restricted access Les Visages de l’humanité by Jean-Jacques Pelletier (review)
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Pelletier. Jean-Jacques. Les Visages de l’humanité. Québec: Les Éditions Alire Inc., 2012. isbn 9782896150854. 556 p.

Qu’arriverait- il si, un jour, un groupe nouveau émergeait de la société occidentale et partait en lutte féroce et ouverte, employant les mêmes armes de terreur, contre le monde musulman? Qu’arriverait- il si ce groupe, secret et horsla- loi, n’était en réalité qu’un bras de la cia et de l’extrême droite américaine? Qu’arriverait- il si cette droite et cette cia n’étaient, en fin de compte, que des marionnettes entre les mains d’une superpuissance internationale, aux fonds et pouvoirs illimités, avec des objectifs belliqueux qui échappent à ces hommes et ces femmes qui, en apparence, mais en apparence seulement, ont toute autorité pour nous gouverner? Et qu’arriverait- il si cette prétendue superpuissance n’était, au bout du compte, qu’un simple organisme tentaculaire répondant à une multitude de désirs égoïstes d’individus aux objectifs variés et personnels, qu’il saurait exploiter par le croisement des contrats qu’il reçoit? “Peut- être que tout est lié,” affrme l’écrivain Victor Prose vers la fin du roman, “mais ça ne veut pas dire que tout a été planifié pour être lié” (463). Voici, à grands traits, le monde dans lequel nous invite Jean- Jacques Pelletier, grand spécialiste des intrigues policières complexes et multiformes, qui ravit le public québécois depuis 1987 où une petite maison d’édition de Longueuil, Le Préambule, avait osé publié son premier roman, L’Homme trafiqué.

Entrer dans l’univers de Jean- Jacques Pelletier, c’est d’abord et avant tout accepter [End Page 243] la présence d’un narrateur omniscient éditorialiste, à la San Antonio, qui se plait à régulièrement donner des leçons de morale au lecteur et à sa société, par le biais de commentaires qui vont de l’humoristique au sardonique, et par une onomastique volontairement crue et simpliste. Ainsi, dans ce roman, la critique des politiciens québécois se fait, entre autres manières, par les noms dont le narrateur affuble les partis dont ils sont membres: le Rassemblement pour un grand ménage du Québec (rgmq), le Mouvement tranquille pour la souveraineté (mts), l’Union de la droite décomplexée, le Parti nationaliste orthodoxe pressé, etc. Le détective en chef de la Police de Montréal, un imbécile de première catégorie, se nomme “Huntell,” tant pour son manque total de personnalité que pour la facilité avec laquelle on peut le manipuler et l’envoyer chasser (to hunt) des pistes, si ridicules soient- elles. La chaîne poubelle de radio et télévision, complice de ce terrorisme institutionnel (en référence à James Bond), s’appelle Saharabia Média, tant pour le désert qualitatif de son information que pour la faiblesse d’argumentation de ses journalistes (charabia). Quant au redoutable groupe écologiste parti en guerre contre le projet gouvernemental d’exploitation des ressources minières de la province, Québec 2050, rebaptisé “Québec profond,” il prend le nom de Gaz de Shit, et a un monsieur Sisyphe Leduc comme cofondateur. C’est donc dans cet univers sis entre l’humour léger et la satire tranchante que le lecteur est invité, dans une intrigue paradoxalement infiniment sérieuse et digne de la plus profonde des réflexions.

Si les techniques du roman policier ou d’espionnage sont aujourd’hui connues de tous, et en théorie mises en application par chacune et chacun des nombreux pratiquants contemporains québécois de ce genre, leur réussite littéraire est marginale et la majorité de ces romans, primés ou non, ne méritent trop souvent qu’un simple survol. Tel n’est déffnitivement pas le cas de Jean-Jacques Pelletier, dont les forces ne peuvent que faire rêver: une grande intelligence, un imaginaire remarquable, une capacité inégalée à se mouvoir dans la complexité, un goût inné de la recherche, et une discipline de rédaction qui ferait rougir d’envie les très...


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