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Reviewed by:
  • Moroni Blues/une rêverie à quatre
  • Fathate Karine Hassan
Elbadawi, Sœuf. Moroni Blues/une rêverie à quatre. Moroni: Bilk and Soul, 2009. ISBN 9782953129809. 69 p.

Moroni Blues/une rêverie à quatre est une pièce de théâtre du journaliste et auteur de fictions Sœuf Elbadawi. Sur scène, la pièce mêle la beauté gestuelle de la danse, le chant traditionnel et la violence des mots. Moroni blues/une rêverie à quatre sonne comme une berceuse violente. La pièce est une réflexion de quatre personnages sur le repli communautaire, le rejet et la peur de l'autre. Elle est directement inspirée du texte Moroni Blues/chap. II publié en 2006. Ce texte est constitué de photographies, de vers libres et d'un entretien avec l'auteur sur le repli sur soi. Ce livre a suscité une vive polémique à Moroni et a fait réagir bon nombre de Comoriens. L'auteur publie Une suite à Moroni Blues1 en 2007, où il reprend les réactions suscitées par Moroni Blues. Pour sa première représentation à Moroni, la pièce a été déprogrammée à la dernière minute. Critiquée lorsqu'elle fut jouée pour la première fois dans le même lieu, elle abordait un sujet trop dérangeant, une vérité que l'on refuse de voir: "l'utopie d'une ville impossible" (21). Sœuf Elbadawi critique également l'occupation illégale de la France à Mayotte, ce qui lui a valu d'être déprogrammé à Mayotte par les élus locaux.

La pièce s'ouvre sur un conte étiologique, la fondation de Moroni. En situant historiquement, géographiquement et étymologiquement Moroni, l'auteur donne un ancrage au texte qui va permettre de démontrer la situation dichotomique dans laquelle se trouve la ville actuellement: "Moroni n'est pas un poème. Moroni est le roman inachevé" (20).

L'auteur raconte avec beaucoup de désespoir et de nostalgie l'utopie passée de cette ville, les désillusions de la fondatrice Mwazema la douce qui aspirait à une ville paisible. L'auteur rajoute une documentation historique à la fin de l'ouvrage, une note qui certifie la véracité de son discours et conclut son texte avec un commentaire provocateur sur la genèse de toute l'histoire.

Le texte se construit autour de la complainte du personnage 1 qui est également l'auteur. Il narre son déchirement, son exclusion de cette ville. Exclusion, car il n'appartient ni aux principaux lignages fondateurs de la ville, ni aux principaux [End Page 230] clans. Il emploie la métaphore de la mer qui fait référence au fait que Moroni est une ville portuaire mais qui est également symbole d'ouverture sur le monde et non de renfermement sur soi. Le personnage se sent perdu, il n'est ni d'ici, ni d'ailleurs, il est un "entre-deux." La disposition des vers libres est à l'image du personnage principal, un être isolé, écartelé. Il vacille, il va, il vient sans savoir d'où il est. Les vers sont comme les vagues du port de Moroni, le ressac qui va et vient et rappelle toujours que l'homme vient d'ailleurs.

je suis seul. voyez vouset la mer son ressac et ses bras agilesm'arrachent des larmes de cimetière dans cette baiecomment revivre les premiers joursd'une ville forgée dans le rêve du mieux vivreavec l'autre cet autre mon prochainvenu de loinde l'autre côté des rives de l'imaginairepour s'asseoir un temps. Et pourquoi pas longtempssur ce même bout de Kalaweje suis seulet je dérive …

Le personnage 1 raconte avec tristesse son histoire liée à cette ville qui le rejette mais qu'il considère malgré tout comme sienne:

Je suis de ceux que cette ville rejette dans son vomi au quotidien. Je n'ai ni la grâce de l'ange déchu ni le mépris souverain d'un enfant de cette médina sous les pierres. Je suis ce fils d'une...

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Additional Information

ISSN
2156-9428
Print ISSN
1552-3152
Pages
pp. 230-235
Launched on MUSE
2011-03-31
Open Access
No
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