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A propos du “Générique” de Leçon de choses1 Philippe Hamon L ES RÉFLEXIONS PROPOSÉS ICI à propos et en marge de quelques lignes de Claude Simon n’ont pas pour ambition de démontrer quelque thèse que ce soit ni de proposer quelque nouvelle “lecture” ou “interprétation” qui vaudrait pour la totalité de l’œuvre simonienne, mais de repérer quelles sont les questions d’ordre général et théorique, et touchant à la littérature, qui y sont posées. (Micro-)lecture “poéticienne” , si l’on veut, et à placer sous l’égide d’un Valéry qui disait s’intéresser surtout, dans les œuvres littéraires, aux “opérations de l’esprit” qui s’y manifestent; plutôt que de souligner des particularismes ou des originalités stylistiques, il s’agira donc ici de traiter ce texte particulier en prétexte à généralités, de s’intéresser à la com­ pétence théorique dont il témoigne et qui s’y déploie. Non pas: en quoi, ou comment, cette littérature nous parle-t-elle? Mais plutôt: comment ce texte parle-t-il à/de la littérature? G é n é r iq u e Les langues pendantes du papier décollé laissent apparaître le plâtre humide et gris qui s’effrite, tombe par plaques dont les débris sont éparpillés sur le carrelage devant la plinthe marron, la tranche supérieure de celle-ci recouverte d’une impalpable poussière blanchâtre. Immédiatement au-dessus de la plinthe court un galon (ou bandeau?) dans des tons ocrevert et rougeâtres (vermillon passé) où se répète le même motif (frise?) de feuilles d’acanthe dessinant une succession de vagues involvées. Sur le carrelage hexagonal brisé en plusieurs endroits (en d’autres comme corrodé) sont aussi éparpillés parmi les débris de plâtre divers objets ou fragments d’objets (morceaux de bois, de briques, de vitres cassées, le châssis démantibulé d’une fenêtre, un sac vide dont la toile rugueuse s’étage en replis mous, une bouteille couchée, d’un vert pâle, recouverte de la même poussière blanchâtre et à l’intérieur de laquelle on voit une pellicule lilas de tanin desséché et craquelé déposée sur le côté du cylindre; etc.). Du plafond pend une ampoule de faible puissance (on peut sans être aveuglé en fixer le filament) vissée sur une douille de cuivre terni. Au-dessous du minuscule et immobile déferlement de vagues végétales qui se pour­ suivent sans fin sur le galon de papier fané, l’archipel crayeux des morceaux de plâtre se répartit en îlots d’inégales grandeurs comme les pans détachés d’une falaise et qui se fracassent à son pied. Les plus petits, de formes incertaines, molles, se sont dispersés au loin après avoir roulé sur eux-mêmes. Les plus grands, parfois amoncelés, parfois soli­ taires, ressemblent à ces tables rocheuses soulevées en plans inclinés par la bosse (équivalent en relief du creux—ou d’une partie du creux—laissé dans le revêtement du mur) qui en con­ VOL. XXVII, NO. 4 89 L ’E sprit C réateur stitue l’envers et sur laquelle ils reposent. Sur leur face lisse adhère quelquefois encore un lambeau de feuillage jauni, une fleur. La description (la composition) peut se continuer (ou être complétée) à peu près indéfiniment selon la minutie apportée à son exécution, l’entraînement des métaphores pro­ posées, l’addition d’autres objets visibles dans leur entier ou fragmentés par l’usure, le temps, un choc (soit encore qu’ils n’apparaissent qu’en partie dans le cadre du tableau), sans compter les diverses hypothèses que peut susciter le spectacle. Ainsi il n’a pas été dit si (peut-être par une porte ouverte sur un corridor ou une autre pièce) une seconde ampoule plus forte n’éelaire pas la scène, ce qui expliquerait la...

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Additional Information

ISSN
1931-0234
Print ISSN
0014-0767
Pages
pp. 89-102
Launched on MUSE
2017-07-05
Open Access
No
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