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SCIENCES HUMAINES 183 Brault dans tm texte que cite Pierre Ouellet: « Une ecriture intimiste requiert une lecture intimiste ~>.A chaque lecteur revient done la tache de tracer le sentier qui le menera au cceur de l'ceuvre, comme l'ont fait, pour eux-memes, les critiques que nous avons nommes ainsi qu'Andre Brochu, Anne-Marie Clement, Lucie Bourassa, Jacques Paquin, Robert Dion, Walter Moser, Lucie Joubert et Jaap Lintvelt qui ont contribue a ces cahiers, horrunage a Jacques Brault<< au moment ou il prend sa retraite de l'Universite de Montreal». (PIERRE KARCH) Jacques Paquin, L'ecriture de Jacques Brault. De la coexistence des contraires ala pluralite des voix Quebec, Les Presses de l'Un.iversite Lavat coiL Vie des lettres quebecoises, 260 p. Tire d'une these soutenue il y a quelques annees al'Universite d'Ottawa, cet ouvrage portant sur L'ecriture de Jacques Brault constitue de fait etrangement, corrune l'indique son auteur Jacques Paquin, le premi~r qui s'attache aI'ensemble de l'ceuvre poetique de Brault, pourtant reconnue par de nombreux et prestigieux prix litteraires. Al'anomalie que represente la pauvrete de la reception savante d'une telle CEuvre, Paquin ne foumit cependant pas d'explication, s'attaquant plutot ala tache de combler cette lacune par un survol de !'ensemble de la production du poete, depuis Memoire, en 1965, jusqu'a II n'y aplus de chemin, en 1993. Prendre en echarpe un travail d'ecriture qui se developpe sur presque trente ans et comporte, outre la poesie, des textes dramatiques, des essais, un recit, des nouvelles -car Paquin ne se borne pas exclusivement aux poemes et recourt aux autres genres pour eclairer son objet -, c'est bien sur construire une coherence, degager un itineraire, reconstituer apres coup nne logique, et le travail de Paquin est aussi une entreprise de mise en ordre, qui tend vers le recit d'une traversee du langage et du silence, de la vie et de la mort. On ne s'etonnera done pas de voir Paquin s'attarder ala narrativite de la poesie de Brault (chapitre 2), ason enonciation (chapitre 4) ou encore a son relatif « prosai'sme »I c'est-a-dire ala dialectique versI prose, evenement /comrnentaire qui la dynamise et la relance (chapitre 5). Au lieu d'appliquer acette poesie un modele unique qui permettrait d'en ordonner les principaux traits, d'en extraire les elements d'une combinatoire plus ou moins rigoureuse, d'une poetique d'auteur plus ou mains stable,l'analyste choisit de suivre le flux de cette poesie, de suivre le courant des poernes conune du reste celui de 1'ceuvre entiere, avec les avantages et, aussi, les inconvenients que presente une semblable methode. Parmi les avantages: une souplesse, une maniere de caller aux textes, de les accompagner dans leurs circonvolutions, leurs bonheurs et leurs rates; au nombre des inconvenients : un manque de perspective parfois, une demarche qui reste floue, une fa~on de faire fleche de tout bois (des theories et des modeles 184 LETTRES CANADIENNES 1997 d'analyse, par exemple, souvent apeine esquisses et aussitot abandonnes) qui dissimule le projet d'ensemble et suscite des developpements qui paraissent s'enchaln.er arbitrairement. Paquin a beau tres bien guider son lecteur en balisant toutes les etapes de son etude, les multiples indications de regie ne font que rendre plus manifestes les constantes reorientations de son propos. Si, faisant abstraction des quelques reserves que je viens d'exprimer, j'essaie amon tour de mettre roes pas dans ceux de Paquin et de recomposer sa riche analyse du trajet poetique braultien, que me faudra-t-il d'abord retenir? Le premier chapitre, qui porte le joli titre « Etre, une contradiction», assigne au paradoxe, et particulierement au paradoxe mort/vie, une fonction paradigmatique, deployee tant sur le plan individuel que sur celui de la collectivite, et qui rend compte d'une«experience repetee achaque recueil: une mise amort qui, dans l'esprit du poete, est une umise ajour». L'antithese mort/vie, qui represente selon Paquin (et Gilbert Durand) une tentative d'echapper al'emprise du temps, permet de glisser insensiblement vers le propos du deuxieme chapitre, consacre a« Une dialectique de la dun~e )). Ici,la question de lamemoire, de toute evidence centrale chez Brault (cf le titre de son premier recueil), conduit a analyser la dimension narrative de ses premiers textes. La memoire est en effet au principe d'un « recit ambivalent», dans lequel «les annales de la redemption ou [sic] celles de la malediction ne sont pas aisees a departager ». Mais qu'il