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Ouvrages de fiction

Leroux, Louis Patrick. Se taire. Sudbury: Prse de parole, 2010. ISBN 978-2-89423-251-4. 79 p.

Le dramaturge ontarien Louis Patrick Leroux enseigne l'écriture dramatique et la littérature aux départements d'anglais et d'études françaises de l'Université Concordia (Montréal). Fondateur du Théâtre de la Catapulte (Ottawa), qu'il a dirigé au cours des années 1990, il a été auteur en résidence au Théâtre du Nouvel-Ontario (Sudbury). Parmi ces pièces théâtrales et radiophoniques les plus remarquables, nous pouvons citer Le Beau Prince d'Orange (1993), La Litière (1994), Rappel (1995), Ressusciter (1996-97), Tom Pouce, version fin de siècle (1996), Le Rêve totalitaire de Dieu l'amibe (1995-96), La "Band" à tout casser (1998), Antoinette et les Humains (2002) et Dialogues fantastiques pour causeurs éperdus (2008).

La dernière pièce de Leroux, Se taire, est traversée par la tension entre la loquacité et le silence. Après seize ans d'exil, Alexandra revient dans son village natal, où elle est accueillie par une sororité de femmes qui pratiquent un culte du silence à sa mémoire, elle qui avait justement le don de la prophétie et qui était donc incapable de se taire. Comme la mythique Cassandre, ces prédictions étaient ignorées, ce qui avait fini par la vouer au silence. "Faudrait-il se taire, alors?": voilà ses derniers mots avant de quitter un village où elle n'était plus la bienvenue. Son retour est marqué par la présence de sa tante Marguerite, la fondatrice de cette secte composée exclusivement de femmes ayant renoncé à la parole, et de Christine, une jeune adolescente née le jour même du départ d'Alexandra. Cependant, celle qui jadis troublait les villageois avec ses prophéties est devenue aphone: la "statue géante dorée," mythifiée par les Silencieuses et par Christine n'est aujourd'hui qu'une femme épuisée et muette qui rentre au bercail.

Structurée en une dizaine de monologues, Se taire réussit à placer le thème du silence au centre d'une pièce de théâtre dans laquelle les personnages muets en côtoient d'autres de très loquaces qui semblent néanmoins tenir des discours vides. La vérité se cache dans les silences de celles qui ne parlent pas. Pièce qui frappe par l'absence de personnages masculins, comme le fait remarquer Michel Ouellette dans la préface qui accompagne l'édition de la pièce, ceux-ci sont toutefois présents dans les discours des femmes, quoique de manière silencieuse. C'est de cette tension entre l'excès de parole et le silence que naît la fascination que la [End Page 232] pièce exerce sur le lecteur: la vérité se trouve au-delà du texte, dans des mots et des discours inaccessibles à la parole. Michel Ouellette y voit aussi une réflexion sur la place de l'intellectuel et de l'art dans la communauté et sur la tension entre l'exil et le retour au bercail. L'écriture de Leroux s'inscrit dans la lignée de dramaturges franco-ontariens tels que Jean Marc Dalpé (Chien) et Michel Ouellette (French Town): Se taire constitue pour Leroux le retour à une scène franco-ontarienne qu'il avait quelque peu laissée de côté pour se consacrer à sa carrière universitaire et pour chercher d'autres publics. Ce retour ne s'est malheureusement pas concrétisé puisque le texte a été mis en lecture au Théâtre du Nouvel-Ontario de Sudbury (2006 et 2007), à Cambridge (Etats-Unis, 2006) et au Centre des auteurs dramatiques à Montréal (2006 et 2008), mais il n'a jamais été produit en tant que pièce de théâtre. Comme le souligne Ouellette, la "non-production de Se taire est une production en soi, la représentation de l'incapacité des structures théâtrales à intégrer la voix autonome d'un de ses dramaturges et l'expression du désenchantement d'un créateur face à son milieu. C'est un constat." (12)

Filion, Sylvie-Maria. Mon Temps d'éternité II. Sudbury: Prise de parole, 2010. ISBN 978-2-89423-237-8. 89 p.

