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Reviewed by:
  • Genèse d’une discipline, naissance d’une revue
  • Antoine Prost
Anni Borzeix et Gwenaëlle Rot.- Genèse d’une discipline, naissance d’une revue, Sociologie du travail.- Nanterre, Presses Universitaires de Paris Ouest, 20010, 394 pages. Avec les témoignages de Michel Crozier, Jean-Daniel Reynaud, Alain Touraine, Jean-René Treanton.

Ce livre n’est pas inhabituel seulement par sa présentation : une jaquette du plus beau rose, et un format presque carré (18 x 21 cm); il l’est par sa composition. Il juxtapose en effet trois séquences très différentes. Dans une première partie, les quatre fondateurs de Sociologie du travail, Michel Crozier, Alain Touraine, Jean-Daniel Reynaud et Jean-René Tréanton, livrent leurs souvenirs sur les débuts de la revue en 1959 et ils les reprennent à la lecture des commentaires de leurs anciens coéquipiers. Une seconde partie interroge les archives non pas de la revue, qui n’en a pas, mais de l’éditeur, Le Seuil, du CNAM, du rectorat de Paris sur l’Institut des sciences sociales du travail (ISST), du fonds Naville du Musée social et quelques archives privées. On regrette que la présentation n’en figure pas en annexe. La troisième partie, « Passage en revue », repose sur un dépouillement exhaustif de la revue, notes critiques et comptes rendus inclus, jusqu’au retrait des fondateurs (1966). Huit pages de conclusion précèdent l’index nominum, un index des thèmes trop rare dans les ouvrages français et une bibliographie sélective.

L’ensemble forme un ouvrage plaisant à lire et fort éclairant sur l’histoire de la revue, et, comme le voulaient les auteures, sur la refondation de la sociologie en France. On entend la voix des fondateurs, avec leurs nuances et leurs solidarités. L’environnement intellectuel est retracé, avec les publications voisines, notamment le Traité de sociologie du travail que publient en 1961–1962 G. Friedmann et P. Naville avec le concours de J.-R. Tréanton, mais qui était en chantier depuis 1954, les lieux de recherche, le Centre d’études sociologiques (CES, 1946) et surtout l’ISST (1951). La nouvelle revue aurait d’ailleurs sans doute été prise en charge par l’ISST et financée par le ministère du Travail, si elle n’avait, grâce surtout à Crozier, réussi à se faire éditer par Le Seuil, ce qui assura son indépendance. La situation des disciplines voisines, psychologie sociale, ou histoire, est rappelée, comme les complicités nouées par certains au Club Jean Moulin. On voit les acteurs, et d’abord G. Friedmann, qui parraine avec J. Stoetzel la nouvelle revue et dont le séminaire au CES fut le lieu de formation et de rencontre d’une bonne partie des sociologues du travail, mais aussi Naville, à la fois précurseur, allié et rival, sans compter bien d’autres, qui font la richesse de l’index. [End Page 199]

Pourquoi cette nouvelle revue ? L’idée était dans l’air, avec déjà la fondation par Naville en 1957 des Cahiers d’études de l’automation et le lancement de la Revue française de sociologie un trimestre après Sociologie du travail. Plusieurs revues accueillaient déjà les quatre fondateurs. « Ce qui manque, en 1959, ce sont moins des espaces de publication de qualité et accueillants qu’une revue spécialisée, en sociologie, entièrement consacrée aux questions relatives à ce domaine spécifique couvert par le terme générique de travail » (p. 214). C’est une discipline académique en quête de reconnaissance qui s’affirme par la revue. Elle se définit par le terme « travail ». Le travail, c’est la réalité, et l’enquête de terrain le moyen d’y accéder. Les fondateurs se démarquent d’une sociologie philosophique trop éloignée des réalités, et ils débarrassent le marxisme de son dogmatisme. Ils prennent la notion de travail dans sa double acception de work et de labour. D’un côté, ils assument la sociologie industrielle en la débordant, car tout le monde travaille : les employ...

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Additional Information

ISSN
1961-8646
Print ISSN
0027-2671
Pages
pp. 199-200
Launched on MUSE
2010-12-11
Open Access
No
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