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  • Poésie
  • Daniel Gagnon (bio)

L'année 2009 est un bon cru. Dans lesmeilleurs recueils, une poésie exacerbée par les froids courants savants de plus en plus myopes échappe à la modernité et prend son envol, tend vers un nouveau souffle. Elle n'échangerait pour rien au monde son âme pour le costume d'apparat de leur enfermement, langue toute propre, trop propre, une langue raide, policée et raisonnable. Elle chante a cappella, frappe parfois du pied au sol, rue dans les brancards, décline des accords, parsème ses poèmes de créations, une liberté chère payée, sensualité, douceur, beauté. Elle fuit l'ambigu, se dessille les yeux, et observe avec talent les ravages du temps. Elle est très pressée, certes. Il n'y a pas de temps à perdre pour les poètes de cette génération dont on a déjà presque tout brûlé les vaisseaux. Ils ont une vision différente, moins pessimiste, et pourtant ! Solitude oui comme toujours, c'est le lot des poètes, mais la lucidité les accompagne. Une nouvelle force salvatrice les anime, déjà imbibée de cicatrices oui, mais les blessures ne leur sont pas fatales. Ils ont besoin de couleurs vives, d'oriflammes. Ne pas vivre sous la cloche de verre, ni sous le couvert du secret, évoquer les questions clés, franchement.

La révolte à cris nus

Face aux corps morts de la société, face à l'oppression harpérienne, aux décisions fascisantes prises dans les huis-clos conservateurs, face au banditisme de l'État patenté, Hélène Harbec, dans Le cahier des absences et de la [End Page 438] décision (nouvelle version), danse quasi nue, encore et encore : « Enceinte elle élève une muraille / tantôt une aile / tantôt une pierre / trace les mots / touche les mots / touche leur crime / leur profondeur / plonge la lame du temps / dans la tarte à la rhubarbe / et le mensonge d'hier ». La poète écrit à grands coups d'arbalètes, de flèches et de morsures, à grands traits martyrisés : « Quelque chose saigne là / dans les faux plis de la jupe / tu es habillée en fille aujourd'hui / on dirait des vestiges / / de père en fils / on choisira ta place au cimetière ». Armes à la main, Harbec dessine la farouche et indomptée silhouette de la poésie. Elle griffonne, en hiéroglyphes ou en mots aux dimensions mythologiques, de grands déluges : « Hors du temps / un convoi se déplace / s'entend alors / la touche minime / des pas / sur les dalles / / Les pas qui font écho / comme une nausée / opèrent ici / une éternité vertigineuse ». La poète parle aux dieux, elle parle au diable, pour échapper au lent empoisonnement. Elle compose à couteaux tirés des harangues, brise, casse, bat, triture la phrase, renvoie les sarcophages dans leurs antiques dépôts : « Les cendres encore chaudes / d'un sommeil anesthésique / elle franchit seule / les pierres / d'un retour possible / à la vie », la voix étranglée : « La chambre du silence / est accrochée aux arbres géants / elle tend les ailes / en suspension lente / seul demeure / le gouffre d'avoir été / mère / / Couper le son / au moment de la chute ». Elle saisit une feuille, puis une autre, y fait surgir une nouvelle douleur, allume une peine et met le feu aux poudres : « Le consentement de la ville se dessine / dans l'esprit et la lettre du mot nuit / qui brûlera à l'aube / comme une insolence au bord de la maison / l'agonie de l'eau au soleil / son corps en cale sèche ». Que le cri nu, contenu et définitif, sans emphase aucune, avec tout le sérieux du monde, comme si elle manipulait un produit radioactif : « Blottie dans son manteau / une femme / une momie / partout dans la ville, dans les parcs / sous la lumière des néons / pleure en langue étrangère / devant les boutiques, dans la musique des rues / sur les palissades placardées / promène une chose indécente / sa douleur / parmi la foule qui passe ».

Dans cellule esperanza (n'existe pas sans nous), Danny Plourde sonde...

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Additional Information

ISSN
1712-5278
Print ISSN
0042-0247
Pages
pp. 438-468
Launched on MUSE
2011-07-15
Open Access
No
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