Originaire du Pontiac, Sylvia Maria Filion a longtemps vécu à Moonbeam, dans le nord de l'Ontario. Elle a publié plusieurs recueils de poésie, dont Métapholies (1998), Le Musée des lèvres (2002) et La Nébuleuse du Celte (2009). En 2009, elle a publié le récit Mary-Jane la tueuse, déjà recensé dans les pages de NEF. Cette nouvelle livraison fait suite à un recueil précédent portant le même titre, publié en 2008 et qui a remporté le prix littéraire du journal ontarien Le Droit.

"J'ai la maladie du rêve," écrit Sylvie Maria Filion, qui rassemble dans ce volume des réflexions sur l'amitié, la poésie, la beauté, l'estime, la maladie, la mort et l'éternité, autant de sujets exprimés à même une puissante fabulation qui leur communique une dimension cosmique. C'est dans ce monde de rêves que l'on aperçoit la poète extraire des clous du crâne d'un clochard pour regarder le film du Magicien d'Oz qui est projeté dans sa tête, s'approcher d'un homme sans membres qui vit de touchers et dont les cris incompréhensibles sont peut-être un langage inconnu, ou encore se faire offrir par une mendiante un embryon dans lequel la poète se reconnaît elle-même. Face aux effarements, l'écriture est une défense salutaire, quoiqu'incertaine, contre le désespoir qui loge au profond de l'intimité, là où l'on craindrait que rien ne puisse le contrer. Filion revient ainsi sur la folie, l'un de ses thèmes essentiels: l'aveu du trouble de l'esprit fait ressentir la puissance de l'écriture qui arrive à la contenir. C'est en l'assumant, et donc en la dépassant, que la folie parvient à livrer sa propre sagesse. [End Page 233]

Beauchamp, Estelle. Un Souffle venu de loin. Sudbury: Prise de parole, 2010. ISBN 978-2-89423-249-1. 210 p.

Après le succès des Enfants de l'été (prix Émile-Ollivier et finaliste du prix de la Ville d'Ottawa et du prix des lecteurs de Radio-Canada), l'écrivaine ottavienne Estelle Beauchamp nous livre son quatrième roman, l'histoire de Mirka, une femme à la personnalité et au parcours captivants dont la vie est marquée par les affres de la Deuxième Guerre mondiale. En 1940, la guerre amène au Canada des enfants confiés par leurs familles au Children's Overseas Reception Board. Mirka est ainsi accueillie par la famille Dumouchel, déclenchant de ce fait la rencontre entre deux mondes différents: celui de Marion, la fille des Dumouchel, débordante d'imagination et dévoratrice de livres, et celui de Mirka, "petit oiseau farouche," silencieuse et réservée, au passé mystérieux. Le récit décrit justement le processus d'apprivoisement mutuel des deux filles.

Un Souffle venu de loin est l'histoire fascinante d'une femme rétive et impétueuse qui, en composant avec son passé troublant, sa famille adoptive et celle qu'elle réussira à fonder, avec ses aspirations et son tempérament, traversera au Canada les décennies de l'après-guerre à la fin du siècle. Mirka mettra toute une vie à découvrir, à assumer et enfin à partager les secrets douloureux de ses origines. Mais ce passé perdu et retrouvé ne sera plus oublié. Mirka lèguera à sa fille une mémoire et le devoir de la préserver.

Estelle Beauchamp nous livre dans ce roman non seulement une saga familiale passionnante, mais aussi un portrait de l'évolution sociale du Canada, ainsi que l'évocation d'un milieu humain fascinant et peu connu, celui des Tsiganes dans l'Europe des années 30 et 40, leurs rapports avec la société qui les entourait et les persécutions dont ils furent victimes

Revues savantes (par ordre alphabétique)

Annuaire théâtral (L') nº46 (2009). ISBN 978-0-88927-211-8. 219 p.

Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF) de l'Université d'Ottawa. 65, rue Université, bureau 040. Ottawa, Ontario K1N 6N5. L'Annuaire théâtral est une revue d'études théâtrales coéditée par le CRCCF, la Chaire de recherche sur la francophonie (pratiques culturelles) (CRFC) et la Société québécoise d'études théâtrales. La revue est disponible sur la plateforme Érudit à l'adresse suivante: http://www.erudit.org/revue/annuaire/apropos.html. Le dossier de ce dernier numéro est consacré au thème "Une dramaturgie à soi: l'écriture du théâtre des femmes au Québec," avec des articles sur les seuils critiques du théâtre québécois au féminin entre 1975 et 1995 (Gilbert David), sur la mise en scène du corps dans le théâtre québécois à partir des années 1960 (Jane M. Moss), sur La Nef des sorcières (1976) comme expérience de théâtre expérimental (Louise M. Forsyth), sur la réception des Fées ont soif (1978) de Denise Boucher (Yves [End Page 234] Jubinville), sur les rituels de l'interaction dans Billy Strauss (1991) de Lise Vaillancourt (Stéphanie Nutting) et sur les interpellations du rire au féminin dans des textes faisant partie de la périodisation choisie pour ce dossier (Gilbert David).

Cahiers Franco-Canadiens de l'Ouest 21.1-2 (2009). ISSN 0843-9559. 231 p.

Presses universitaires de Saint-Boniface. Collège universitaire de Saint-Boniface. 200, avenue de la Cathédrale. Winnipeg (Manitoba) R2H 0H7. Ces cahiers sont publiés depuis 1989 par le Centre d'études franco-canadiennes de l'Ouest (CEFCO). Y sont publiés en français des articles, des nouvelles, des essais originaux, des comptes rendus et des notices bibliographiques dans tous les domaines concernant l'Ouest canadien. En 2009, les Cahiers franco-canadiens de l'Ouest ont fêté leur vingtième anniversaire: pour marquer cet événement, le comité de rédaction de la revue—composé par André Fauchon, Lise Gaboury-Diallo et Jean Valenti—a décidé de publier un numéro double ayant pour thème "Apprendre le français en milieu minoritaire". De plus, la revue fait peau neuve avec une nouvelle couverture, une nouvelle couleur—qui changera à chaque volume—et quelques modifications dans la présentation des textes.

Cette livraison des Cahiers constitue le troisième volet d'un triptyque, inauguré en 2007 avec la tenue au Collège universitaire de Saint-Boniface du colloque "Apprendre en français langue première dans l'Ouest et le Nord canadiens: états des lieux et prospective," et poursuivi avec la publication, en 2008 aux Presses universitaires de Saint-Boniface, des actes de ce colloque. Le numéro s'articule en trois volets: contexte et vision, orientations et mise en œuvre, clientèles et interventions. Pour ouvrir le premier volet, Paul Dubé propose une réflexion sur quelques enjeux identitaires stratégiques pour l'apprentissage en français langue première dans l'Ouest et le Nord canadiens, en avançant des stratégies de repositionnement et d'adaptation aux nouvelles réalités. Benoît Cazabon signe le second article du premier volet, centré sur la langue et les conditions favorisant son maintien en milieu minoritaire.

Le deuxième volet de ce numéro est consacré aux orientations qui soustendent l'apprentissage en français en milieu francophone minoritaire et à leur mise en œuvre. Il comporte six articles. Lucie Gauvin signe le premier, dans lequel elle examine les composantes de la construction langagière, identitaire et culturelle, qui sont au cœur même du projet éducatif de l'école francophone en milieu minoritaire. Dans le deuxième article, Paule Buors et François Lentz examinent, à la lumière du contexte francophone minoritaire, les quatre littératies multiples: scolaire, personnelle, communautaire et critique. Martine Cavanagh et Sylvie Blain consacrent leur article au défique représente l'apprentissage de l'écriture pour les élèves francophones vivant en milieu linguistique minoritaire. Léonard Rivard, quant à lui, aborde l'écriture en français dans les cours de sciences de la nature au secondaire. François Lentz avance dans son article [End Page 235] quelques remarques sur la communication orale dans les apprentissages en français en milieu francophone minoritaire. Dans le dernier article de cette section, Paule Buors et François Lentz commentent, sous l'angle de leurs incidences didactiques, des témoignages d'élèves sur leur apprentissage en français.

