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DE SAINT-DOMINGUE À HAÏTI: UNE RÉVOLUTION À DEUX VITESSES NADRA HEBOUCHE FRANÇOISE Vergès en 2005 affirmera au sujet de l’abolition de l’esclavage en France et dans ses colonies en 1848 que : Son incapacité à transformer les profondes inégalités économiques et sociales, à pouvoir organiser une vraie riposte au racisme colonial, à promouvoir un débat sur la dépendance de ces territoires par rapport à la France fait de l’abolition un moment ambigu, à la fois date importante et promesse non tenue. L ’abolition devient dans le mythe national ce que la France aurait donné au monde des esclaves. (103) Vergès déconstruit en quelques lignes les grands espoirs de liberté et d’égalité entre l’homme noir et l’homme blanc mais aussi les buts de la Révolution haïtienne1 que Lamartine encensait en 1850, lors de la premi ère représentation de sa pièce Toussaint Louverture, et ce, en écho à 1848 qu’il voyait comme la grande source d’espoir pour un peuple noir trop longtemps écarté de la race humaine. A l’instar de Vergès, Maryse Condé, dans sa pièce An Tan Revolysion, Elle court, elle court la liberté produite en 1989, insistera sur le caractère fantasmatique des buts de la Révolution haïtienne1 et mettra en exergue la question de savoir si le but de la Révolution haïtienne est un fantasme ou une réalité. Aussi notre étude se proposera-t-elle de répondre à cette problématique à l’aide de deux pièces de théâtre séparées par plus d’un siècle, Toussaint Louverture, de Lamartine et An Tan Revolysion, Elle court, elle court la liberté de Maryse Condé. Nous déterminerons les contextes cruciaux dans lesquels ces deux auteurs écrivent mais aussi les contex1 Caractère fantasmatique de la Révolution haïtienne que l’on peut percevoir dès la lecture de la deuxième partie du titre : « Elle court, elle court la liberté ». 299 tes auxquels ils font référence et qui serviront de base à notre argumentation . Nous aborderons par la suite la définition générique du terme révolution, puis de Révolution haïtienne en tant qu’espoir d’égalité et de libert é. Enfin, nous établirons les éléments qui nous feront conclure de l’aspect fantasmatique et chimérique du but de la Révolution haïtienne selon l’intertextualité des œuvres de Condé et de Lamartine. C’est en 1850, dans ce contexte de bouleversements, qu’Alphonse de Lamartine, grand défenseur de l’abolition,2 produira l’une de ses pièces les plus engagées, Toussaint Louverture. Il s’agit pour Lamartine de sensibiliser et de rafraîchir la conscience de ses lecteurs sur l’importance du maintien de l’abolition de l’esclavage et par conséquent de la liberté et de l’égalité de tout Homme. Il fait d’Haïti une figure incontournable du paysage révolutionnaire en écho à la révolution de 1848 à laquelle il participe. Aussi choisit-il de mettre en relief cette période que l’on peut qualifier d’intermède entre la fin de l’esclavage en Haïti en 1794 et l’indépendance de cette même nation en 1804. Cet intermède n’est rien moins que la révolution de 1802 qui a permis aux Haïtiens de pouvoir disposer d’eux-mêmes et ainsi de se libérer du joug de leur oppresseur français deux ans plus tard. Lamartine encense cette période. Il rend hommage aux Haïtiens et à leur révolution qui les a officiellement autorisés à passer de l’état de sujets soumis et instrumentalisés à l’état d’êtres libres et indépendants. Comment donc interpréter le plaidoyer de Lamartine3 dans un contexte moderne qui en 2005 revoit ses textes de lois afin d’attribuer à la présence française outre-mer un rôle positif ? Comment l’envisager dans un contexte moderne où la France se révèle pourtant être le seul pays ayant établi une loi reconnaissant l’esclavage et la traite comme crimes contre...

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Additional Information

ISSN
2165-7599
Print ISSN
0035-7995
Pages
pp. 299-311
Launched on MUSE
2012-10-03
Open Access
No
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