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  • Jacques Le Goff (1924-2014)

Il a été l’un des grands historiens de son temps. Partout traduite, son œuvre a été lue et admirée. Elle a fait école et l’émotion qu’a suscitée à travers le monde l’annonce de sa disparition a donné la mesure de son importance. Les signes de la reconnaissance n’ont pas manqué à Jacques Le Goff au cours d’une très longue carrière de professeur et de chercheur.

Aux Annales le liait un compagnonnage de plus d’un demi-siècle. Il y avait publié ses premiers grands articles, dont plusieurs sont presque aussitôt devenus des références classiques, ainsi que les résultats des enquêtes collectives qu’il animait à l’École des hautes études qu’il avait rejointe au tournant des années 1960, et dont il fut le président entre 1972 et 1977. Lorsque Fernand Braudel décida, en 1969, de confier la direction de la revue à la génération qui suivait la sienne, c’est à lui, ainsi qu’à Marc Ferro et à Emmanuel Le Roy Ladurie, qu’il choisit, tout naturellement, d’en laisser la responsabilité. Le lien était, en fait, bien plus ancien. Comme nombre de jeunes historiens dans sa génération – ceux qui avaient eu vingt ans à la fin de la Seconde Guerre mondiale –, J. Le Goff n’avait pu manquer de croiser les propositions et les débats des Annales. Pendant ses années d’étudiant, il avait lu Marc Bloch, dans lequel il n’a cessé de reconnaître l’historien qui avait laissé sur lui l’empreinte la plus forte et la plus durable, celui à l’égard duquel il n’a jamais cessé de revendiquer sa dette intellectuelle. Un peu plus tard, l’influence en avait été relayée par un autre médiéviste, Maurice Lombard, dont il suivit pendant des années l’enseignement à la VIe Section : il y découvrit avec un émerveillement qu’il aimait à rappeler une histoire vivante, concrète, presque tactile, appuyée sur des textes, des images, des cartes, des objets. Il s’y voyait déjà confronté à « un autre Moyen Âge », pour reprendre le titre qu’il devait choisir pour l’un de ses livres à venir – celui qui, peut-être, dit le mieux ce qu’ont été sa sensibilité et son ambition. Aussi bien sa rencontre avec les Annales se fit-elle peu à peu, [End Page 599] par proximité et par empathie. « Par l’exemple et par le fait », comme l’avaient recommandé en leur temps les pères fondateurs de la revue. J. Le Goff a beaucoup réfléchi sur le métier d’historien mais il l’a d’abord fait à partir de sa propre pratique, de ses projets et des problèmes auxquels il se heurtait. Il n’avait guère de goût, en revanche, pour le débat théorique en tant que tel, dont il appréhendait les rigidités et les simplifications. Il se reconnut donc moins dans une « école » que dans des manières de faire de l’histoire qu’il pensait partager avec de grands prédécesseurs et avec les contemporains qu’il s’est choisis par la suite au fil des lectures et des rencontres. C’est dire qu’il eut le sentiment de trouver – « très simplement », comme pour tant d’autres choses tout au long de sa vie – une famille historiographique. Cette famille dans laquelle il avait été accueilli sans peine, il l’a toujours voulue accueillante à son tour. Et nous avons tous bénéficié de sa générosité.

J. Le Goff était un lecteur insatiable, tout à la fois exigeant et bienveillant. Jusqu’à ses derniers jours, il aura travaillé au milieu de piles de livres dont l’équilibre menaçait en permanence, dans un désordre de papiers qui n’était sans doute qu’apparent puisqu’il s’y retrouvait à merveille. Il aimait partager ses découvertes avec ses amis, avec ses étudiants, comme il le faisait avec les auditeurs du programme radiophonique auquel il aura été fidèle pendant quarante ans. Aux Annales, il attirait des auteurs qu’il avait rep...

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Additional Information

ISSN
1953-8146
Print ISSN
0395-2649
Pages
pp. 599-601
Launched on MUSE
2015-01-01
Open Access
No
Archive Status
Archived
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