Le troisième et dernier volet de ce numéro est consacré à certaines clientèles qui fréquentent l'école francophone en milieu minoritaire et aux interventions pertinentes à mettre en place. Dans un premier article, Jules Rocque aborde la problématique complexe des couples mixtes, qui accordent majoritairement une grande place à la langue anglaise dans des foyers dont les enfants sont de plus en plus nombreux à fréquenter l'école francophone. Les deux derniers articles de ce numéro portent sur la clientèle que constitue ce qu'il est convenu d'appeler les nouveaux arrivants. Phyllis Dalley présente les résultats d'une recherche qualitative dont le premier objectif était d'explorer les facteurs influant les choix scolaires d'un groupe de parents immigrants francophones à Edmonton. Nathalie Piquemal, Barthélémy Bolivar et Boniface Bahi font part des résultats d'une recherche qui porte sur les deux aspects suivants: connaître les perspectives des enseignants de la communauté francophone de Winnipeg quant à l'inclusion des nouveaux arrivants, majoritairement africains, en milieu scolaire, ainsi que comprendre les expériences qu'ils ont vécues ainsi que les défis auxquels ils ont été confrontés dans le développement de pratiques pédagogiques inclusives. Le numéro se termine par une note de lecture consacrée à deux ouvrages de synthèse de Benoît Cazabon sur l'apprentissage en français en milieu francophone minoritaire et, plus largement, sur la langue, la culture et l'identité des francophones en contexte minoritaire.

Francophonies d'Amérique nº28 (2009). ISSN 1183-2487. 261 p.

Centre de recherche en civilisation canadienne-française. La revue est disponible sous abonnement sur le site Érudit à l'adresse suivante: http://www.erudit.org/ revue/fa/apropos.html. La revue Francophonies d'Amérique publie dans ce numéro les actes du 2e Forum national de recherche sur la santé des communautés francophones en situation minoritaire qu'ont organisé le Consortium national de formation en santé (CNFS) et ses partenaires, et qui s'est tenu en novembre 2007 à Ottawa. Ce volume constitue le fruit d'une longue et riche collaboration entre le Centre de recherche en civilisation canadienne-française et l'Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques (ICRML). Il a été édité par trois chercheurs à l'ICRML, tous les trois spécialistes incontournables des études sur la situation des communautés francophones en situation minoritaire: Éric Forgues, Josée Guignard Noël et Rodrigue Landry. La revue réunit une dizaine d'articles autour de la santé de ces communautés: Christophe Traisnel et Éric Forgues proposent une mise en perspective comparative du cas canadien avec la Finlande, la Belgique et les Etats-Unis; d'autres auteurs réfléchissent à des [End Page 236] cas spécifiques, comme le Nouveau-Brunswick (Nathalie Boivin), le nord-est de l'Ontario (Christiane Bernier), l'Alberta (Lynne Bowker), les communautés acadienne et francophone des Maritimes (Frédéric Chappe, Karla McGrath, Walter Robinson et Valérie Chappe) ou encore l'hôpital Montfort d'Ottawa (Paul S. Greenman, Anaïs Morin-Turmel et Jean Grenier), tandis que d'autres contributions proposent des réflexions plus larges, comme celle de Rodrigue Landry, Kenneth Deveau, Gaëtan F. Losier et Réal Allard sur l'identité ethnolinguistique, l'autodétermination et la satisfaction de vie en contexte francophone minoritaire. Le volume présente également une section de recensions et une présentation liminaire.

Liaison. La revue des arts: Acadie, Ontario, Ouest 151 (printemps 2011). ISSN 0227-227X. 72 p.

