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  • L’abus de pouvoir dans l’Algérie coloniale (1880–1914)
  • Emmanuel Blanchard
Didier Guignard. – L’abus de pouvoir dans l’Algérie coloniale (1880-1914). Visibilité et singularité, Nanterre, Presses universitaires de Paris Ouest, 2010, 547 pages.

L’ouvrage de Didier Guignard, prix Germaine Tillion 2010, issu d’une thèse soutenue à l’université de Provence en 2008, marquera incontestablement le renouveau [End Page 107] des études sur l’Algérie au XIXe siècle. La dernière livraison de la Revue d’histoire du XIXe siècle, à laquelle a participé l’auteur, a en effet mis en évidence l’effervescence actuelle de ce domaine d’étude1. Dans une riche introduction, les coordinatrices de ce numéro replacent ce « long moment colonial » dans le contexte d’une histoire impériale dont les tenants sont de plus en plus nombreux à prendre l’Algérie coloniale pour objet d’étude sinon exclusif, du moins comparatif.

Les choix méthodologiques et historiographiques de Didier Guignard sont différents puisqu’il réinscrit l’Algérie au cœur d’une histoire politique des débuts de la IIIe République. Loin de négliger les perspectives comparatistes (notamment avec les États-Unis, l’Italie...), il met à distance les approches sur la « République coloniale » faisant la part belle à une histoire des idées et des représentations. Il montre dans quelles conditions se mit en place une « République au village » de colonisation, dans une démonstration avant tout attentive aux dimensions économiques et administratives d’une activité politique encastrée dans des rapports sociaux complexes et la défense d’intérêts multiples. Même s’il apporte des éléments importants sur les principaux centres urbains côtiers et les grandes figures politiques de la période (Eugène Étienne, Gaston Thomson, Émile Morinaud...), une des originalités de l’ouvrage réside dans l’attention portée aux jeux politiques et aux mécanismes du pouvoir dans les communes de plein exercice et, dans une moindre mesure, dans les immenses communes mixtes où la présence « européenne » était démographiquement négligeable.

La question démographique est en effet au cœur des spécificités de la construction d’un champ politique algérien, à la fois autonome et dépendant de celui de métropole. Le dernier tiers du XIXe siècle voit en effet les colons prendre conscience qu’ils resteront très minoritaires en nombre, notamment dans l’intérieur des terres. Dans ces conditions de sous-administration, voire d’isolement, ils obtiennent de pouvoir s’appuyer sur des dispositifs juridiques et punitifs pérennes qui assurent leur prédominance politique. Ce cadre est certes bien connu mais Didier Guignard le précise et l’illustre de façon aussi convaincante que minutieuse, en s’attachant notamment aux caractéristiques de la compétition électorale dans un tel contexte : la quasi totalité des indigènes étant tenus à l’écart de cet enjeu, l’étroitesse du marché électoral était un des principaux déterminants de l’économie des transactions politiques. Le « poids de chaque votant » était tel que l’anonymat du vote n’était pas même un idéal lointain. Non seulement, comme en métropole, il était annihilé par les dispositifs pratiques et les mécanismes sociaux du vote mais l’arithmétique électorale relevait de spécificités qui changeaient les règles du jeu politique : « Un siège de conseiller général se conquiert avec trois fois moins d’électeurs dans la colonie, alors que les circonscriptions sont quatre fois plus peuplées et trente fois plus étendues que les cantons métropolitains. Un député ou sénateur d’Algérie sollicite également moins de suffrages que la moyenne métropolitaine (respectivement 25 % et 15 % de moins) pour « représenter » douze fois plus d’habitants dans des circonscriptions quatre-vingt-cinq fois plus vastes » (p. 237). La diminution des distances passait donc par le repérage d’intermédiaires politiques, la collectivisation des votes et la constitution de clientèles. Autant de mécanismes qui n’étaient pas propres aux départements...

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Additional Information

ISSN
1961-8646
Print ISSN
0027-2671
Pages
pp. 107-110
Launched on MUSE
2011-09-22
Open Access
No
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