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Reviewed by:
  • La légende de Napoléon
  • Pierre Karila-Cohen
Sudhir Hazareesingh.- La légende de Napoléon. Paris, Tallandier, 2005, 414 pages.

Comment peut-on régner en despote, empêcher l'existence de la moindre opposition, faire peu de cas de la vie humaine en menant des guerres continuelles, et passer, non pas seulement post mortem mais, dès le pouvoir perdu, pour un défenseur de la liberté, un émancipateur, un représentant des plus humbles ? Cette question, qui ne concerne pas tant l'exercice même du pouvoir par Bonaparte, puis Napoléon, que la mémoire de l'homme et de l'œuvre politique, est l'une des questions les plus fascinantes du XIXe siècle français. Outre le paradoxe qu'il contient, l'attachement indéfectible - ou au moins la grande indulgence - des Français à l'égard de celui qui, en 1814, faisait l'objet d'un rejet universel dans toutes les classes de la société contribue tant à la formation de la culture politique française au XIXe et même au XXe siècle que l'on comprend la fréquence avec laquelle ce dossier est rouvert par des historiens français ou étrangers. Le mérite principal de l'ouvrage de Sudhir Hazareesingh1, enseignant à Oxford et auteur de plusieurs ouvrages sur l'histoire politique et culturelle de la France, consiste peut-être à poser cette question d'une manière plus directe qu'à l'accoutumée. Il consiste aussi à tenter d'y répondre, au long de plus de trois cents pages d'un texte qui envisage, chronologiquement jusqu'à la fin du Second Empire, l'engouement populaire pour les « idées napoléoniennes », par l'examen d'un grand nombre de rapports administratifs consultés dans de nombreux dépôts d'archives départementales ainsi qu'aux Archives Nationales. Il [End Page 153] consiste enfin à mettre en avant des interprétations, dont certaines sont séduisantes. Force est toutefois de constater que, malgré les affirmations répétées de l'auteur sur la nouveauté de sa démarche et de ses résultats, on ne dispose là, tout au plus, que d'un honnête ouvrage de vulgarisation historique.

Envisageons d'abord ce qui paraît le plus neuf et le plus convaincant. L'attention donnée aux Cent Jours dans le retournement de l'image de Napoléon, désastreuse en 1814, est la véritable bonne idée de l'ouvrage. Sudhir Hazareesingh montre assez bien comment, durant cette restauration brève, mais dense, au cours de laquelle l'empereur doit composer avec la pression jacobine d'une part et les espérances libérales d'autre part, s'invente ce qui constituera le socle de l'image de Napoléon au cours du siècle : le défenseur du principe d'égalité civile, le législateur sage et prévoyant, le symbole de la liberté. Par cette association avec des valeurs, s'opère la fusion entre napoléonisme (l'attachement à un homme) et bonapartisme (corpus plus ou moins cohérent d'idées ou d'affects politiques). En creux, on peut aussi lire combien la première Restauration a échoué à s'enraciner, problème historique tout aussi passionnant. Un autre apport du livre est constitué par le chapitre VI, intitulé « le prince des idées libérales », dans lequel l'auteur évoque l'appropriation paradoxale par les libéraux, et notamment par Thiers, du souvenir napoléonien. On touche là, en effet, même si Hazareesingh ne donne pas à son propos cette profondeur-là, le problème majeur, qu'avait si brillamment exposé Lucien Jaume2, d'un libéralisme français finalement assez peu libéral, si l'on prend ce terme dans le sens classique de défense des droits des individus face à l'État. On peut retenir au crédit du livre le concept bien trouvé, assez travaillé actuellement sous diverses dénominations, d'« antifête » pour décrire les différents actes subversifs des partisans de l'Empereur au XIXe siècle, dont le but consiste moins à prendre le pouvoir qu'à opérer « une confrontation...

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Additional Information

ISSN
1961-8646
Print ISSN
0027-2671
Pages
pp. 153-154
Launched on MUSE
2010-04-21
Open Access
No
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