Éditions L'Interligne. 261, chemin de Montréal, bureau 306, Ottawa, Ontario K 1 L 8C7. Liaison est une revue d'information, d'opinion et de création artistique où se définit et s'exprime la culture franco-canadienne en évolution. La revue est produite par les Éditions L'Interligne et paraît quatre fois l'an. Liaison est diffusée en version électronique sur le portail Érudit (http://www.erudit.org). Ce numéro de printemps s'ouvre sur un éditorial de la directrice générale de la revue, Suzanne Richard, à propos de l'engagement social des artistes, un engagement qui contraste avec la banalisation de l'art s'opérant en dehors des milieux culturels.

Vient ensuite un dossier consacré à la création artistique pluridisciplinaire avec des articles de Caroline Barrière, chorégraphe et interprète en danse contemporaine; Stéphane Guertin, comédien, auteur, chanteur et directeur artistique; et Marc LeMyre, poète, idéographe et photographe. Ils font foi tous les trois de la fine ligne de démarcation entre les différentes disciplines artistiques (théâtre, danse, cirque, vidéo, arts visuels, etc.). Ils montrent à quel point cette démarche, qui ne relève aucunement de l'indiscipline mais de l'exploration de nouveaux espaces de création, aide à développer d'autres langages artistiques. La revue propose d'autres articles et reportages, comme celui de Michèle Matteau sur le Festival du livre francophone de l'Est (FLFE), qui s'est tenu à Casselman en novembre dernier et qui aura une nouvelle édition en novembre 2011. Par ailleurs, Martine Batanian nous présente le projet du Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF) sur la mémoire de la communauté francophone d'Ottawa. Jocelyne Lachance fait un portrait tout en couleurs de Jean Stéphane Roy, le nouveau directeur artistique du Théâtre de la Catapulte et Mishka Lavigne analyse l'une des dernières pièces créées sur ces mêmes planches: Afghanistan, de Véronique-Marie Kaye mise en scène par Patricia Marceau. Pour ce qui est des recensions d'ouvrages littéraires franco-ontariens ou de l'Ouest, nous soulignons celle de Pascale Marcoux sur le roman Le Soixantième Parallèle (Éditions [End Page 237] du Vermillon), de l'écrivain torontois Didier Leclair; celle de Daniel Soha sur La Mémoire de l'aile (Éditions David), dernier ouvrage de l'auteure et artiste ottavienne Andrée Christensen, ou encore celle de Benoît Doyon-Gosselin sur le texte de la pièce de théâtre Requiem pour un trompettiste (Éditions L'Interligne), de l'auteur dramatique et metteur en scène Claude Guilmain. Éric Robitaille consacre un compte-rendu aux Danseurs de Kamilari (Éditions du Vermillon), de Louis L'Allier, et Paul Savoie à La forêt du langage (Éditions du Blé) du romancier franco-manitobain Jean Chicoine. Soulignons également le compte rendu de Michèle Bourgon sur l'autobiographie d'Annette Saint-Pierre (J'ai fait ma chance, Éditions des Plaines), figure phare dans la promotion de la francophonie de l'Ouest canadien et titulaire du premier cours de littérature canadienne-française de l'Ouest au Collège universitaire de Saint-Boniface.

Nouvelles perspectives en sciences sociales. Revue internationale de systémique complexe et d'études relationnelles 5.2 (2010). ISSN 1712-8307. 296 p.

Éditions Prise de parole, C.P. 550, Sudbury, Ontario P3E 4R2. Cette revue accompagne des chercheurs qui osent s'aventurer dans de nouveaux espaces dans les sciences sociales. Elle diffuse des analyses qui dépassent les limites établies par les modélisations instituées sans s'opposer à elles et offre une tribune aux chercheurs qui veulent les contourner, les confronter et s'en affranchir. Au départ, la revue prend une double orientation théorique, celle de la systémique complexe et celle de l'analyse relationnelle. Cette orientation n'exclut cependant pas d'autres réflexions novatrices et ouvre la revue à toutes les disciplines des sciences sociales, à chacune d'entre elles aussi bien qu'à leurs combinaisons. Pour cette dixième livraison, le volume rassemble des articles portant sur l'usage de la simulation informatique en sciences sociales, laquelle est loin d'avoir une pleine légitimité dans la plupart des communautés scientifiques qui forment les sciences sociales. Les contributeurs envisagent l'apport de la simulation d'un point de vue méthodologique. Le volume comprend des articles de Franck Varenne, Pierre Livet, Enrico Scalas, Frédéric Amblard, Jean-Louis Dessalles, Arnaud Banos, Denis Phan et Christophe Sibertin-Blanc.

