40). Tout comme la victime d’un syndrome de stress post-traumatique, il est emprisonné dans sa mémoire. En l’observant, le personnage de Moïse écrit,

Ses sommeils n’étaient pas des voyages en paradis, mais des combats avec des invisibles qui, à en juger par ses cris, enfonçaient des pointes rougies à la braise dans les recoins de son âme.

(40)

Possédé par son passé, Francis Sancher est forcé de revivre les violences de l’histoire guadeloupéenne. Bien que plusieurs générations le séparent de ses ancêtres esclavagistes, le poids écrasant du passé le poursuit jusqu’à la mort. Pourtant, il est bien loin d’être le seul à souffrir. Son expérience est emblématique d’un traumatisme existentiel collectif sans échappatoire. Dans l’univers sartrien de Rivière au [End Page 113] Sel, ce ne sont pas seulement l’héritage de l’esclavage ni le colonialisme qui affaiblissent les villageois, mais également les rumeurs et les regards destructeurs des autres.

Selon Cathy Caruth, le traumatisme “seems to evoke the difficult truth of a history that is constituted by the very incomprehensibility of its occurrence”1 (419). Les personnes traumatisées “recover a past that enters consciousness only through the very denial of active recollection”2 (419). Inaccessible à la mémoire consciente, le traumatisme est gravé ou inscrit dans l’esprit. Les cauchemars, retours en arrière et autres “insistent reenactments of the past do not simply serve as testimony to an event, but may also, paradoxically enough, bear witness to a past that was never fully either experienced as it occurred”3 (417). Au sens étroit du terme, Francis Sancher n’a jamais été témoin de brutalités physiques liées à l’esclavage. Et pourtant cet héritage du passé a laissé en lui une marque indélébile. Imposant la répétition d’une image violente, la “insistent reality of the past”4 hante et poursuit la victime.

Il en va de même pour les corps et les vies des villageois qui sont également touchés par des perceptions conflictuelles du temps. Le conflit entre l’histoire en tant que progrès linéaire—“l’histoire traditionnelle” selon Michel Foucault (160)—et le temps en tant que cycle—l’histoire “effective” ou généalogique de Foucault (160)—ne peut pas être résolu et il est emblématisé dans le roman par le concept de malédiction (160–63). Alors que les villageois comprennent la malédiction comme une force surnaturelle ou un mauvais sort, la réalité est bien plus banale. Dans Traversée de la mangrove, le sujet antillais doit se contenter de la nature interminablement répétitive de l’histoire alors que le discours sur la différence psychique et physique se transmet à travers les générations. Le décès de Francis Sancher, souvent compris comme le sacrifice girardien du bouc émissaire, ne s’avère être qu’une solution incomplète et ne stoppe pas le cycle de façon permanente.

La plupart des critiques ont indiqué que la fin de Francis Sancher serait en fait une rédemption, mais je suggère pour ma part que la mort du bouc émissaire ne met pas fin à la violence symbolique et épistémique qui caractérise la communauté. Au contraire, le décès de Francis Sancher n’offre qu’un soulagement temporaire dans une société hantée par le traumatisme. L’histoire exige d’être reconnue de manière plus efficace que par l’utilisation violente de boucs émissaires. Cette étude cherche à montrer que le passé traumatisant est présent psychologiquement et physiquement aux Antilles; que le mécanisme classique concernant les boucs émissaires ne constitue pas un moyen efficace pour enrayer la violence cyclique; et que le discours éminemment [End Page 114] corporel de la généalogie développé par Michel Foucault apparaît comme un outil plus pertinent pour démêler le concept de malédiction chez Condé.

L’intrigue de Traversée de la mangrove est structurée autour d’un vide obscur. Francis Sancher, le personnage principal, est mort de l’obsession du passé (Balutansky 102). Étant donné qu’il s’agit d’un sujet silencieux, le corps de Francis Sancher devient, par défaut, le texte sur lequel s’écrit l’histoire. Et pourtant, il est loin d’être l’unique victime du roman. Produits d’une violence symbolique et épistémique, les personnages sont collectivement marqués par la brutalité psychologique du passé de la plantation d’esclaves d’un côté et par des technologies de surveillance actuelles et insidieuses d’autre part. S’ils ne sont pas directement touchés par l’héritage de l’esclavage, ils souffrent des effets moins palpables de l’oppression de classe et de l’oppression coloniale. Ils gardent pour eux leur effroi émotionnel et se retirent derrière leurs barrières socio-ethniques. Au cours d’un entretien, Condé s’est plainte que son île natale “demeure une colonie où il n’y a pas de place pour la créativité” et elle a également indiqué que: “If we could get rid of the trauma of color, life would be much more easy for all of us”5 (Boisseron 136, Taleb-Khyar 353). Ainsi, selon elle, le colonialisme et le racisme s’entrecroisent. Les Antillais sont “caught between the past and the future,”6 soucieux de leur avenir et honteux de leur passé (Condé, “An Interview”). Condé soutient la remarque d’Homi Bhabha indiquant que les sujets (post)coloniaux sont “caught between a past that refuses to die and a present that rushes toward them”7 (“Global Ambivalence”).

