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SCIENCES HUMAINES 483 est de souligner la longue evolution des pratiques d'ecriture en Ontario fran<;ais, bien au dela de la breve periode d'effervescence des trente dernieres annees. Cette ecriture prend des formes multiples et singulieres: comptes rendus de congres patriotiques, discours politiques, lettres (comme celles des missionnaires jesuites, analysees par Dionne au vol. 3). Chez Roger Bernard, par ailleurs, la perspective sociologique prevaut dans les trois valets complementaires (etparfois un peu repetitifs) sur I'exogamie et son impact sur l'assirnilation linguistique au Canada Francophone minoritaire . Bien que prudentes, les conclusions de Bernard sont sans equivoque: la montee de l'exogamie entraine une assimilation irreversible des Canadiens franc;ais vivant al'exterieur du Quebec. Dans ses interpretations tres dures de statistiques qui ne trompent pas (mais qui font tout de meme mal !), Bernard fait montre de courage et d'honnetete intellectuelle. Dans une serie de trois contributions differentes, Ie folkloriste JeanPierre Pichette retrace, entre autres, les travaux de compilateurs et d'interpretes franco-ontariens et demontre de maniere fascinante la transmission d'un conte canadien-franc;ais eventuellement repris par la tradition ojibway. Restent enfin les articles de Fernand Dorais et de Michel Gaulin, qui sernblent assez mineurs. Les textes de Dorais (dans les vol. 1 et 2) revelent bien l'existence d'une (Euvre remarquable de Therese TardiC Desespoir d'une vieillefille (1943), mais l'analyse decousue de Dorais ne rend pas justice al'ouvrage, ni au contexte historique dans lequel il a ete publie. Quant al'article de Michel Gaulin (dans le voL 3), il s'agit simplement d'un hommage aFernand Dorais. nne fait pas de doute que ces Cahiers, malgre les limites des chercheurs impliques, constituent des documents de premier ordre pour }'etude de l'Ontario franc;ais (et accessoirement du Quebec et de I'Acadie). Les methodes adoptees sont traditiormelles (certains diront volontiers vieillies), mais les analyses sont Ie plus souvent profondernent incontestables. (FRAN<;OIS PARE) Patrice Groulx, Pieges de In memoz"re. Dollard des Ormeallx, les Amerindicl1S ct nous Hult Vents d'Ouest, colI. Asticou - Histoire, 436 p. Seion l'historien et philosophe Michel de Certeau (1975), «l'ecriture de l'Histoire» reste paradoxale amaints egards. Entre autres, par l'exorcisme de 1a mort introduite dans Ie discours, elle joue, d'une part, Ie role d'un rite d'enterrement, d'autre part, elle detient une fonction « symbolisatrice » qui perrnet « aune societe de se situer en se dormant dans Ie langage un paSSe)}, ouvrant «ainsi au present un espace propre ». Des lors, Ie recit historien« enterre les morts comme moyen de fixer une place aux vivants ». Dans un ouvrage essentiet Patrice Groulx exhume du cimetiere de la memoire les traces de funerailles qui furent autant d'injonctions au souvenir, de 484 LETTRES CANADIENNES 1998 references actuelles au passe. II en retire un episode guerrier du printemps 1660, mettant aux prises sept cents Iroquois, quarante Hurons, quatre Algonquins et surtout six-sept Fran~ais, ces derruers diriges par un certain Dollard des Ormeaux. L'allegorie n'est pas fortuite. Pieges de la menzoire... constitue un veritable travail d'archeologie foucaldienne. Creusant atravers les strates du temps, l'auteur deblaie les multiples artefacts du recit de la bataille du Long Sault pour en saisir les sens d'origine etleurs transformations successives. CEuvre qui demande patience, souplesse et polyvalence, puisque les recits sur Dollard et ses compagnons sont plethore - plus de 250 entre 1660 et 1997, ala fois en fran<;ais et en anglais - et relevent de modes d'expression varies, partant du temoignage oral al'etude historique, avec des incursions dans les arts de la prose et de la poesie, de la sculpture, de la peinture et du croquis. Tous ces recits frequemment reiteres contribuent au renforcement discursifdu mythe. Ils deviennent indissociables d'un dispositif commemoratifglobal nourrissant I'imaginaire