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Ecriture d'une brève rencontre: «L'Hôte» de Camus Anne Teulat LORSQUE L'EXIL ETLE ROYAUME PARAÎT, en mars 1957, Camus est déjà accusé de silence. Depuis qu'il a quitté L'Express, il ne fait plus de commentaire sur la situation algérienne, il semble réfugié dans les adaptations théâtrales. La lecture de ces nouvelles renforce cette impression de silence: Camus alterne réalisme et symbolisme, choisissant de dire peu dans des textes courts, aux phrases souvent lapidaires, au sens parfois énigmatique. Au cœur du recueil, un récit, «L'Hôte», intrigue plus particuli èrement, car derrière sa concision, le lecteur peut deviner la position de Camus dans son temps. Un profond pessimisme envahit la nouvelle et l'écrivain, qui semble avoir perdu tout espoir pour l'Algérie. Les Carnets III révèlent le projet de «L'Hôte» dès 1952, c'est-à -dire avant le début officiel des événements en Algérie. Mais la situation inquiète Camus depuis 1945. La misère, la tension régnant entre les hommes sont déjà palpables et ne vont que progresser, influençant ainsi le sens de la nouvelle. «Nouvelles»: c'est le sous-titre que choisit Camus pour son recueil et il convient de s'interroger sur ce mot. Pourquoi écrit-il alors ce type de texte? C'est un genre qu'il a déjà pratiqué, dès ses débuts avec L'Envers et l'endroit et Noces, puis avec L'Été. Camus semble aimer les textes courts qu'il regroupe ensuite dans des recueils. Depuis 1954, l'écrivain traverse une crise qui l'emp êche de travailler à sa troisième voie, celle sur l'amour. Il a défini ses projets, l'inspiration ne vient pas. Il cherche à donner un nouvel essor à son œuvre mais il doute beaucoup et ne se sent pas la force d'entreprendre tout de suite son nouveau triptyque. Aussi comble-t-il ce vide avec des adaptations théâtrales et l'écriture de nouvelles. Pas encore prêt pour se lancer dans une œuvre de grande envergure, Camus s'échauffe et s'entraîne avec la rédaction de textes courts, ce qui lui permet de renouveler son style, sa technique littéraire. Mais a-t-on le droit de réduire «L'Hôte», la nouvelle sans doute la plus personnelle de Camus, car elle parle de l'Algérie et de ce qui risque d'advenir, à un simple exercice de style, à un simple entraînement? Son écriture semble trop consciente , trop volontaire et cache un véritable travail d'artiste. Le texte est ainsi construit sur une mise en abyme. Camus utilise un cadre bref, la nouvelle, à l'intérieur duquel il multiplie les formes brèves—le titre, les noms des personnages , la durée, le sentiment de finitude. Ce sont ces indices de la brièveté qu'il 64 Winter 2004 Anne Teulat faut analyser, sous toutes leurs formes, dans toutes leurs spécificités, pour tenter d'en dégager un sens. Nous devons donc découvrir dans le «peu dire» de «L'Hôte», dans ses vides et ses silences, un discours plus profond, qui laisse aussi au lecteur son rôle d'interprète. La brièveté apparaît dans cette nouvelle comme la construction et l'inspiration fondatrices de l'écriture camusienne, en harmonie avec les exigences ambiguës de l'écrivain, qui oscille entre tentation de dire et silence pudique. Une certaine pudeur empêche en effet Camus de trop en dire, explicitement, sur lui-même, sur les siens, et lui dicte une écriture simple, humble, évitant l'étalage pathétique. La nouvelle commence par un titre on ne peut plus lapidaire, «L'Hôte», volontairement recherché, car le plan de travail des Carnets révèle un titre plus long: «Les Hauts plateaux et le condamné»1. Cette sécheresse est assez récurrente dans les récits de Camus. «La Femme adultère», «Les Muets», mais aussi «L'Ironie» dans L'Envers et l'endroit, «Le Désert» dans Noces, «Les Amandiers» ou encore «L...

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Additional Information

ISSN
1931-0234
Print ISSN
0014-0767
Pages
pp. 64-73
Launched on MUSE
2010-06-24
Open Access
No
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