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102Women in French Studies La vision globaliste d'Antonine Maillet: Entretien avec Jean-Luc Desalvo1 J-LD: Vous aveztendance à insérer soit l'histoire dans le conte, soit le conte dans l'histoire. Un critique estallé mêmejusqu'àdire que"Leroman [Pélagie-la-Charrette] est à GAcadie ce que Disneylandestaumonde réel."(MailletetHamel 142) Est-ce que Ie conte est une sorte d'arme contre le temps historique? AM: C'esttrès élogieuxpourmoi. Moije l'ai déjàdit, mais àlablague, mais quand même il y a du vrai là-dedans. L'histoire racontetoutce que l'on saitoucroit savoir. Le conte racontetout ce que l'on voudraitqu'il soitvrai. Alors, moije suisbeaucoup plus proche du conte que de l'histoire en ce sens que je raconte le monde comme je le voudrais. OrJe me rends compte àun momentdonné que le monde semetàressembler àmes livres. À force de dire àGAcadie cequejecroisqu'elleest, elle finitparl'être. Ce qui veut dire que sans doute que l'auteur, encore une fois, parce qu'il est le sujet de son propre inconscient va plus loin que l'historien qui ne fait que regarder ce qui est. L'auteurprévoitce que ce monde deviendra. Alors, il vavers le conte quinous raconte ce qui peut être et non pas ce qui est. Alors, oui, j'ai dans mes histoires du conte et dans les contes il y a l'histoire bien sûr. Mais, ce n'est pas Disneyland. Non, pas du tout. J-LD: Toutefois, dans une interview, vous avez déclaré que vous êtes un auteur "réaliste." Pourriez-vous nous expliquer ce que vous voulez dire par cela? AM: Pourmoi, réalisme ne veutpas dire dutoutleromanréaliste du dix-neuvième siècle. Ce n'est pas Zola. Je suis un auteur qui raconte la réalité, mais sous une forme qui ne l'est pas. J'ai probablement dit cette phrase-là pour répondre à quelqu'un qui prétendait quej'avais inventé un monde de toutes pièces. C'est dans ce sens-là queje suis un auteur réaliste. Je m'inspire d'une réalité, maisje ne l'écris pas du tout sous la forme d'un roman réaliste. J-LD: Cherchez-vous àréparer lesmaux/mots de l'Histoire? En toutcas, il semble que la parole féminine dans vos livres serve à remplir les lacunes de l'Histoire et des mythes écrits par les hommes. AM: Disons que je n'ai pas toutes ces ambitions-là. Je n'ai pas ce toupet de présomption de réparer les maux de l'humanité. Le conte, lacréation, lafiction vontun petit peu plus loin que la description de la réalité de l'histoire. Alors, dans ce sens, l'auteur de fiction répare toujours les manques de l'histoire. J-LD: Dans Les Confessions deJeanne de Valois, le personnage narrateur souligne que c'est grâce aux efforts des "vierges folles" pionnières qui ont osé lutter contre l'ordre patriarcal et les préjugés de lasociétéphallocrate que leurs "plus folles chimères" se sont réalisées. Il y a souvent chez vous, surtout dans Les Confessions deJeanne de Valois, une dévalorisation de la raison cartésienne et de la science. Associez-vous une certaine raison aux hommes dont vos personnages féminins se moquent et qu'elles ne partagent pas? A M: U y ade ça, mais il y aplus que ça. Jeme rappelle encore unjourquandj'étais Desalvo 103 collégienne. Collégienne enAcadie ou au Canadaalemême sens qu'aux États-Unis - "college." Eh bien, il y avait le collège des filles et le collège des garçons qui étaient côte à côte dans le même village de Memramcook. Donc, on se côtoyaitbeaucoup. Eh bien, les gars étaient tout étonnés de voir des femmes collégiennes. Nous étions la première génération de collégiennes. Donc, il fallait, d'une part, qu'ils nous respectent parce que nos notes étaient aussi bonnes que les leurs, ce qu'ils n'admettaient pas très bien. Mais, d'autrepart, il fallaitqu'ilsnous dominentun peu...

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Additional Information

ISSN
2166-5486
Print ISSN
1077-825x
Pages
pp. 102-113
Launched on MUSE
2016-04-06
Open Access
No
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