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Régime scriptural, régime politique dans les derniers cahiers de Paul Valéry Robert Pickering PARMI LES MULTIPLES ÉCHAPPÉES ET APERÇUS qu'une critique d'obédience génétique peut permettre, une clarification des énergies , des rythmes et des poussées divers définissant une certaine manière de vivre l'acte d'écrire face aux événements et à la coulée de l'exp érience est sans doute l'un des aspects les plus performants. Investigation qui s'impose particulièrement, peut-être, dans le cas de Paul Valéry, chez qui l'imm édiat d'un vécu notamment d'ordre événementiel est écarté avec une persistance sans appel («Les événements sont l'écume des chose. Mais c'est la mer qui m'intéresse»1). L'étude des manuscrits, des tonalités et des rythmes variables qui peuvent s'y déclarer, et l'analyse apportée à la mise en page de l'écriture—celle-ci présentant une gamme très diversifiée de creux et de reliefs dans la distribution et la disposition des blocs de texte, à l'écoute des affects et de la pensée, et suivant des modalités d'inscription en étroit accord avec les exigences de la sensibilité—révèle, chez cet écrivain traditionnellement considéré comme situé à l'écart de toute insertion dans le réel des êtres et de la marche des événements, une nouvelle face, une manière saisissante d'établir un rapport de proximité avec son époque. Double apport ici, donc, de la critique génétique: celui d'éclaircir, en repérant le tracé des régimes d'inscription, l'être profond de l'écrivain, et la naissance du besoin d'écrire; celui aussi de réviser très significativement, à la lumière du tracé scriptural, la thèse reçue du recul valéryen, en dégageant une relation serrée entretenue avec le monde du quotidien, notamment politique. En ce sens-là , la conjonction de «régime scriptural» et de «régime politique» que je souhaiterais proposer dans les remarques suivantes n'a rien d'une boutade. Dans une telle perspective, les acquis de la critique génétique— notamment les rapports extrêmement riches qui peuvent se déclarer entre l'écriture manuscrite et l'espace de la page destiné à l'accueillir—nous sont d'un précieux concours pour procéder à une réévaluation «autre» de la vision «officielle» promulguée par des publications aux opinions apparemment tout à fait arrêtées. Entre autres, une telle analyse doit rester accrochée non seulement aux façons d'écrire et au contenu de la réflexion, mais aussi au rôle intégrant joué par la page, en tant que réceptacle actif de l'écrit—espace dans lequel se déclare toute l'aventure de l'acte d'écrire, entourée par les nombreux aléas qui guettent une volonté d'expression personnelle. 90 Summer 2001 Pickering L'évaluation de l'écriture valéryenne sous le terme de «régime» est depuis longtemps un lieu commun de la critique génétique. Désignant une manière de production, un processus de rendement, le régime de l'écriture se prête à de multiples acceptions et appréciations. Malgré son aspect massivement homogène, l'immense champ de rédaction et d'exploration que sont les Cahiers de Valéry s'accommode particulièrement bien à cette notion, et s'ouvre à de multiples variations temporelles et spatiales de mise en écriture.2 A des époques différentes, témoignant de considérations et de préoccupations sensiblement divergentes, correspondent ainsi des régimes d'écriture très variés, faisant du document un tissu complexe qui demande une lecture ouverte à de multiples niveaux de rédaction. Les premières années, marquées par des intérêts de grande ampleur où viennent s'annoncer certains leitmotive essentiels , comme la recherche difficile de théories capables de sonder le fonctionnement hétérogène de l'esprit, ou l'intérêt profond pris à une «esthétique navale», avec les prolongements mathématiques de cette...

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Additional Information

ISSN
1931-0234
Print ISSN
0014-0767
Pages
pp. 90-107
Launched on MUSE
2010-06-24
Open Access
No
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