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Nineteenth Century French Studies 31.3&4(2003) 379-382



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Correspondanced'Alphonse de Lamartine(1830-1867), Tome iii : 1833-1837. Paris: Honoré Champion, 2001. Textes réunis, classés et annotés par Christian Croisille, avec la collaboration de Marie-Renée Morin. Pp. 786. ISBN 2-7453-0489-5

La tradition scolaire a trop souvent fait de Lamartine le poète d'un seul recueil, pire, d'un seul poème ; l'on doit reconnaître à sa Correspondance, et particulièrement à ce troisième tome, la vertu cardinale de rétablir la vie et l'œuvre de l'auteur des Méditations poétiques dans toute leur diversité, et de rappeler au lecteur contemporain leur riche ambiguïté. Les années 1838 à 1841 nous montrent ainsi un Lamartine ambivalent, déchiré entre la vocation poétique et le "diable au corps politique" (698) qui plus que jamais l'accapare: entre ces deux missions, les échanges épistolaires - [End Page 379] en particulier les lettres à Virieu, le compagnon de toujours - dessinent une rupture progressive: "Aussi, à te dire vrai, depuis que je suis à Paris, je n'ai pas vu une sympathie si chaude et si nombreuse . . . se manifester pour un homme dans le corps politique . . . J'ai, d'un autre côté, l'insuccès le plus éclatant et le plus général que puisse ambitionner un mauvais poète" (263). C'est que les années 1838 et 1839 sont marquées par deux échecs littéraires cuisants, ceux de La Chute d'un ange et des Recueillements poétiques. Lamartine est blessé à vif : "c'est un roulement d'insultes et de mépris que j'ai rarement vu plus complet" (263), confie-t-il après la publication des Recueillements. La coexistence douloureuse de l'écriture et de l'action, de plus en plus difficilement vécue par Lamartine, semble déboucher sur une aporie: mais ce double attachement n'en est pasmoins essentiel, et se maintient au fil des pages: ". . . je persiste à croire que tout homme doit vivre de deux vies: celle de son âme qui fait le poète et le philosophe, celle de son corps qui fait l'électeur et le député" (121); "homme politique ou rien, c'est une nécessité pour un misérable dont le crime est d'être réputé philosophe ou poète; il doit se tenir plus loin qu'un autre de ces deux maîtresses qu'on le soupçonnerait d'aimer encore"(687). Dont acte: les lettres affirment, de manière de plus en plus résolue, la disjonction nécessaire entre la lyre et la tribune: "j'écris quelquefois des vers, mais rarement. Je crois que le milieu de la vie doit être conservé à l'action, quand Dieu la donne possible. Le matin et le soir on fait la prière, c'est-à-dire on chante. Je chanterai dans ma vieillesse . . ." (379). En 41, le divorce semble consommé: "Je ne le suis plus [poète]. Je ne veux plus l'être" ( 683). L'hégémonie du politique se fait d'autant plus évidente que Lamartine voit son influence parlementaire s'accroître alors que s'accumulent les atteintes à sa gloire poétique; "j'ai acquis," dit-il, "plus que qui que ce soit jamais, faveur et passion dans la Chambre" (421). Néanmoins, comme Paul Bénichou le remarquait déjà dans Les Mages romantiques, la rupture apparemment irrémédiable qui voit s'effacer le poète pour exhausser le politique est à considérer avec réserve: que penser des épanchements d'un Lamartine pour qui ". . . un quart d'heure d'amour vaut mieux que dix siècles de gloire" (627), qui au détour d'une phrase oppose la politique "du temps et même de la semaine" (645) à l'éternité des affections humaines? Que faire de ce lancinant ennui qui saisit le grand orateur qui, "au milieu de tous ces rayonnements de gloriole et de force imaginaire," ne s'apaise "qu'en priant Dieu . . . dans la langue mystérieuse et...

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Additional Information

ISSN
1536-0172
Print ISSN
0146-7891
Pages
pp. 379-382
Launched on MUSE
2003-05-12
Open Access
No
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