Abstract

Emil Cioran arrive à Paris en 1937, comme boursier de l’Institut français de Bucarest. Dans une note d’intentions, il s’engage à préparer une thèse de doctorat en philosophie et souligne la satisfaction intellectuelle qu’il espère obtenir en suivant les cours des grands professeurs des universités parisiennes. En réalité, Cioran ne fréquente guère les cours de philosophie, ni d’ailleurs les bibliothèques. Il n’entreprend aucun travail sérieux, du moins en ce qui concerne la recherche universitaire. Paris et la France l’attirent bien davantage que l’étude. Ces “débuts cioraniens” ne sont que trop bien connus. Connu aussi l’épisode de la traduction (durant l’été 1947) de la poésie de Mallarmé, entreprise qui échoue mais le conduit droit à l’évidence: il faut en finir avec la langue maternelle et écrire uniquement en français. Le Précis de décomposition paraît en 1949. Les spécialistes de l’œuvre cioranienne ont déjà débattu de ce choix linguistique, et notamment de la question du style, qui a caractérisé le passage au français. Ils ont insisté sur l’effet bénéfique que le français a eu sur l’écriture de Cioran, tout en soulignant son côté “coup de théâtre”: pourquoi ne pas avoir choisi plutôt l’allemand, la langue de la philosophie, que Cioran maîtrisait bien (en tout cas bien mieux que le français)? Se serait-il trompé de destination? Nous nous proposons de réfléchir sur ces questions passionnantes à partir d’un manuscrit inédit, rédigé en roumain à Paris, pendant l’Occupation, et daté de 1941, donc bien avant la décision d’écrire en français: Despre Franta (De la France).

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Additional Information

ISSN
2156-9428
Print ISSN
1552-3152
Pages
pp. 154-167
Launched on MUSE
2015-05-20
Open Access
No
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