s'agisse chez Brault de la memoire, de la repetition ou de l'oubli, il appert que tout est susceptible d'etre tour atour connote positivement ou negativement, parce que lacontradiction se revele fondamentalement productive, parce toute chose a besoin de passer parson envers, parce que 1'en-dessous, pourparaphraser le titre de l'un des recueils de Brault, est le presuppose meme de !'admirable. Paquin insiste ajuste titre sur le fait que si la memoire, la repetition et1'oubli produisent la duree, cette demiere ne prend sens que dans son rapport al'extase de !'instant, que des recueils tels Trois fois passera et peut-etre surtout Moments fragiles, avec son esthetique proche de celle du haiku, inscrivent comme un point d'eguilibre entre deux neants, comme un passage entre memoire et oubli, vie et mort: Si les moments sont qualifies de fragiles, ecrit Paquin, c'est qu'ils apparaissent comme detaches ala fois du passe et du futur, simple fumee d'une pensee qui est deja retournee al'oubli. Ala limite, l'ecriture atteint une forme d'equilibre au-dessus du monde, conferant au texte un aspect sensiblement petrifie: ce n'est qu'a ce moment-la qu'on pourra parler d'extase chez Brault. Je passe rapidement sur le chapitre consacre au lyrisme de Brault, dont les analyses trouvent tm aboutissement dans les pages sur« Ia Prose dans le poeme »,a mon sens les plus reussies de l'ouvrage; notons seulement SCIENCES HUMAINES 185 qu'y est abordee la question capitale du sujet, sujet qui, dans l'c:Euvre de maturite de Brault, presente la particularite d'etre a la fois efface et souverain. Le chapitre 4, qui porte le titre - enigmatique- d'« Alterite et Alteration», a pour objet le rapport a !'autre, envisage au moyen des theories de l'enonciation; les formes de l'epistolaire, privilegiees par le poete, ce tu et ce vousauxquels s'adresse l'enonciateur, sont le plus souvent l'indice d'une interlocution qui ne trouve pas son destinataire: celui-ci, disparu, absent, sourd, reste l'indice d'une alterite radicale. Mais cette absence de 1'Autre constitue precisement ce qui ouvre le langage, ce qui reitere la necessite d'ecrire, d'inventer une instance amie. Le contact avec l'Autre pourra ainsi prendre la forme de l'ecriture de l'autre qu'il s'agira alors, comme dans les Poemes des quatre cOtes, de nontraduire, de transporter dans sa propre langue en !'alterant, en brouillant les frontieres de l'identite et de 1'alterite. Enfin, dans son dernier chapitre, Paquin entre de plain-pied dans le debat de la modemite poetique en posant la question de la coexistence de la prose et de la poesie chez Brault, et plus specialement celle de la prose de sa poesie, de la diction parfois prosa1que de cette poesie. Apres avoir bien resume les enjeux de ce debat, depuis Baudelaire, Mallarme et Valery jusqu'a Henri Bremond et Sartre, l'analyste expose clairement les valeurs respectives du vers et de la prose chez Brault, puis montre les tensions a l'ceuvre dans cette ecriture qui se defie autant de la prose courante, prosa1que , que du mythe de la poesie et de I'eloquence, et qui entend au surplus abolir le clivage entre vers et prose. Bref, entre recit et discours, la poesie de Brault choisit de prendre le risque de la prose, si bien que vers et prose tendent ala fois a interferer eta se distancier rnutuellement: levers se rompt avant de basculer dans le lyrisme et !'eloquence, et la prose tend adevenir glose. On ne s'etonnera pas que le livre de Paquin se termine par une evaluation des diverses composantes de l'ecriture de Brault. Car c'est sans doute rune des grandes qualites de ce premier ouvrage de synthese que de tenter de menager des equilibres, de soupeser des elements poses comme contradictoires , de traquer des nuances qui echappent aux lectures parcellaires ou trop hatives. Je ne doute pas qu'avec ce volume s'ouvre un chantier passionnant pour les etudes quebecoises - d'autant plus que, comme le note Jacques Paquin, l'ceuvre de Jacques Brault est loin d'etre close. (ROBERT DION) Linda M . Clemente et William A. Clemente, Gabrielle Roy:Creatio11 and Memory Toronto, ECW Press, Canadian Biography Series, 202 p., 14,95$ Ni specialise ni original, l'ouvrage de Linda et William A. Clemente, Gabrielle Roy: Creation and Memory, retient surtout }'attention parce qu'il reussit amettre en relation des faits biographiques et certains des meilleurs ...

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Additional Information

ISSN
1712-5278
Print ISSN
0042-0247
Pages
pp. 183-185
Launched on MUSE
2014-07-02
Open Access
No
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