Le traumatisme non résolu mène à la croyance en un déterminisme somatique écrasant. Au lieu de devenir des sujets adultes autonomes, tous les habitants de Rivière au Sel sont caractérisés par le fait qu’ils sont le produit d’une longue généalogie linéaire. “Carmélien est le petit-fils de Rodrigue et le fils de Sylvestre”; les Lameaulnes sont tous des descendants de Gabriel, le premier de sa lignée. Francis Sancher retrace ses origines jusqu’à son “arrière-arrière-arrière-grand-père” au moins (Traversée 223). Et pourtant, loin de représenter la fin de l’histoire, ces personnages continuent de recréer la violence symbolique dans le présent. Fières de leurs origines, toutes les familles se mettent délibérément en retrait par rapport aux autres. Loulou Lameaulnes dénigre les Noirs bien qu’il soit métis; le racisme qu’a intégré Man Sonson est extrême. La famille Ramsaran utilise sa richesse pour être respectée et compense ainsi le sentiment anti-indien dont elle est victime. Il existe également de nombreuses divisions au sein des familles. Rosa Ramsaran n’arrive pas à aimer sa fille à la peau noire, Vilma. Aristide Lameaulnes ressent de la jalousie et de l’animosité envers sa sœur Mira. Dodose Pélagie éprouve du ressentiment envers son fils handicapé, Sonny. Refusant de reconnaître l’Autre en elle-même, cette communauté hybride refuse d’accepter la différence qui la constitue. [End Page 115]

Chaque personnage se définit ainsi contre l’autre, dans un cycle vicieux que Frantz Fanon qualifierait d’auto-aliénation. Les villageois oublient que ces signes sont arbitraires, variables et qu’ils sont loin de constituer une vérité unique et fixe. Dans leur désir d’auto-identification, ils se définissent souvent par rapport à l’Autre. Or Francis Sancher, sujet absent ou “signe vide,” enraye le processus intersubjectif d’imitation (Fulton 304). Il n’agit pas comme un Autre efficace contre lequel les autres sujets peuvent consolider leurs identités. C’est pour cela qu’il devient le bouc émissaire le plus évident du village. Il fournit un tableau blanc sur lequel tous peuvent cancaner et bavarder, mais en tant que non-entité, il ne confirme ni ne dément les accusations des villageois.

Francis Sancher est le seul personnage qui admet ressentir de la honte concernant son héritage esclavagiste. Sa conscience dérangée est continuellement envahie par ce sombre passé. Non seulement il est incapable de trouver la paix dans le présent, mais contrairement aux autres, il refuse d’apparaître comme un homme assuré et calme. Sa vie comporte des souvenirs traumatisants qui reviennent par fragments et dans des cauchemars abominables. Francis Sancher exprime la réalité corporelle de son expérience dans le passage suivant:

Toi, tu crois que nous naissons le jour où nous naissons? [. . .] Moi, je te dis que nous naissons bien avant cela. À peine la première gorgée d’air avalée, nous sommes déjà comptables de tous les péchés originels, de tous les péchés par action et par omission, de tous les péchés véniels et mortels, commis par des hommes et des femmes retournés depuis longtemps en poussière, mais qui laissent leurs crimes intacts en nous.

(41–42)

Le corps de Francis Sancher, comme les autres, est littéralement imprégné du passé. Il est poursuivi par la malédiction d’une histoire qui continue de manière cyclique à se répéter dans le présent. Pour les villageois, la malédiction de l’histoire s’exprime par ce que Nicole Simek appelle “the stasis of symbolic violence,”8 les habitudes sociales et inconscientes de tous les jours (185). Pour Francis Sancher, la malédiction est plus mobile, plus historique, et plus personnelle. Malgré ses voyages, Sancher n’a jamais pu se défaire de sa poigne et elle fait sans cesse retour: “Ah, il avait donc eu raison d’avoir peur, Francis! Son implacable ennemi l’avait flairé, suivi à la trace, retrouvé, frappé jusque dans l’île de feuillages où il était venu se terrer!” (18). Rappelant Aureliano Buendía de Gabriel García Márquez, Francis Sancher revient à Rivière au Sel pour révéler ce que Glissant appelle “l’inconnu-connu” et pour effacer son histoire (Discours 237). “Je suis venu mettre un point final, terminer, oui, anéantir une race maudite” (Condé, Traversée 87). Il interprète mal l’histoire, à son propre péril.