des contemporainset impregnant leurs conceptions des rapports entre Euro-americains etAmerindiens. Ainsi, avec les differentes commemorations, Ie passe devient non seulernent exemplaire mais surtout actuel. Asa maniere, Ie lecteur peut temoigner de cette actualite memorielle du mythe de Dollard, ne serait-ce pour y avoir communie par les peripeties livresques de sa prime jeunesse, sinon pour avoir dresse de freles barricades au cours de fameuses batailles de balles de neige sur une avenue banlieusarde, dite du Long-Sault. Toute nostalgie estompee, Ie lecteur observe egalement l'heureuse transhumance des concepts du champ litteraire acelui de l'histoire. Patrice Groulx emprunte aux theories du recit proposees par Gerard Genette et Paul Ricceur, relevant les aspects structurants de cette representation par Ie langage, de cette mise en intrigue devenant mythe lorsqu'elle se refere aux fondations et aux origines. Vne fois campe dans Ie pacage de Clio, il reconstitue ensuite les contextes de production de ces recits, puis se penche sur les modifications structurales qui leur permettent de migrer d'une forme de societe aune autre, en maintenant une constante congruence avec l'environnement culturel ambiant. Menee avec rigueur, cette demarche diachronique et contextuelle reflete une reelle maltrise de son objet d'analyse, dominant les sources afin d'en tirer leur quintessence, se livrant a une fine lecture heuristique, se coHetant avec Ie document puis 5'en degageant prestement pour mieux jauger d'un regard englobant toute I'intertextualite de l'ensemble. Ce faisant, Pieges de la memoire... identifie les principaux itineraires narratifs des belligerant5 du Long Sault, itineraires decoupes dans la trame infinie de l'evenementiel(voir Paul Veyne, Comment on ecrit I'Histoire, 1971)De l'episode guerrier en tant que tel ne subsistent que des ternoignages oraux des Amerindiens survivants, Hurons et Iroquois, recueillis par des Fran~ais profondement inquiets devant l'eventualite d'un assaut final SCIENCES HUMAINES 485 c~ntre la colonie. La correspondance de Marie Guyart et les Relations des Jesuites expriment ces craintes, les peres missiOImaires categorisant les Amerindiens sous Ie jour d'une alterite mena<;ante. Operant un glissement actantiel significatif, Ie recit s'integre ensuite al'histoire providentialiste de Fran<;ois Dallier de Casson. Desormais, Dollard des Ormeaux se place au premier plan. Correspondant au modele heroique solidement etabli dans les contes populaires, un Dollard sans epaisseur affronte son antithese, les rnauvais Iroquois, alors que Ie role des allies hurons se degrade. Au XIX e siecle, avec l'Histoire du Canada de Fran<;ois-Xavier Garneau,l'episode de la bataille du Long Sault s'inscrit sans relief demesure a l'origine, dans la meffioire nationale. Le recit devient canonique sous les plumes de l'abbe Etienne-Michel Faillon et de Francis Parkman. Avec un bonheur variable, les deux usent des methodes de La discipline hlstorique, celles du depouillement des sources ainsi que de l'explication des causes et des effets. S'Us divergent sur les sens a donner a l'evenement, l'abbe ultramontain et I'Americain anti-papiste se rejoignent surLa typologie des personnages,soit un Dollard heroique et la triade amerindienne de l'Allie indefectible, de l'Ennemi sauvage et du Traitre perfide. Tenor de la frenesie commemorative des annees 1875 a1960, Ie chanoine Lionel Groulx reprend Ie recit de Faillon. Arme des procedes rhetoriques de I'epidictique, i1 dresse de la destinee de Dollard et de ses compagnons une vita exempla visant al'edification de la jeunesse,canadienne-franc;aise. Apres ce traitement a l'image d'une apotheose, les autres recits de l'evenement doivent, pour maintenir leur force de persuasion, se faire plus mesures, plus conformes ala zeitgeist. Aussi, sans devier fondarnentalement des structures canonigues,Ia version de 1965 redigee par 1'historien Andre Vachon adopte les formes discursives de l'histoire scientifique, avec son appareillage referentiel et son ton suggerant Ie detachement vis-a.