In lieu of an abstract, here is a brief excerpt of the content:

Présentation, Représentation: Le classicisme au carrefour Selma Zebouni La beauté c’est l’infini dans un contour —Victor Hugo N OUVELLE CRITIQUE ou nouvelle imposture-, c’est ainsi que Raymond Picard, il y a déjà bon nombre d’années, attaquait au nom de la critique “ traditionnelle” le Sur Racine de Roland Barthes. La contre-attaque de Barthes, dans Critique et vérité, non seule­ ment réfutait les positions et méthodes de “l’ancienne” critique (puisque “nouvelle” il y a, dit Barthes) mais esquissait également la problématique d’un nouveau langage critique, signe d’un changement profond de la culture occidentale par rapport à la question centrale de l’interprétation.1 Cette nouvelle version de “ La Querelle des anciens et des modernes” n’offre plus aucun intérêt en soi car aujourd’hui le procès est jugé, mais elle souligne le fait que, dans les nombreuses querelles critiques qui ont jalonné l’histoire littéraire française, le classicisme est très souvent, sinon réellement, du moins virtuellement présent en tant que système référen­ tiel par rapport auquel toute nouvelle position prétend se situer, comme le fait par exemple Victor Hugo dans la “ Préface de Cromwell”. L’émergence relativement récente de la notion de “ Baroque” a aiguisé le problème de l’importance théorique de l’idéologie classique. Dans un article que nous croyons représentatif d’une certaine attitude critique répandue surtout aux Etats-Unis, intitulé: “ Classicism: The Crisis of the Baroque in French Literature” , Robert J. Nelson attaque ce qu’il considère être une longue tradition tyrannique du classicisme et des critiques qui en sont les apologistes: French scholars (and those influenced by them) are obviously caught in a pair of equations whose consequences have truncated France’s literary heritage to a degree unique in the history of national literatures: the French are convinced that if something of value is found in French, it is classical . . . this teleology has even accommodated itself to the successive philosophies of literature at war with one another since the seventeenth century . . . this classico-Racinian teleology has fed on itself and written two centuries of literary history.2 Nelson s’élève contre ce qu’il appelle “the classical esthetic of formal 32 Fa l l 1993 Z ebouni restraint” au nom d’un “ Baroque” qu’il considère plus riche en inter­ prétations, plus libéralisant, et beaucoup plus répandu que ne veulent l’admettre les apôtres du classicisme: the esthetic implications of the term “ baroque” as compared with those of the word “ classical” permit a sensible restoration of the literary heritage bequeathed to us by the classics themselves but buried in the shadows of a French Classicism constructed by French scholars. (186) Pour Nelson c’est le classicisme, de par sa nature restrictive, qui serait une sous-catégorie du baroque, mouvement plus large et plus com­ préhensif. Il n’est pas question ici de souscrire à la thèse de Nelson, encore moins de la réfuter. Etant donné sa perspective, et ses définitions du classicisme et du baroque, les observations de Nelson sur les œuvres sont pertinentes et rigoureuses. Mais Nelson ne donne aucune explication satisfaisante pour ce qu’il semble considérer comme un aveuglement collectif (et héréditaire!) des critiques français, sinon cet aveuglement luim ême. Je voudrais pour ma part tenter d’explorer des hypothèses plus à même d’expliquer la longévité de l’idéologie classique que celle d’une aberration psychologique généralisée. En premier lieu, il est indiscutable que cette autorité, cette hégémonie que le classicisme possède dans la “ mythologie” poétique française repose sur le caractère cohérent, organisé du mouvement, conçu par une pléthore de théoriciens neo-aristotéliciens (Chapelain, Rapin, d’Aubignac, Bouhours...), pourvu d’un “ législateur du Parnasse” en la personne de Boileau, d’un A rt poétique succès de librairie, et de nos jours d’une “ doctrine” clairement formulée par René Bray dans une œuvre qui...

pdf

Additional Information

ISSN
1931-0234
Print ISSN
0014-0767
Pages
pp. 32-42
Launched on MUSE
2017-07-05
Open Access
No
Back To Top

This website uses cookies to ensure you get the best experience on our website. Without cookies your experience may not be seamless.