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  • Paroles et silences chez Marie-Célie Agnant. L’Oublieuse mémoire d’Haïti dirigé par Colette Boucher et Thomas C. Spear
  • Christiane Ndiaye
Paroles et silences chez Marie-Célie Agnant. L’Oublieuse mémoire d’Haïti. Dirigé par Colette Boucher et Thomas C. Spear. Paris : Karthala, 2013. ISBN 9782811109547. 204pp. €19 broché.

Ce volume réunit douze études d’universitaires du Québec, d’Europe, de l’Île Maurice et des États-Unis portant sur l’œuvre de Marie-Célie Agnant, écrivaine d’origine haïtienne vivant au Québec depuis plus de quarante ans.1 Il s’agit du premier ouvrage critique consacré entièrement à l’œuvre multiforme d’Agnant, auteur, depuis 1994, de trois romans, [End Page 220] deux recueils de poésie, quatre romans pour la jeunesse, un recueil de nouvelles et divers textes et entrevues publiés dans une multiplicité de périodiques et de collectifs. Cette production littéraire diversifiée qui traverse tous les genres comporte néanmoins plusieurs fils conducteurs que le volume, qui porte fort bien son titre, fait clairement ressortir. De facture essentiellement thématique, les articles s’emploient, en effet, chacun à sa manière, à souligner le caractère engagé d’une écriture construite autour des questions que soulève la « démémoire »2 d’Haïti, les silences de l’histoire aussi bien sur la période esclavagiste que, plus récemment, sur le régime duvaliériste dont certains semblent déjà (vouloir) oublier l’horreur.

Ainsi, plusieurs des études s’arrêtent sur l’engagement féministe de l’écrivaine et les aspects de son œuvre qui se lisent comme un travail cherchant à « briser le silence immémorial des femmes pour trouver leur propre langue » (34, Beatriz Calvo Martin), ce qui, dans les romans d’Agnant, se fait principalement par ce « legs mémoriel » transmis de femme en femme (66, Kumani Issur; 110, Carmen Mata Berreiro) par des personnages qui font remonter cette mémoire oublieuse jusqu’au temps de l’esclavage. C’est ainsi que Carmen Mata Berreiro inscrit l’œuvre d’Agnant dans un corpus plus large de femmes de la Caraïbe (Gisèle Pineau et Fabienne Kanor, en particulier) qui produisent un tel imaginaire de « mémoires de femmes » à travers les « guerrières de l’ombre » qu’étaient les femmes esclaves (108). Créant une polyphonie de voix féminines qui parlent abondamment des violences subies et de la marginalisation des femmes dans la société et l’histoire officielle, ainsi que de la résistance, la révolte et la solidarité des femmes, les romans d’Agnant concourent alors à faire entendre cette parole de femmes restée trop longtemps et trop souvent sans écoute.

Parallèlement les études soulignent donc multiplement que l’engagement social de l’écrivaine ne se limite pas à la condition féminine (des femmes noires) mais s’étend à toutes les victimes d’exclusion et de répression, comme en témoigne le retour récurrent de l’œuvre d’Agnant sur trois traumatismes à l’origine de la mémoire douloureuse qui se réfugie dans le silence : l’esclavage, la dictature et l’exil forcé (28, Calvo Martin). Prêtant la voix de ses personnages aux disparus, l’écriture d’Agnant serait ainsi en quête de justice et constituerait un témoignage contre le terrorisme d’état (58, Roseanna Dufault). L’on divine que les articles qui s’attardent sur cette dimension de l’œuvre portent en premier lieu sur Le Livre d’Emma et Un Alligator nommé Rosa; ces lectures s’appuient toutefois en même temps sur des textes où Agnant intervient elle-même sur son travail d’écrivaine, notamment les essais « Écrire pour tuer le vide du silence » (2004) et « Écrire en marge de la marge » (2002) cités par plusieurs des auteurs. Le [End Page 221] volume revient donc amplement sur la surcharge de silence et de non-dits dans la vie des personnages (16, Colette Boucher), et leur désir de remonter à l’origine du malheur (78, Lucie Lequin) pour « découvrir la source de l’horreur et de cette haine » (148, Thomas Spear...

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Additional Information

ISSN
2333-7311
Print ISSN
1090-3488
Pages
pp. 220-224
Launched on MUSE
2015-03-12
Open Access
No
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