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De Simone Weil à Aimé Césaire: Hitlérisme et entreprise coloniale Bernadette Cailler A ce moment-là seul comprendrez-vous donc tous quand leur viendra l’idée bientôt cette idée leur viendra de vouloir vous en bouffer du nègre à la manière d’Hitler bouffant du juif sept jours fascistes sur sept L. G. Damas1 S ANS ÉVIDEMMENT EN EXCLURE LA POSSIBILITÉ, je ne sache pas que Césaire ait rencontré Simone Weil, son aînée de quatre ans, morte le 24 août 1943 à Londres, consumée de bien des maux, dont le plus grand, peut-être, était de ne pas avoir assez souffert les douleurs de la guerre, de l’oppression, de la persécution, dans sa propre chair.2Voici quelque temps déjà que je me demande si, quelles que soient les difficultés rencontrées jadis et toujours dans l’étude des textes poétiques de Césaire, certains chemins inconscients ne m’avaient pas, depuis l’adolescence, et, qui sait, même encore plus loin dans le temps, un tant soit peu préparée à découvrir les lignes de force de son oeuvre, sous-jacentes, en somme, à la parole poétique. Ainsi, tel ou tel texte de Weil, lu dans ma quinzième année, me semblera, aujourd’hui, cheminer en parallèle avec quelque phrase de Césaire, pensée-sœur s’il en fut; tel ou tel autre texte me semblera développer à l’avance une idée proposée plus tard par Césaire; tel ou tel autre me semblera résonner en écho, en contrepoint; parfois, aussi, je me dis que Weil avait, plus tôt, vu plus loin, plus justement, que Césaire; ou, au contraire, que pour une fois, décidément, elle en savait, en voyait, moins; et enfin, parfois aussi, j ’ai besoin de me rassurer, me pacifier auprès de Césaire dont la très grande passion ne l’entraîne pourtant jamais vers le fanatisme, le masochisme, dirais-je la folie mystique? Sacrifice ou suicide, cette passion de la douleur, du martyre, chez Weil? Vol. XXXII, No. 1 97 L ’E sprit C réateur Les textes qui ouvrent la voie royale d’un dialogue entre Weil et Césaire sont, nul doute, ceux qui permettront au lecteur de nouer des rapports entre l’Hitlérisme, la barbarie nazie, et l’Entreprise Coloniale, que celle-ci soit pratiquée par tel ou tel peuple, à un moment ou l’autre de l’histoire humaine bien sûr, ou, plus précisément, qu’elle soit celle de l’histoire européenne; évidemment, par souci de rigueur intellectuelle, peut-être faudrait-il commencer par analyser la dialectique pouvant exister entre l’Entreprise Coloniale en général, et la “ nôtre” , ou la “ leur” . Pourtant, si l’on veut bien faire place déjà à une question qui me paraît essentielle, à savoir, le racisme est-il envisageable sans l’esprit de conquête?, et si, comme je le crois, une réponse honnête ne peut qu’être négative, alors, sans doute, la distance diminuera-t-elle entre le grand E de l’Entreprise et les autres, toutes les autres. Mais, pourra-t-on aussi objecter, après tout, peut-être la barbarie nazie était-elle un énorme accident; mais, dites-moi, le colonialisme n’a jamais consciemment con­ struit la théorie du génocide; mais, dites-moi, les civilisations sont le plus souvent le fruit de mélanges, certains d’entre eux forcés sur l’habitant, etc., je vous répondrai en toute paix et toute tristesse que Weil et Césaire sont parmi ceux qui sont là pour nous instruire définitivement sur de telles questions. Il est vrai que lorsque Simone Weil écrit qu’il “ n’y a jamais eu en France de doctrine coloniale. . . il y a eu des pratiques coloniales” ,3elle semble indirectement séparer des actes fondés sur une théorie (systématiquement raciste en ce qui est des nazis) et des décisions d’ordre avant tout pragmatique et utilitaire. Cependant, dans le même essai, elle ajoute...

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Additional Information

ISSN
1931-0234
Print ISSN
0014-0767
Pages
pp. 97-107
Launched on MUSE
2017-07-05
Open Access
No
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