Nouvelles perspectives en sciences sociales. Revue internationale de systémique complexe et d'études relationnelles 6.1 (2011). ISSN 1712-8307.

Éditions Prise de parole, C.P. 550, Sudbury, Ontario P3E 4R2. Ce numéro, qui rassemble certains des textes présentés dans le cadre du colloque "Avatars" du fait minoritaire au Canada, tenu à Ottawa en 2009 dans le cadre du congrès de l'Association francophone pour le savoir (ACFAS), porte sur le contexte linguistique minoritaire et les facteurs extra-, intra-et interlinguistiques qui sous-tendent la construction de l'identité individuelle et collective. Dans le volume, édité par Julie Boissonneault et Christian Guilbault, on examine les différentes problématiques [End Page 238] reliées au fait minoritaire dans le but de mieux comprendre les enjeux qui en découlent. Dans le premier texte, Matthieu Leblanc examine les dynamiques sociolinguistiques dans la fonction publique néo-brunswickoise. Annie Pilote, Marie-Odile Magnan et Karine Vieux-Fort présentent, quant à elles, une étude sur les identités plurielles menée auprès de la minorité anglophone du Québec et de la minorité francophone du Nouveau-Brunswick. Carol Jean Léonard aborde la langue et l'identité sous l'angle de la toponymie, mettant en évidence la pertinence et la valeur des toponymes en tant que patrimoine historique et culturel, ainsi que les difficultés et les obstacles à surmonter dans l'établissement d'inventaires en contexte interculturel et interlinguistique, comme c'est le cas en Saskatchewan, province dont les particularités linguistiques ont été relativement peu documentées. Dans le dernier texte, Cécile Sabatier rejoint les préoccupations de nombreux chercheurs en examinant ce qui est au cœur de la vie en milieu plurilingue, soit la construction identitaire chez les adolescents. Le volume ne se veut nullement un panorama exhaustif des représentations engendrées au sein des communautés francophones en situation minoritaire, mais il a sans aucun doute le mérite de soulever des questions fort pertinentes sur le sujet.

Autres ouvrages reçus

Renaud, Normand. Le Salut de l'arrière-pays. Figures légendaires, récits imaginaires et humour crucifère du nord de l'Ontario. Sudbury: Prise de parole, 2010. ISBN 978-2-89423-246-0. 302 p.