Pour Michel Foucault, il existe deux types d’histoire, l’histoire “traditionnelle” [End Page 116] et l’histoire “effective,” la généalogie (160). Dans “Nietzsche, la généalogie, l’histoire,” Foucault critique le premier et offre le second comme une alternative méthodologique. L’histoire “traditionnelle,” pour Foucault, est structurée autour de la recherche d’une origine pure. L’origine mythique constitue un point de départ temporel, une “essence” pure, “le lieu de la vérité” (148, 149). Le sacrifice du Christ, par exemple, est le point de départ des histoires “traditionnelles” de l’Occident. L’origine, dans la lecture que Foucault fait de Nietzsche, constitue la promesse d’un lieu où “la vérité des choses se noue à une vérité du discours” (149). Ce mythe produit des récits stables et linéaires, soit de la perte, du déclin, et de la chute d’un moment de perfection divine, soit du développement, du progrès et de la croissance. Ainsi, l’idée de l’origine révèle la vérité au cœur des choses, leur donnant un contenu, une direction et une signification.

La quête de Sancher de pouvoir “terminer une race maudite” et y “mettre un point final” (87) révèle son adhésion inconsciente à la narration “traditionnelle” de l’histoire. Il recherche une signification intérieure plus profonde qui puisse adoucir l’histoire perturbatrice et révéler “une forme dessinée dès le départ” (Foucault 152). Il espère que retrouver une vérité ultime (peut-être celle de sa culpabilité) donnera de nouvelles significations à la trajectoire tortueuse de sa vie. Cependant, “la filière de la provenance” est “complexe” (Foucault 152). En d’autres mots, Rivière au Sel vit une “prolifération d’événements,” (152) de temporalités et de mondes, ce qui fait de l’histoire “une tout autre forme du temps” (167).

Dans Traversée de la mangrove, le temps est en effet caractérisé par ce que Foucault appelle une histoire généalogique, plus que par l’histoire “traditionnelle.” Selon Foucault, les temporalités de l’histoire généalogique prolifèrent, se chevauchent et affectent le présent. Contrairement aux notions de développement, de progrès et de croissance, l’histoire généalogique est caractérisée par ce que Glissant appelle des “cheminements multipliés” (Discours 230). Les personnages comme Carmélien ou Cyrille quittent Rivière au Sel pour pouvoir “avancer” à Paris, Marseille, Bordeaux ou Dakar, et finissent par rentrer, déçus, au “point d’intrication” (Discours 26). Personne ne sort du marécage de la mangrove. Le personnage de Vilma illustre cette frustration: “Le présent et le passé se mêlent dans ma tête” (Condé, Traversée 195). Les souvenirs des personnages dans le roman sont fragmentés, divisés et éclatés. Alors que les moments du passé se fondent dans le présent, les limites temporelles se mélangent. De même, la malédiction ou le traumatisme indiqués par Francis Sancher ne peuvent pas être confinés dans le passé, ni dépassés dans le présent. La malédiction, c’est la mangrove de Sancher. Ellen Munley écrit:

Il est aussi fort possible qu’il ait trouvé la mort à cause de la malédiction symbolique hantant tous les habitants de ce petit bourg guadeloupéen. Celle-ci ne remonte pas loin dans le passé; il s’agit d’une damnation à laquelle tous participent dans le présent.

(“Du Silence” 114) [End Page 117]

Tout comme un souvenir traumatisant, le passé requiert l’attention mais reste inaccessible.

Le traumatisme du présent et la notion de l’histoire comme généalogie sont indiqués dans les interactions entre Francis Sancher et le personnage d’Émile Étienne. Ce dernier est appelé “l’Historien” de manière désobligeante, “bien qu’il n’eût publié qu’une brochure que personne n’avait lue” (Traversée 25). Francis Sancher, qui souhaite trouver Saint-Calvaire, la plantation où ses ancêtres ont vécu, se tourne vers l’expertise d’Étienne dans ce domaine. “Es-tu historien, l’ami?” demande Étienne, sur un ton amical. Sancher répond, “Moi? L’histoire, c’est mon cauchemar” (235). Alors que les villageois se moquent de la brochure historique d’Étienne, Francis Sancher souhaite connaître rapidement l’histoire de sa famille sans avoir à la revivre. En ce sens, Francis Sancher est une curieuse incarnation de la relation ambivalente entre l’histoire linéaire et l’histoire “généalogique” ou répétitive. D’un côté, il croit en ce que Foucault appelle “les chimères de l’origine,” la logique de la documentation et des archives (150). “Des papiers prouvent que tout part d’ici,” ditil à propos de Rivière au Sel (Traversée 223). D’un autre côté, Sancher est tellement submergé par le passé qu’il ne vit plus dans le présent. Hanté par les détails de l’histoire, il les répète obsessionnellement.

Une malédiction, je te dis! Qui se traduisait par les morts subites, brutales, inexpliquées, toujours au même âge, la cinquantaine. Mon grand-père avait été terrassé à dos de cheval alors qu’il revenait d’une partie de cartes [. . .]. Mon arrière-grand-père, après une nuit où il n’avait même pas fait l’amour avec sa maîtresse favorite, Luciana. Mon arrière-arrière-arrière-grand-père . . .

