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Depuis leur parution, les romans de Marie Chauvet ont fait l’objet d’analyses critiques élogieuses en Haïti et surtout à l’étranger. Leur réputation est désormais solidement établie et une place de choix leur est assurée dans l’histoire de la littérature haïtienne.

Deux d’entre eux en particulier ont conquis l’estime des lecteurs et l’intérêt des critiques: La Danse sur le volcan (Paris, Plon, 1957) un des rares romans haïtiens à évoquer la vie quotidienne (des maîtres aussi bien que des esclaves) aux temps de la colonie, et surtout la trilogie Amour, Colère et Folie (Paris, Gallimard, 1968) l’un des plus complexes et percutants des nombreux romans qui ont pris pour thème les horreurs de la dictature de François Duvalier. Dans le blog de l’UEEQ, Dany Laferrière a pu écrire à son sujet:

Parler de la romancière Marie Chauvet … c’est parler d’un seul livre, mais quel livre! … Amour, Colère et Folie, est devenu avec le temps le grand roman des années noires de la dictature de Duvalier.

Ce roman a fait et continue à faire l’objet de nombreuses analyses dans un grand nombre de revues spécialisées. Par contre, Fille d’Haïti (Paris, Fasquelle, 1954), Fonds-des-Nègres (Port-au-Prince, Henri Deschamps, 1960) et un roman posthume publié sous son nom de jeune fille Marie Vieux, Les Rapaces (Port-au-Prince, Deschamps, 1986) ont moins retenu l’attention des critiques. Sans prétendre que Fonds-des-Nègres ait été mésestimé par les chroniqueurs, force est de remarquer qu’à ma connaissance, et mis à part les comptes-rendus qui ont suivi sa parution, puis célébré son attribution du prix France-Antilles, les articles qui lui ont été entièrement consacrés depuis 1960 se comptent sur les doigts d’une main.1 Je me propose de revenir sur ce roman, le troisième de la romancière en date de parution, parce que ses qualités purement littéraires méritent d’être rappelées, parce que s’y dessinent nombre des préoccupations sociales, psychologiques et politiques qui informent toute l’œuvre de Chauvet et ont contribué à sa renommée, et enfin parce qu’il illustre certaines caractéristiques propres [End Page 124] au roman haïtien de langue française.

La trame du roman est simple et linéaire: la jeune Marie-Ange a quitté tout enfant son hameau natal de Fonds-des-Nègres pour la capitale. Elle y retourne chez sa grand-mère Mériga Louisius, dite Soeur Ga, pour la première fois depuis plusieurs années, attendre que sa mère, partie à l’étranger comme domestique, lui envoie l’argent nécessaire pour aller la rejoindre. La vieille femme est un docteur-feuilles renommé, c’est-à-dire expert en remèdes de toutes sortes, massages, infusions, décoctions et cataplasmes à base de plantes, ainsi qu’en “feuilles terribles … qui supprimaient sans laisser de traces” (184).

Le retour de Marie-Ange n’est pas sans rappeler celui de Manuel dans Gouverneurs de la rosée (Port-au-Prince, Impr. de l’État, 1944); comme le héros de Jacques Roumain, lorsque après une longue absence Marie-Ange débarque du camion qui l’a déposée sur la route et suit le sentier qui monte dans les mornes, elle est bouleversée par la misère qui règne sur la campagne et sur ses habitants “haillonneux à la tête pouilleuse et au regard famélique” (50). Elle retrouve sa vieille parente au bord de la famine, comme tout le voisinage.

Marie-Ange, qui à Port-au-Prince avait appris le français, langue des gens “évolués,” et n’y fréquentait comme eux que l’église catholique, se retrouve parmi des paysans illettrés vivant en étroite relation avec les loas (esprits du vaudou) dont ils craignent le mauvais vouloir tout en implorant la protection. Ils se fient aveuglément aux présages véhiculés par les...

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