Ce volume compile différents textes créés lors d'une série d'émissions de CBON, la première chaîne de Radio-Canada dans le nord de l'Ontario. Le projet radiophonique de l'émission Le Salut de l'arrière-pays souhaitait exprimer une prise de conscience régionale face au déclin démographique dû à la crise d'une industrie forestière dont dépendent des communautés—beaucoup d'entre elles majoritairement francophones—qui assistent impuissantes à l'exode des jeunes vers les grandes villes, avec la perte en termes de repères socioculturels et linguistiques que cela suppose. C'est dans ce contexte que Normand Renaud a entrepris un voyage cadencé par une émission produite et créée à chaque fois devant public dans un endroit différent de la géographie du nord de l'Ontario. Ainsi, Renaud et son équipe ont visité Gogama, Verner, Chapleau, Earlton, Iroquois Falls, Spanish, Sturgeon Falls et Fauquier. Pour chacune de ces communautés, le travail de Renaud a été le même: tout d'abord il s'agissait de dénicher et raconter l'histoire d'un personnage de la communauté retenu pour ses qualités morales, mais surtout pour ses qualités romanesques, dressant ainsi une galerie de personnages du peuple. Pour dresser les portraits de ces hommes "plus grands que nature," Renaud ne s'est basé que sur ces sources, le tout agrémenté d'un certain ton épique qui ne fait que rendre les personnages et leurs histoires plus [End Page 239] attrayants. Gogama se voit représenté par Jos Laflamme, l'extraordinaire dompteur de loups, célébrissime de son vivant et aujourd'hui presque oublié. À Verner c'est la vie du fougueux père Charles Alfred Paradis qui est au centre du récit, tandis qu'à Chapleau c'est un personnage de roman, François Duvalet—l'émigré français imaginé par Maurice de Goumois—, qui fait ressentir l'emprise qu'a exercé sur les esprits le pays neuf nord-ontarien. À Earlton il s'agit de l'histoire de Wilfrid Paiement, figure forte, dynamique et attachante. À Iroquois Falls, c'est l'engagement envers la communauté de Denis "Bine" Lachapelle qui est mis en avant. À Spanish, Renaud raconte l'histoire de Jules Couvrette, conteur d'histoires aussi invraisemblables les unes que les autres, lesquelles ont survécu dans la tradition orale alors que la figure de leur auteur est totalement oubliée. À Sturgeon Falls, la figure du père Joseph Eugène Marchand devient un moyen d'humaniser les valeurs de l'Église aux yeux des communautés rurales de la région, tandis qu'à Fauquier, Renaud nous fascine avec le récit de Bucko (Lucien) Beauchamp, un bûcheron dont l'habileté extraordinaire a été remarquée dans tous les chantiers où il est passé.

À côté de cette dimension légendaire que les récits de Renaud fournissent à ces communautés du nord de l'Ontario, la place est donnée à huit auteurs franco-ontariens qui ont chacun écrit un récit inspiré de ces communautés. On n'est plus dans le territoire de la légende, mais dans celui de la réalité sociale d'un arrière-pays obligé de vivre avec l'exode, le dépeuplement ou l'isolement. Les auteurs n'ont aucun lien spécifique avec les communautés dans lesquelles ils situent l'action de leurs récits, la seule condition étant qu'ils devaient y passer quelques jours. Les auteurs sollicités ont été les suivants: Céleste Dubé, Danièle Vallée, Guylaine Tousignant, Gaston Tremblay, Marguerite Andersen, Richard Léger, Robert Dickson et Melchior Mbonimpa.

Aux côtés des légendes et des contes, chaque Salut de l'arrière-pays comporte un sketch comique, d'Alain Harvey et Pierre-Mathieu Tremblay, mettant en scène une animatrice de la métropole, Annie-France Brazeau, dont l'émission Incitatif pédant accueille Grégoire Rotheingham, du ministère des Opérations improbables et des Études interminables, venu présenter son plus récent projet de développement économique régional, toujours plus loufoque que le dernier, tel un projet de futons en tofu, pour relancer la production de soya dans la région de Verner. L'ensemble est complété par des chansons originales, dont les textes sont signés Normand Renaud et Guylaine Tousignant.

Nous ne pouvons enfin que recommander chaleureusement la lecture de cet ouvrage, non seulement aux Franco-Ontariens des grandes villes de la province, qui ont les premiers ce devoir de mémoire vis-à-vis de leurs compatriotes, mais à toute personne souhaitant s'initier dans la connaissance du fait régional franco-ontarien. Le travail accompli par Normand Renaud et ses collaborateurs est immense [End Page 240] et nous espérons qu'il se poursuivra dans d'ultérieures livraisons. La collaboration des éditions Prise de parole doit être également soulignée, puisqu'elle a contribué à perpétuer un travail de récupération de la mémoire populaire et de création artistique et littéraire qui serait autrement resté dans les limites de l'émission radiophonique. Saluons donc cet arrière-pays et cette belle initiative radiophonique et éditoriale. [End Page 241]

Juan Jiménez-Salcedo
Universidad Pablo de Olavide

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Additional Information

ISSN
2156-9428
Print ISSN
1552-3152
Pages
232-241
Launched on MUSE
2012-04-25
Open Access
No
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