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  • Chateaubriand et la violence de l’histoire dans les ‘Mémoires d’outre-tombe’ by Anne-Sophie Morel
  • Franziska Meier
Chateaubriand et la violence de l’histoire dans les ‘Mémoires d’outre-tombe’. Par Anne-Sophie Morel. (Romantisme et modernités, 150.) Paris: Honoré Champion, 2014. 668 pp.

Anne-Sophie Morel a consacré sa thèse de doctorat à ce qu’elle appelle la ‘violence de l’histoire’ dans l’œuvre mémorialiste de Chateaubriand. La formulation est révélatrice. Morel ne s’intéresse pas aux différentes façons de concevoir l’histoire qui ont évolué tout au long de l’œuvre; à ses yeux l’histoire coïncide tout simplement avec la violence. Le point de départ est l’assertion évidente que la violence révolutionnaire a laissé des traces profondes dans l’âme ainsi que dans l’imagination de l’auteur. En ce qui concerne les ‘sources du traumatisme’ (p. 21) dont Chateaubriand a fait l’expérience, Morel distingue plusieurs types de violence, ce qui, selon elle, autorise l’emploi du mot ‘violence’ au pluriel: la violence envers les têtes guillotinées, les corps mutilés par la guerre, les monuments de l’ancien régime abattus par les jacobins et les textes censurés. Elle distingue deux manières de traiter la violence dans les Mémoires. Tant que Chateaubriand traite de la Révolution, Morel discerne chez lui une tentative d’occultation de la violence. L’auteur recourt à des ‘mythèmes’ comme la Guillotine, à des images obsédantes, à des scènes parallèles de l’histoire et à des rapports faits par des tiers pour évoquer la violence dont il n’a pas été le témoin oculaire. La violence révolutionnaire, par là, se revêt d’une ‘présence absence’ (p. 602) dans les Mémoires. En outre Morel dénonce la propension à un langage polémique chez l’auteur qui veut réagir à la force subie. Cependant, dès que Chateaubriand se tourne vers l’Empire, il commence à détailler les effets physiques de la violence. Il décrit les corps mutilés de l’armée napoléonienne et, par là, esquisse une ‘poétique à même le sang’ (p. 239). La bataille de Waterloo se présente comme un point de synthèse entre les deux manières du ‘dit et du non-dit’ (p. 401) de la violence. D’une part Chateaubriand n’évoque la bataille qu’à travers des sons qu’il entend et qui l’invitent à réfléchir sur l’histoire et sur la valeur symbolique de Waterloo; d’autre part il témoigne directement des horreurs du champ de bataille dans lesquelles la conception épique de la violence et de la guerre à la fois culmine et se termine. Morel accentue l’ambiguïté du rapport de l’auteur avec la violence. Il l’exècre tout en étant fasciné par sa dimension énergique dont les résurgences sous la Restauration et la Monarchie de Juillet ne sont que des reflets grotesques. Il y répugne tout en étant conscient que cette violence même est à la base de sa création littéraire et de la forme d’épopée que son écriture mémorialiste ambitionne. La monographie pèche par une approche terminologique assez floue qui, de plus, n’est pas à la hauteur de la pensée historique de Chateaubriand, si bien que le lecteur de Morel finit par mettre en doute la ‘nouveauté’ de cette nouvelle lecture des Mémoires d’outre-tombe.

Franziska Meier
Universität Göttingen
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Additional Information

ISSN
1468-2931
Print ISSN
0016-1128
Pages
p. 395
Launched on MUSE
2015-07-09
Open Access
No
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