(223)

Tout comme dans la notion de généalogie de Foucault, il n’est pas dans la nature antillaise de permettre de s’évader de l’histoire. Cependant, la malédiction antillaise que Glissant appelle le “retour contagieux” du passé est en fait un traumatisme refoulé et non résolu, une violence qui continue à se répéter dans le présent (Discours 149).

La nature cyclique et enchevêtrée du temps ainsi que l’inefficacité du mécanisme du bouc émissaire sont attestées par le décès et la veillée de Francis Sancher. Selon la théorie de René Girard, la possibilité constante de la violence (qu’elle soit épistémique, symbolique ou physique) est contenue temporairement et périodiquement par le sacrifice rituel d’un bouc émissaire. Cependant, la mort d’un bouc émissaire n’a jamais été synonyme de rédemption d’un crime. Girard indique qu’un tel sacrifice n’est rien de plus que la tentative continuelle, de la part de l’humanité, d’éliminer la violence. Et pourtant, comme le mécanisme du bouc émissaire inscrit la violence dans la structure même de la société qui l’emploie, la paix ne sera vécue que durant peu de temps. Dès qu’un bouc émissaire a été éliminé, un autre apparaît. Ce type de sacrifice ne fonctionne que s’il est répété un nombre de fois infini. Pour citer Girard: [End Page 118]

On ne peut pas se passer de la violence pour mettre fin à la violence. Mais c’est précisément pour cela que la violence est interminable. Chacun veut proférer le dernier mot de la violence et on va ainsi de représailles en représailles sans qu’aucune conclusion véritable n’intervienne jamais.

(45)

Contrairement à la linéarité, le mécanisme du bouc émissaire opère selon une notion du temps circulaire, interminablement répétitive. C’est pour cette raison qu’elle ne peut pas transformer la violence.

Ici, pour mieux interpréter cette violence, il est utile de rappeler le concept de la généalogie de Foucault pour deux raisons. Premièrement, il offre une alternative à l’uniformité géométrique du temps linéaire. “Hors de toute finalité monotone,” la généalogie retrace des chemins qui sont multiples et fragmentés (145). Face “aux méticulosités et aux hasards” de l’histoire effective, les modalités spatiales et temporelles sont continuellement refaites (150). Comme la mangrove, le concept de généalogie permet une multiplicité de lignes de fuite et d’évasion, de capture et de récupération. Ainsi fixe et fluide à la fois, enracinée dans la contingence historique et spatiale, la généalogie persiste à travers l’espace et le temps. Alors qu’elle est une construction sociale constituée dans et autour des interstices des relations de pouvoir, la généalogie a un effet palpable sur le corps. Ceci est la deuxième raison pour laquelle un souvenir de la généalogie peut aider à expliquer la violence présente dans Rivière au Sel.

Selon Foucault, la généalogie planifie ce que l’histoire fait sur le corps. “La généalogie, comme analyse de la provenance, est donc à l’articulation du corps et de l’histoire” (154). La généalogie produit, perturbe et détruit le corps, introduisant une discontinuité et un “enchevêtrement” dans notre être même (162). Inversement, les organismes sont les “parchemins embrouillés, grattés,” sur lesquels les événements historiques sont inscrits (145). Ceci n’est pas seulement une construction rhétorique. En effet, le corps abrite l’empreinte de l’histoire, meurt sous son poids.

Enfin la provenance tient au corps . . . sur le corps, on trouve les stigmates des événements passés, [. . .] Les erreurs des ancêtres pèsent lourd; [. . .] en lui [le corps] aussi ils [les désirs, les défaillances, et les erreurs] [. . .] se dénouent, entrent en lutte, s’effacent les uns les autres et poursuivent leur insurmontable conflit

(153–54).

Dans Traversée de la mangrove, le corps de Sancher est le site d’une confrontation entre des adversaires historiques. En parlant de son enfance, il exprime son histoire dans son sens le plus somatique: “Nous savions qu’une malédiction pesait sur la famille” (222). Ce qu’il définit comme malédiction est son histoire familiale, “le corps même du devenir,” sa généalogie, sa provenance (Foucault 151). Foucault l’appelle “le jeu hasardeux de dominations;” “une pièce [. . .] que répètent indéfiniment les dominateurs et les dominés” (155–56). Les rituels de violence perpétrés au [End Page 119] dix-huitième siècle sur un esclave noir et les rumeurs qui circulent pernicieusement au vingtième siècle à propos du descendant d’un propriétaire d’esclaves ne favorisent pas un groupe par rapport à un autre. Bien que ces performances “fixent” les rapports de domination, aucun corps n’est laissé intact par le traumatisme (Foucault 160).

