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B ook Rev iew s Enfin le Magazine Littéraire comporte un inédit de Genet: “ Saint Hosmose” , récit pour le moins fantaisiste d’un personnage sorti tout droit de l’imaginaire de l’écrivain. D ia n e H e n n e t o n Université de Paris IV Genet à Chatila, textes réunis par Jérôme Hankins. Arles-Paris: Solin, 1992. 96 FF. Prolongement d ’un spectacle conçu par Alain Milianti autour de Quatre heures à Chatila, ce recueil de textes critiques et de témoignages donne une large perspective sur les derniers écrits de Genet. Perspective assurément aussi large que celle de ces écrits qui par leur “ esthétique déliée” confrontent histoire et biographie, politique et poétique, fiction et vérité. Je choisis dans cet ensemble la question du mot et de l’image, qui dut être au centre de la tentative théâtrale: “ Au moment d’en parler, dit Genet dans un important inédit, je m’aperçois que les mots ‘résistance’ ou ‘révolution palestinienne’ ne signifient rien pour moi; après plusieurs mois passés sur les bases jordaniennes, c’est d’une multitude de visages dont je me souviens... Je dois écarter et même oublier tous ces visages si je veux saisir ce qui leur est commun, comprendre leur mystère” (89). Ainsi la motivation formelle d ’Un captif amoureux apparaît dans cette volonté de tourner l’image dans le va-et-vient du souvenir et de l’expérience vive, images multipliées, corrigées, stylisées et orientées vers l’allégorie et le symbole (on pense à la pietà que forme le couple d ’Hamza et de sa mère, dont l’évocation, ainsi que le raconte Leila Shahid, fut à l’origine de ce grand œuvre fragmenté, et en con­ stitue sans doute le centre secret). Car la révolution palestinienne, pour Genet, indique fondamentalement une faillite de la représentation occidentale, mais aussi de son propre pouvoir d’imaginer; on peut, avec Jérôme Hankins, en énumérer quelques signes: d ’abord, il n’y a pas d’image juste des Palestiniens, de portrait convenable; “ multiples visages” , on l’a vu, dont la vérité est ambivalente, beautés à la fois frémissantes et fixes. (La stratégie est ici l’inverse de celle des Black Panthers qui théâtralisèrent à l’outrance leur mouvement.) Ensuite, il y a le rêve romanesque de la violence contre lequel s’arc-boute la brutalité des corps assassinés, arrachant l’œuvre à elle même: “ L’espèce de petit récit que j ’ai fait, je ne l’ai pas fait avec des idées à moi. Je l’ai fait avec des mots qui sont les miens. Mais pour parler d’une réalité qui n’était pas la mienne” (72). Il y a enfin l’opacité même du massacre qui déchire “ la transparence des rapports” de l’utopie jordanienne: “ Le tortionnaire comment était-il? Qui était-il? Je le vois et je ne le vois pas. Il me crève les yeux...” (70). Ces heures passées dans le charnier de Chatila furent l’événement qui relança l’écriture de Genet. Quatre heures à Chatila puis Un captif amoureux inaugurent un travail sur le réel et sur la culture, gestes politique et poétique conjoints, exemplairement, dans une critique du langage de la bourgeoisie. Redéfinition des termes falsifiés, subversion et resémantisation des syntagmes figés (on vient d’en lire un exemple): l’écriture recherche son origine, toujours en rupture avec la langue et avec elle-même, posant le ressassement et la palinodie au principe de son invention. Car la révolution pour Genet est adolescente, sans territoire, elle tient dans l’image du feddai. Il faut rapprocher le thème de la honte, dégagé par Alain Milianti, de cette figure du combattant qui ne possède de virilité que par un symbole (le fusil), adolescent androgyne (J. Hankins), transsexuel héroïne. Ainsi l’imaginaire de Genet redistribue-t-il ses marques et Un captif amoureux, entreprise...

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Additional Information

ISSN
1931-0234
Print ISSN
0014-0767
Pages
p. 83
Launched on MUSE
2017-07-05
Open Access
No
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