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  • Ruses médiévales de la générosité: donner, dépenser, dominer dans la littérature épique et romanesque des xiie et xiiie siècles by Philippe Haugeard
  • Maud Pérez-Simon
Ruses médiévales de la générosité: donner, dépenser, dominer dans la littérature épique et romanesque des xiie et xiiie siècles. Par Philippe Haugeard. (Nouvelle Bibliothèque du Moyen-Âge, 109.) Paris: Honoré Champion, 2013. 302 pp.

Philippe Haugeard propose une approche pluridisciplinaire de la largesse aristocratique mêlant anthropologie et sociologie pour aborder la littérature épique et romanesque des douzième et treizième siècles. Il s’appuie sur les travaux de Mauss et de Bourdieu pour montrer la double dimension du don: créateur de sociabilité et facteur de domination. Cette approche se justifie particulièrement pour aborder la production littéraire d’une société en pleine mutation, dans laquelle l’idéologie nobiliaire se fige d’autant plus que les ‘vilains’ enrichis menacent sa préséance. La largesse aristocratique, expression du don, apparaît comme un système d’échanges, basé sur des relations électives et amicales entre ses acteurs. Haugeard met en évidence la relation dissymétrique qui en découle: le don obligeant le donataire, il vaut mieux donner que recevoir car au final, recevoir, c’est être [End Page 378] dominé. Et les vertus du don restent sans effet si le geste n’est pas sincère, joyeux et spontané, sinon il pourrait être assimilé à une démarche intéressée ou cupide. L’ouvrage peut sembler répétitif car il tourne essentiellement autour de la dichotomie don/contre-don, mais il est nourri d’exemples concrets, tirés d’une trentaine d’œuvres, qui permettent d’en envisager toutes les facettes et les subtilités par de savoureux cas pratiques, bien expliqués, et toujours pertinents. On pourrait reprocher à Haugeard de ne pas restituer la diachronie de ces ouvrages et de ne pas chercher à les remettre dans leur contexte immédiat, mais il choisit d’approcher le phénomène dans son ensemble pour mieux cerner les enjeux idéologiques de la largesse comme art de vivre et de gouverner. Il montre que cette idéologie était déjà contestée à l’époque, comme source de nombreux maux: orgueil, rivalité, dilapidation, vol, dépendance. La largesse est une arme politique et sociale dont le fondement est la valeur guerrière, les auteurs médiévaux s’accordent sur ce point, mais certains prennent du recul par rapport à cet idéal féodal qui atteint ses limites sous les pressions économiques. Les auteurs observent leur temps et le jugent par le biais du filtre de la largesse. Cet ouvrage révèle le don comme acte global, touchant tous les rapports sociaux et politiques mais dont l’essentiel des ressorts n’est pas perçu par les acteurs concernés, cécité nécessaire pour que les ‘vertus’ du don opèrent. C’est un instrument de domination qui nécessite d’être voilé pour être efficace, via un processus souvent inconscient d’‘enchantement du don’, selon la formule de Bourdieu. Une des originalités de l’ouvrage est de mettre en lumière les personnages de ‘roi-marchand’ et de ‘magicien-voleur’, figures de transition, qui permettent de sortir de la dichotomie noblesse/bourgeoisie et qui jouent un rôle clé dans la dialectique de redistribution des richesses, étape essentielle pour passer de l’idéal à la réalité. Un ouvrage stimulant, qui renouvelle l’approche des textes littéraires.

Maud Pérez-Simon
Université Sorbonne Nouvelle–Paris 3
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Additional Information

ISSN
1468-2931
Print ISSN
0016-1128
Pages
pp. 378-379
Launched on MUSE
2015-07-09
Open Access
No
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