La règle [. . .] permet de relancer sans cesse le jeu de la domination; elle met en scène une violence méticuleusement répétée [. . .]. L’humanité ne progresse pas lentement de combat en combat jusqu’à une réciprocité universelle, où les règles se substitueront, pour toujours, à la guerre; elle installe chacune de ces violences dans un système de règles, et va ainsi de domination en domination. Et c’est la règle justement qui permet que violence soit faite à la violence, et qu’une autre domination puisse plier ceuxlà mêmes qui dominent [. . .]. Le grand jeu de l’histoire, c’est à qui s’emparera des règles [. . .].

(157–58)

Le bouc émissaire devient le parchemin sur lequel les scènes de violence sont inscrites. Dans Traversée de la mangrove, Sancher est le “corps débile et affaissé” (Foucault 153) le plus visible parce qu’il est mort avant le début du récit.

Francis Sancher incarne nombre des caractéristiques du bouc émissaire de Girard. Premièrement, n’ayant pas lui-même commis de crime, il est une victime arbitraire. Deuxièmement, malgré le fait qu’il ne soit pas plus étranger qu’un autre dans le village, il est représenté comme une figure liminaire de l’Ailleurs. Troisièmement, il croit complètement qu’il est en faute. Il a l’impression d’être responsable des actions de ses ancêtres. “À l’en croire, Francis Sancher se prendrait pour le descendant d’un béké maudit par ses esclaves et revenant errer sur les lieux de ses crimes passés” (Traversée 224). Quatrièmement, son décès semble le déifier, pour le transformer en un être mythologique. Plusieurs personnages, notamment Mira, Rosa, Dodose Pélagie et Émile Étienne, promettent de recommencer leur vie et de refaire des projets (231, 171, 214, 237). Enfin, dernier critère, la paix temporaire obtenue par son sacrifice ne durera pas. La virulence du racisme (qui constitue la malédiction réelle de cette communauté) est plus puissante et durable que le sacrifice du bouc émissaire. “A scavenger discourse,”9 le racisme est une idéologie mobile et fluide qui trouvera d’autres victimes (cité par Stoler, Carnal Knowledge 71). Comme la société subit la malédiction de ce qu’Ann Stoler appelle la “discursive production of unsuitable participants in the body politic,”10 Rivière au Sel trouvera toujours d’autres boucs émissaires (Race 62). L’idée d’exclusion véhiculée par les discours sur la différence suggère qu’il y aura toujours les Autres. Pour Stoler tout comme pour Derrida, l’exclusion est nécessaire “to ensure the well-being and very survival of the social body”11 [End Page 120] (Race 62). Ces Autres sont ce que Judith Butler appellerait “the constitutive outside”12 de Rivière au Sel (3).

Bien que Francis Sancher soit le bouc émissaire le plus évident du village, il est loin d’être le seul Autre. En plus du racisme intériorisé et répandu qu’exprime Man Sonson (“Je sais que sur le cœur des Nègres la lumière de la bonté ne brille jamais”), plusieurs personnes marginalisées souffrent encore plus que les autres des regards scrutateurs et perçants (Traversée 83). Désinor “l’Haïtien” est dénigré à cause de la couleur noire de sa peau et de son statut d’immigrant. Au contraire, Mira est marginalisée à cause de sa peau claire et de son rejet des Noirs. Même Sonny le fou est appelé “demeuré” et accusé de déranger les enfants de son âge. Moïse “le Maringoin” est le plus dénigré et il est victime de mauvaises plaisanteries. Lucien Évariste, l’écrivain raté, se pose en bouc émissaire, bien que Francis Sancher, lui-même auteur d’un roman non achevé, puisse être aussi qualifié de la sorte. Tous les deux sont incapables d’accéder au traumatisme du passé.

Francis Sancher est bien conscient de son propre statut de marginal: il admet que les villageois le fuient comme la peste, et ceux qui se lient d’amitié avec lui (Moïse, Sonny, Mira, Émile Étienne, Lucien Evariste) en seront doublement marginalisés (56). Pourtant, Francis Sancher lui-même ne manque pas de participer à la diffamation cruelle des autres, disant par exemple à Moïse: “Je me demandais bien ce que tu avais à te coller à moi, jour après jour, à me sucer le sang comme un vrai maringoin” (45). Il peut s’agir de mécanismes de défense et de stratégies d’adaptation pour faire face à ce que Glissant appelle la “névrose” de l’histoire (Discours 229), résultat d’un traumatisme non résolu.

Le bouc émissaire le plus important du roman est peut-être le personnage énigmatique le plus ignoré, Xantippe, qui apparaît dans le village peu de temps après Francis Sancher. Lors de la veillée comme ailleurs, “[l]a présence de Xantippe créait toujours un réel malaise” (24). Les enfants ont peur de lui. Les femmes enceintes prient la vierge Marie pour qu’elle les protège. Les gens le traitent d’énergumène, de “fêlé,” de “sorcier,” (77, 98). Répétant la rhétorique de l’exclusion, les enfants adoptent rapidement des stéréotypes négatifs à son encontre. Lorsque Joby rencontre Xantippe dans la forêt, il remarque: “Mon sang s’est glacé” (98). Les villageois savent qu’il ne leur fera pas de mal, et c’est peut-être pour cette raison qu’ils persistent à le marginaliser. Cyrille le conteur l’appelle “ce vagabond que l’on assurait inoffensif, mais dont le regard donnait le frisson” (157).

