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Reviewed by:
  • Filles de Justice. Du Bon-Pasteur à l'Education surveillée (XIXe-XXe siècle)
  • Samuel Boussion
Françoise Tétard et Claire Dumas.- Filles de Justice. Du Bon-Pasteur à l'Education surveillée (XIXe-XXe siècle). Paris, Beauchesne - Roubaix, ENPJJ, 2009, 483 pages.

C'est un sujet encore relativement obscur qu'ont abordé Françoise Tétard et Claire Dumas, celui de l'histoire de la prise en charge des filles de Justice. Malgré quelques jalons posés jusque-là10, la longue maturation de cet ouvrage enfin publié prouve, s'il en était besoin, la difficulté d'une telle entreprise qui, de fait, se situe au carrefour de l'histoire religieuse, de la justice, de l'éducation, du genre, etc. Le moindre nombre de filles passées devant la justice, au regard des garçons, ne suffit pas à expliquer le relatif désintérêt des historiens jusqu'à il y a peu. Les auteures rappellent justement que cela tient tout autant au singulier destin de ces jeunes filles, placées assez systématiquement dans des institutions religieuses, protégées et réprimées désormais dans le secret des couvents. Dans un XIXe siècle marqué autant par une certaine obsession [End Page 158] de la pureté que par l'évangélisation des esprits et des corps des jeunes filles11, elles ont pu être étiquetées délinquantes ou en danger, dénommées filles « déchues » ou « perdues », elles ont néanmoins toujours été considérées comme « difficiles » et, plus encore, « vicieuses ». La pressante prévoyance sociale à l'égard des filles s'est ainsi étendue aux filles de Justice, gardées à l'ombre des institutions religieuses pour expier leurs péchés. C'est ainsi que, pendant le XIXe siècle et une majeure partie du siècle suivant, les congrégations féminines ont acquis un quasi-monopole sur la rééducation des mineures de Justice.

L'histoire institutionnelle constitue l'axe privilégié par les auteures, partant d'un établissement, le Bon-Pasteur de Bourges, ville importante du catholicisme et du monachisme féminin, à partir duquel certaines archives ont fini par se dévoiler, et qui présente en outre l'intérêt d'avoir été cédé en 1968 à l'Éducation surveillée, ce qui entérine son passage au secteur public en même temps que sa sécularisation. Ce travail démêle notamment les fils de l'histoire de ces congrégations spécialisées et de leur essor qui rendent compte à merveille de la féminisation du clergé au long du XIXe siècle. À commencer par l'une des congrégations majeures, celle de Notre-Dame-de-la-Charité-du-Refuge du Bon-Pasteur d'Angers dont l'œuvre est telle que le terme de « Bon-Pasteur » sera repris pour qualifier les institutions de filles de manière générique, sans doute en partie grâce à l'action de sa fondatrice, la charismatique Mère Marie-Euphrasie Pelletier. Ces congrégations ont acquis leur rôle dominant dans le train d'une législation largement favorable au secteur privé, depuis la loi du 5 août 1850 sur l'éducation et le patronage des jeunes détenus, qui prévoit que l'État favorisera la fondation de colonies privées de jeunes détenus et n'en créera qu'en cas de défaut du privé.

On comprend à la lecture que tout ne fut pas un long fleuve tranquille et la position des congrégations fut parfois remise en cause. Lors de leur fondation d'abord, et Bourges n'y échappera pas, mais elles auront ensuite maille à partir avec la IIIe République, certainement davantage que ce que l'on avait perçu, car les Bon-Pasteur semblent figurer parmi les cibles de choix des Républicains, comme le montrent les pages parfois savoureuses sur « l'affaire » du Bon-Pasteur de Nancy. Ce scandale et d'autres encore alimenteront la législation anti-congréganiste du début du XXe siècle, de la loi de 1901 sur les associations à la Séparation...

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Additional Information

ISSN
1961-8646
Print ISSN
0027-2671
Pages
pp. 158-161
Launched on MUSE
2010-07-11
Open Access
No
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