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Une goutte de sueur, à défaut de larmes. Le détail dans les romans et nouvelles d'Albert Camus Allan Diet ÄTk ifON IDÉE EST DE FAIRE UNE ANTHOLOGIE de l'insigni1 %/I fiance». Albert Camus ouvre par ces mots son article titré, avec -1. T _M.une indéniable cohérence, «De l'insignifiance»1. Son propos, qui projette d'élever un monument à l'insignifiance sous la forme d'une grande et impérissable œuvre intellectuelle, n'est certes pas à prendre au sérieux. Le texte trahit néanmoins chez son auteur—dont l'image est trop couramment réduite à celle de l'écrivain raisonnable, engagé, moraliste, c'est-à -dire porté vers l'essentiel de la pensée et des idées—un goût pour l'inessentiel, qui se manifeste à nouveau clairement à la même période d'élaboration, et pour sans doute trouver sa véritable place, dans La Peste à travers les carnets de Tarrou. Cette tentation de non pas exactement !'«insignifiant» mais de ce qui est moins signifiant interpelle le lecteur, si celui-ci s'accorde le temps d'une promenade dans les détails qui habitent les romans et nouvelles de Camus. En effet, chez tout écrivain, roman et nouvelle progressent dans un rapport étroit entre le moins signifiant et le plus signifiant, ce moins signifiant qu'est le détail nuançant, précisant, fouillant, peignant aux couleurs de la vie ce plus signifiant que seraient l'intrigue et la construction des personnages, animant l'illusion fictionnelle. Si l'intrigue compose le squelette du roman et de la nouvelle, le récit a besoin du détail pour prendre chair. Dans le même article, Camus ajoute immédiatement après ces premiers mots, «Mais, bien entendu, il faudrait savoir ce qu'est l'insignifiance» (193). Et, ici aussi, il faudrait savoir ce qu'est le détail2. Deux traits peuvent en préciser le sens. D'une part, le détail est en soi une forme brève: il est un élément de l'histoire, de la fable, sur lequel le récit, le texte, ne s'étend pas, qu'il note succinctement, comme en passant. D'autre part, le détail est fondamentalement un élément comme dit précédemment moins signifiant, c'est-à -dire de second ou d'arrière-plan3. Le détail diffère donc de la description4: il est le plus souvent élément de description, celle-ci procédant fréquemment (en simplifiant bien sûr) d'une suite de détails organisée. Par ailleurs, le détail existe aussi par lui-même, en dehors de la description. L'équilibre est un des maîtres mots du style d'Albert Camus. Son écriture se livre en effet à une constante recherche de ce toujours difficile équilibre: entre 56 Winter 2004 Allan Diet une forme novatrice et une clarté indispensable, entre la profondeur et la simplicit é, entre essentiel et inessentiel. Le détail est alors un parfait révélateur de ce sens de l'équilibre que l'on serait tenté de qualifier d'inné tant il paraît tel—et ce n'est pas la moindre de ses réussites de laisser cette impression—, mais qui en réalité est le fruit d'un travail constant et d'une surveillance incessante. Or le détail est d'autant plus éloquent quand l'équilibre est amené à changer structurellement, en passant notamment d'une forme brève du récit à une forme longue. En effet, classiquement, le statut du détail est modifié en quantité et en qualité selon qu'il intervient dans un récit bref ou dans un récit long. Moins présent dans la nouvelle, il s'y révèle normalement plus important que dans le roman. Le détail dans une nouvelle n'est jamais ou rarement anodin, il opère en tant que signe ou indice. Plus fréquent dans le roman, son importance paraît souvent plus diluée. Mais dans les récits de Camus, cet équilibre est autre. En effet, si l'on s'arrête pour l'exemple sur une de ses nouvelles, «Les...

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Additional Information

ISSN
1931-0234
Print ISSN
0014-0767
Pages
pp. 56-63
Launched on MUSE
2010-06-24
Open Access
No
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