Xantippe, apparaissant toujours quand personne ne l’attend, semble être partout en même temps (238). Bien que son excentricité ne gêne pas les autres villageois, il terrifie Francis Sancher. Comme le diable, ou la Grande Faucheuse “qui ne [l]’a pas laissé en repos une seule minute,” Xantippe semble poursuivre Sancher à chaque virage (156): “‘Il m’a suivi partout. Quand je traversais les rivières à gué, il [End Page 121] était là. Quand j’enfonçais jusqu’à mi-corps dans les marais. Il ne m’a jamais lâché d’une semelle’” (118). Pour lui, Xantippe incarne le traumatisme. Xantippe représente le passé maudit, une horreur personnelle et collective qui refuse d’être ignorée ou oubliée: “Une nuit, j’ai plaidé avec lui: ‘Est-ce que tu ne connais pas le pardon? La faute est très ancienne. Et puis, je n’en suis pas l’auteur direct. Pourquoi faut-il que les dents des enfants toujours soient agacées?’” (118).

Ces remarques torturées en révèlent plus sur la marginalisation de Xantippe que sur Francis Sancher. Vestige d’une époque précédente, Xantippe incarne le mélange du passé et du présent, au moment même où la Guadeloupe se modernise comme le montrent “la lumière, les poteaux électriques” (244). Il est également la représentation vivante de l’histoire violente de l’esclavage. Il ne laissera pas l’existence présente réduire le passé au silence: “Car un crime s’est commis ici, ici même, dans les temps très anciens. Crime horrible dont l’odeur a empuanti les narines du Bon Dieu” (244–45). Comme Foucault l’écrit, “C’est le corps qui porte, [. . .] la sanction de toute vérité et de toute erreur,” ainsi que les “erreurs” des ancêtres (153). La présence corporelle de Xantippe rappelle à Sancher que “ce crime est le sien” (245). Cependant, au lieu d’incarner la vengeance au nom des suppliciés, son rôle est simplement de nous rappeler que le rétablissement qui fait suite à un traumatisme, requiert “l’écoute historique” profonde (Caruth 422–23). Il reste à voir si les villageois auront la force de mener ce combat.

Or il existe une raison plus simple à la marginalisation de Xantippe. Après qu’un membre de sa famille a subi une mort violente, il s’est retiré du monde. Seul personnage entièrement autonome, il cultive sa propre nourriture et reste dans la forêt. Aussi maigre qu’un squelette et vêtu de loques, il est aussi pauvre qu’il est noir. Contrairement aux autres villageois, il ne se défend pas contre la calomnie; il semble être habitué à sa marginalisation. “Le bougre se tenait toujours à l’écart de tout et de tous, errant silencieux et muet comme un zombie,” remarque Émile Étienne (238). Xantippe ne fait rien pour se défendre des attitudes racistes des villageois. Selon Désinor, Xantippe est “un Nègre noir comme le deuil et l’éternité et qui posait sur les gens un regard pesant comme la déveine” (202). Les abjections sociales, économiques et raciales s’unissent ainsi pour créer l’Autre ultime. Désinor, probablement le second personnage le plus marginalisé du roman à cause de sa classe et de sa peau noire, finit enfin par comprendre Xantippe lorsqu’il consent à s’asseoir avec lui et à fumer l’excellent tabac que Xantippe a lui-même cultivé. À travers leur abjection partagée, Désinor “se sentit lié à Xantippe par un lien plus solide. Y avait-il plus malheureux qu’eux, sans femme, sans enfants, sans ami, sans père, sans mère, sans rien sous le soleil?” (203).

Alors que chaque personnage dans le roman souffre de différentes oppressions, la plupart d’entre eux n’acceptent pas ce fait. Francis Sancher, qui dans ses jeunes années d’idéaliste a travaillé comme médecin pour soigner les pauvres, le résume [End Page 122] très bien dans un commentaire au jeune Joby: “‘Toi aussi, je parie, tu veux défendre les opprimés? Mais quoi que tu fasses les opprimés te haïront. Ils flaireront d’où tu sors et te haïront pour cela’” (98). Le discours sur la différence (oppresseur contre opprimé, Nous contre Eux) continue d’emprisonner ces personnages. Nous ne pouvons pas nier que des différences socio-économiques concrètes entraînent l’aggravation de certaines formes d’oppression. Et pourtant, jusqu’à ce qu’ils comprennent, comme le font Xantippe et Désinor, qu’ils souffrent tous du traumatisme de l’oppression, les villageois de Rivière au Sel continueront à se sentir divisés.