-vis l'objet d'etude. Malgre sa vive contestation par Jacques Ferron, Ie mythe de Dollard perdure encore de nos joms dans l'irnaginaire collectif. Apres les evenements d'Oka en 1990, certains demagogues, tels que Gilles Proulx ou Raoul Roy, s'y referent pour donner une que1conque legitirnite aleur discours anti-amerindien. Meme morts, les «heros du Long Sault}) combattent toujours. S'i! peut etre tenu quelque grief a. 1a these de l'auteur, ce serait d'avoir esquisse les rapports radicalement differents de la rnemoire et de l'histoire avec Ie passe. eette precision aurait enrichi encore davantage un propos deja fecond. Presence et present du passe, se nouant intimement au sentiment d'appartenance d'une communaute,la rnemoire constitue« une trace vivante et active, portee par des sujets, des etres doU(~s de raison, de parole et determines par l'experience» (Henri Rousso, La hantise du passe, 1998). Elle forme ainsi un echeveau complexe d'irnages, de mots, de sensations , aux treillis cousus par les fils du souvenir et de l'oubli, des projets et des refoulements. L'histoire, elle, ne cherche pas seulement a combler les trous de 1a memoire, puisqu'elle se veut d'emblee une demarche critique 486 LETTRES CANADIENNES 1998 de questionnement. Apprehendant Ie passe pour mieux rendre compte de la distance, de I'alterite qui nous en separe, elle « revoque toujours en doute Ies souvenirs qui ont survecu intacts» (Yose£ Hayim YerushaImi, Zakhor, memoire juive et histoirejuive, 1991). A1a decharge des Pieges de la memoire.", cette distinction n'est pas toujours evidente dans Ia conscience des acteurs historiques. Ainsi, dans la polemique l'opposant aEdward Robert Adair puis aGustave Lanctot en 1932, Ie chanoine Groulx lui-meme oscille entre les logiques de la memoire et de l'histoire. Tout en exaltant la commemoration du mythe de Dollard et en tirant une didactique du sacrifice, il commente les sources et se questionne sur les mobiles des protagonistes de la bataille du Long Sault, selon des procedures critiques bien connues des historiens, meme si elles demeurent ici partielles et partiales. Neanmoins, cette remarque ne gache pas Ie plaisir du lecteur devant eet ouvrage important, au style elegant et limpide, al'argumentation solide et coherente , a1a reflexion riche et novatrice. Enfin, tout historien ne peut que se sentir interpelle par 1a pertinence du questionnement de Patrice Groulx sur les problemes deontologiques de sa discipline. QueUe histoire fabrique-t-il ? Peut-il pretendre aune certaine objectivite? Peut-il echapper aIa prison du discours, aces parois caverneuses ous'esquissentles furtiyes ombres de la realite ?DevantlesMemento mori des «heros du Long Sault», l'auteur suggere une solution moins baroque en rappelant la metaphore employee par 1a diplomatie iroquoise pour conjurer 1a fatalite des guerres. Les Iroquois croyaient que les corps des belligerants devaient etre ensevelis sans distinction dans une meme fosse commune afin que la memoire puisse effacer par I'oubli la permanence du conflit. Pour que l'ecriture historienne du recit de Dollard des Ormeaux puisse pleinement s'accomplir comme rite d'enterrement, el1e doit s'affranchir de l'ideologie qui la sOils-tend et permettre a tOllS ses morts, Euro-americains et Arnerindiens, de reposer ensemble cote acote. (MARTIN PAQUET) Franrois-Xavier Garneau: unefigure nationale, s. la dir. de Gilles Gallichan, Kenneth Landry et Denis Saint-Jacques Quebec, Editions Nota bene, Les Cahiers du Centre de recherche en litterature quebecoise, 398p., 24$ Le premier tome de l'Histoire du Canada depuis sa decouverte jusqu'a nos jours sortit des presses de Napoleon Aubin au mois d'aout 1845. Cent cinquante ans plus tard,I'Association quebecoise pour l'etude de l'imprime (AQEI) et Ie Centre de recherche en litterature quebecoise (CRELIQ) ont reuni leurs efforts pour organiser un colloque de deux jours consacre aI'auteur de l'Histoire ... ...

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Additional Information

ISSN
1712-5278
Print ISSN
0042-0247
Pages
pp. 483-486
Launched on MUSE
2014-07-02
Open Access
No
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