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Post-coca et post-coïtum: La jouissance du logo chez Guillaume Dustan et «Seinfeld» Bénédicte Boisseron L'eau, dit-on, frémit avant de bouillir, c'est ce que nous appelions la séduction: une pré-ébullition superficielle, une agitation préliminaire et visible. —Jacques Derrida, Donner la mort LA CULTURE «POP» INFLUENCE CHAQUE JOUR notre façon de regarder, écouter, lire, et juger. Elle s'infiltre dans tous les réseaux de communication—et l'art n'en est bien sûr pas exclu. Aujourd'hui, chacun de nous a été exposé, à un degré ou un autre, à cette culture globale et contaminante. Je compte présenter, dans cet article, une étude comparative entre le sitcom américain «Seinfeld» et les livres français de Guillaume Dustan en utilisant la boisson coca-cola comme trame idéologique. Cette étude vise, d'une part, à souligner l'américanisation de la littérature moderne française à travers la transmission de la culture «pop» aujourd'hui indissociable de l'impérialisme économique américain, et d'autre part, à montrer comment la culture «pop» a créé une libre circulation des idées et des biens de consommation d'un champ de production à l'autre—qu'il s'agisse de champs de production culturel, médiatique ou économique. Mon but est de prouver que cette libre circulation est le fruit d'une société post-industrielle et postmoderne qui repose sur la production et la consommation du vide dans une logique de sublimation et d'hyperréalité. L'intermédialité moderne se définit donc par l'intertextualité du vide, effaçant ainsi toute spécificité propre à chaque champ de production. Elayne Rapping, dans son article «The Seinfeld Syndrome» déplore la nouvelle vague de sitcoms américains offrant des portraits de personnages qui ont, dit-elle, «nothing to do but hang out and talk about it»1. Ces personnages évoluent dans un univers où il existe le temps du temps: le temps de ne rien faire, de se renvoyer l'écho du creux des conversations, de transformer le poids de la vie en légèreté anecdotique, d'être juste là . Le sitcom «Seinfeld» dont la stratégie marketing du directeur de NBC était justement de créer une 'série sur rien'2, «a show about nothing», est le modèle originel de ce nouveau genre de médias qui vendent effrontément du rien en tant que rien. L'intérêt de l'article de Rapping, cependant, ne réside pas tant dans le point de vue de Vol. XLIII, No. 2 81 L'Esprit Créateur l'auteur mais bien plus dans son approche et sa tonalité. Quand Rapping ouvre son article en demandant «Am I the only left-leaning U.S. citizen who has not joined the cult of Seinfeld?»3, elle semble envelopper sa critique d'une idée de conspiration médiatique, de conditionnement du vide, dont elle seule serait exclue. Faut-il en effet voir la nouvelle tendance médiatique de la transparence du rien comme une conspiration qui contamine nos vies, nos goûts et notre façon de penser? Il existe, certes, une globalisation du syndrome «Seinfeld », nouveau genre médiatique qu'on retrouve déjà dans d'autres domaines de production (production littéraire par exemple), mais ce syndrome n'est qu'un symptôme d'une tendance bien plus généralisée que j'appellerai ici «logoïfication». Dans son article «Coke as Objet Petit a»4, Slavoj Zizek propose une lecture à la fois post-moderne et lacanienne du coca-cola en faisant intervenir tour à tour le virtuel, le réel et le fantasmatique. En déconstruisant le pouvoir subliminal qu'exerce le logo dans l'inconscient du consommateur, Zizek démontre que le coca ne répond en rien à la demande mercatique de la boisson ordinaire. Dans son absence d'apport nutritif, gustatif, ou de satiété, le coca incarne le trou noir idéologique, la mise à mort de la matière, l'autor éférence du désir dans une poursuite alléchante en abîme. Même les plus fervents adeptes du coca ne pourraient...

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Additional Information

ISSN
1931-0234
Print ISSN
0014-0767
Pages
pp. 81-91
Launched on MUSE
2010-06-24
Open Access
No
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