Derrida, dans “La pharmacie de Platon,” explique que le représentant d’une agression ou d’une menace externe est violemment exclu de la communauté afin de la purifier (342). Cependant, dans Rivière au Sel, la menace est interne. Cette communauté hétérogène reproduit la rhétorique de l’exclusion sur ses propres membres. “Deeply rooted prejudice against anyone ‘different,’ ‘from the outside,’ or from a different ethnic of racial background smothers at least half of the characters in Traversée13 (Munley, “Mapping”). Cependant, Francis Sancher, qui semble être le bouc émissaire par excellence parce qu’il vient d’Ailleurs, est également le sujet hybride ultime: “Il avait tous les sangs dans son corps” (61). Non seulement le mécanisme du bouc émissaire requiert une répétition continuelle, mais en faisant des Autres des boucs émissaires, nous le devenons nous-mêmes. Glissant écrit: “Nous ‘savons’ que l’Autre est en Nous, qui non seulement retentit sur notre devenir mais aussi sur le gros de nos conceptions et sur le mouvement de notre sensibilité. Le ‘Je est un autre’ de Rimbaud est historiquement littéral” (Poétique 39). Tout le monde est un Autre: c’est pourquoi il y a autant de personnages marginalisés dans le village. C’est également pour cela que le passé continue d’infuser le présent à la fois psychiquement et physiquement, même après le décès de Francis Sancher.

Qu’il s’agisse d’un traumatisme psychologique ou d’une malédiction surnaturelle, la violence est répétée inconsciemment à travers le temps par une multitude de corps. René Girard représente le sacrifice à la fois comme un discours corporel de la généalogie et comme une contamination littérale:

Un homme se pend; son cadavre est impur, mais aussi la corde qui a servi à le pendre, l’arbre auquel cette corde est suspendue, le sol autour de cet arbre [. . .] Tout se passe comme si, du lieu où la violence s’est manifestée et des objets qu’elle a directement affectés, rayonnaient des émanations subtiles qui pénètrent tous les objets environnants [. . .].

(49)

Francis Sancher se sent contaminé par le sang de son histoire familiale violente. Et pourtant les autres villageois, même ceux qui sont arrivés le plus récemment, sont imprégnés des crimes du passé. Il semble qu’il n’existe pas de possibilité de se libérer de la circularité de l’histoire. Ceci est particulièrement vrai dans les sociétés [End Page 123] comme les Antilles et le sud des États-Unis, où l’esclavage marque de son empreinte les corps de ses descendants.

Bien qu’il manque au roman des évocations fortes de l’héritage de l’esclavage comme par exemple l’infanticide du Beloved de Toni Morrison ou le suicide du Go Down, Moses de Faulkner, la violence évoquée n’est pas pour autant moins traumatisante. Mais si les souvenirs traumatisants sont, comme l’affirme Cathy Caruth, “the reality of a history that in its crisis can only be perceived in unassimilable forms,”14 alors leur violence symbolique perdure dans les corps et dans la vie des Guadeloupéens des temps modernes (422–23). Fragmenté, polyphonique, et en fait non résolu, Traversée de la mangrove renonce à une histoire cohérente ou apportant de la cohésion, et échappe à une conclusion conventionnelle. C’est pour cette raison que le roman peut reproduire l’expérience réelle du traumatisme. Caruth écrit qu’il “opens up a space for testimony that can speak beyond what is already understood”15 (422–23). Traversée de la mangrove participe de cet acte de deuil et de commémoration. “L’écoute historique” visée dans ce roman fait place aux événements du passé ainsi qu’au rétablissement collectif.

Condé remarque que “la tâche de l’écrivain est d’oublier ce genre de superstructure qui nous est imposée par l’éducation, la tradition et les études. Nous devons écouter une autre voix” (Lewis 549). Traversée de la mangrove tente d’accéder à un souvenir traumatisant en donnant la parole à une souffrance personnelle et collective. Condé déclare qu’au lieu d’écrire l’histoire “traditionnelle,” dans Traversée de la mangrove elle est “writing memory. I’m in a small village among people who are not heroes, who are just ordinary men and women, and whose life seems totally meaningless. However, they matter”16 (Taleb-Khyar 357). Écrire un souvenir, c’est se placer au centre du “passé présent,” raconter des vies quotidiennes et réalistes, accepter les omissions et les manques.

Plus important encore, Traversée de la mangrove ne dissocie pas ses personnages en victimes et coupables, dominants et dominés. Le roman n’accuse pas directement ceux que Sancher appelle les oppresseurs et que Lucien Evariste nomme “les salauds” (225). Au lieu de cela, il offre un espace pour accéder à l’expérience traumatisante de la collectivité. Dans Rivière au Sel, tout le monde est un bouc émissaire. Personne n’échappe à la violence de l’histoire qui se perpétue. Condé utilise le corps réduit au silence de l’homme mort pour désigner “le jeu hasardeux de dominations” (Foucault 155). Foucault écrit que “c’est le corps qui porte, dans sa vie et sa mort, dans sa force et sa faiblesse, la sanction de toute vérité et de tout” (153). Le corps de Sancher est tout simplement le texte sur lequel est tracée l’histoire de Rivière au [End Page 124] Sel. De cette manière, le roman perturbe l’uniformité de l’Autre. Il révèle les fissures et la fragmentation latente dans la construction même du discours sur la différence entre “nous et les salauds” (Traversée 225).

Au lieu de chercher les origines de la malédiction prétendue dans un acte unique ou dans un arbre généalogique, Traversée de la mangrove fait parler des événements de l’histoire sans “s’efforce[r] d’y recueillir l’essence exacte de la chose” (Foucault 148). À la place de cela, Condé trouve dans ses personnages des “petites vérités sans apparence, établies par une méthode sévère” (Foucault 146). Elle fait un travail de généalogie, “fouillant les bas-profonds” du caractère humain (150).

Dans “La pharmacie de Platon,” Derrida écrit que, depuis les temps anciens, le bouc émissaire agit comme un pharmakon, à la fois remède et poison pour le corps social en souffrance. Une fois le bouc émissaire violemment purgé du cœur d’une communauté, la soif de vengeance de la population est brièvement étanchée. Bientôt, cependant, celle-ci devra trouver un autre bouc émissaire et recommencer le processus. Pour cette raison, Girard et Foucault croient que la violence est interminable. L’histoire effective, en révélant que “le devenir de l’humanité est une série d’interprétations,” permet de diagnostiquer ce problème sous-jacent (Foucault 158): les structures de l’histoire traditionnelle sont trop étouffantes pour tenir compte de l’expérience humaine. Pour cette raison, Foucault compare l’histoire effective à la médecine:

L’histoire a mieux à faire qu’à être la servante de la philosophie et à raconter la naissance nécessaire de la vérité et de la valeur; elle a à être la connaissance différentielle des énergies et des défaillances, des hauteurs et des effondrements, des poisons et des contrepoisons. Elle a à être la science des remèdes.

(163)

En “écout[ant] une autre voix,” en “rédigeant des souvenirs,” en étant “l’histoire [d’une série d’interprétations],” Traversée de la mangrove sert bien de médecine (Lewis 549, Taleb-Khyar 357, Foucault 158).

J. Selene Zander
Loyola Marymount University
J. Selene Zander

j. selene zander est Visiting Assistant Professor d’espagnol à l’Université de Loyola Marymount à Los Angeles. Elle a achevé son doctorat en Langues et Littératures Romanes à l’Université de Californie, Berkeley en décembre 2012. Sa thèse de doctorat analyse la construction médicale de la race à Cuba au dix-neuvième siècle. Elle a publié un article dans l’anthologie anglophone Caribbean Mothering intitulé “Maternity Disavowed: Wet Nurses and Racial Contact in Colonial Cuba” et un article dans la Revista de Estudios Hispánicos intitulé “Contagious Invasions: The 1833 Cholera Epidemic in Havana.”

Ouvrages cités

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Footnotes

1. “semble évoquer la vérité accablante d’une histoire qui est constituée par l’incompréhension” (Toutes les traductions dans cet article sont miennes).

2. “retrouvent un passé qui s’insinue dans leur conscience uniquement à travers la dénégation de souvenirs actifs.”

3. “événements du passé rejoués sans cesse ne servent pas seulement à témoigner d’un événement, mais ils peuvent également, de manière assez paradoxale, être les témoins d’un passé qui n’a jamais été vécu entièrement alors qu’il se déroulait.”

4. “réalité insistante du passé.”

5. “Si nous pouvions nous débarrasser du traumatisme lié à la couleur, la vie serait bien plus facile pour nous tous.”

6. “coincés entre le passé et l’avenir.”

7. “emprisonnés entre un passé qui refuse de s’effacer et un présent qui se précipite sur eux.”

8. “l’inertie de la violence symbolique.”

9. “un discours de charognard.”

10. “la production discursive de participants inacceptables dans le corps politique.”

11. “afin d’assurer le bien-être et la survie du corps social.”

12. “l’extérieur constitutif.”

13. “Les préjugés fortement enracinés contre toute personne ‘différente,’ ‘de l’extérieur,’ ou d’un passé ethnique et racial différent touchent au moins la moitié des personnages dans Traversée.”

14. “la réalité d’une histoire qui dans sa crise ne peut être perçue que dans des formes non assimilables.”

15. “le rétablissement fait place à un témoignage qui parle au-delà de ce qui est déjà assimilé.”

16. “rédigeant des souvenirs. Je me trouve dans un petit village parmi des gens qui ne sont pas des héros, qui sont juste des hommes et des femmes ordinaires, et dont la vie semble ne pas avoir de sens. Malgré tout, ils sont importants.”

Additional Information

ISSN
2156-9428
Print ISSN
1552-3152
Pages
113-127
Launched on MUSE
2015-09-16
Open Access
No
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