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La guerre dans les textes littéraires d'Anna Langfus: la mise à distance de l'expérience Clara Lévy NÉE À LUBLIN EN 1920, Anna Langfus est issue d'une riche famille juive polonaise. Elle se marie relativement jeune et s'installe, avec son époux, à Verviers, en Belgique, où tous deux terminent leurs études à l'École polytechnique. Ils rentrent à Lublin en 1939—c'est-à -dire au moment où la guerre éclate et où la Pologne est envahie. Pendant la Seconde guerre mondiale, Anna Langfus fait personnellement l'expérience de la vie dans le ghetto puis de la torture. Toute sa famille est exterminée; elle-même survit, et se réfugie en France en 1947. Là , elle se remarie, travaille dans un orphelinat. Au bout d'une dizaine d'années, elle commence à écrire en français des textes littéraires, en partie inspirés par son expérience de la guerre. Ces textes donneront lieu à trois romans, publiés en cinq ans chez Gallimard: Le Sel et le soufre en 1961, Les Bagages de sable en 1962 et Saute, Barbara en 1965. Si les lecteurs occidentaux ont pris, depuis plusieurs années déjà , l'habitude de voir paraître des textes de témoignage ou de fiction, concernant la Shoah, il faut souligner que, au début des années soixante, cette pratique est encore assez rare. Lorsqu'elle a fait paraître Le Sel et le soufre, en 1960, elle était parmi les premiers écrivains—au demeurant une des seules femmes—à écrire un roman sur la Shoah. D'autres écrivains—des rescapés des camps pour la plupart, venus de l'Europe de l'Est après la guerre— ont, comme elle, adopté le français comme langue littéraire. À la fin des années cinquante et au début des années soixante, certains de ces rescapés, qui avaient gardé le silence pendant près de quinze ans, ont éprouvé le besoin de porter témoignage sur leur confrontation à la mort. Hs ont opté pour récriture romanesque. Tel est le cas de Piotr Rawicz dans Le Sang du ciel (1961), de Manès Sperber dans Qu'une larme dans l'océan et d'Élie Wiesel dans les nombreux romans qui ont suivi La Nuit (1958). À ce groupe appartiennent aussi des écrivains nés en France comme André Schwarz-Bart, l'auteur du Dernier des Justes (1959), et des écrivains de l'Europe de l'Ouest, tel Jorge Semprun. (Le Grand Voyage, 1963)1 Anna Langfus fait donc partie de la toute première génération non pas qui écrit sur la Shoah2, mais qui écrit sur la Shoah avec une certaine audience, aussi bien parmi la critique littéraire que parmi le grand public. En témoignent notamment les récompenses obtenues par deux de ses ouvrages: le prix Charles Veillon pour Le Sel et le soufre et le prix Goncourt pour Les Bagages 52 Summer 2000 Levy de sable. Elle appartient aussi à une génération qui écrit littérairement sur la Shoah: la guerre ne donne pas lieu à un témoignage brut mais est transmuée en matériau littéraire. Celui-ci est travaillé de deux manières complémentaires . D'une part, l'écriture de la guerre est en grande partie fondée sur l'exp érience personnelle; Anna Langfus souligne ainsi longuement la rupture irréversible que la guerre a causée: rupture avec le temps de paix, bien sûr, mais aussi rupture entre les Juifs et le reste de la nation polonaise. D'autre part, l'écriture de la guerre est, chez Anne Langfus, contournée, oblique, et plus douloureuse encore lorsqu'elle s'attache à mettre au jour les résurgences des «souvenirs de guerre» dans l'après-guerre: on a là une écriture de la mémoire, non pas seulement en ce qu'elle s'attache à évoquer le passé, mais surtout en ce qu'elle dévoile la persistance du passé dans le présent. Enfin, ces deux types d'écritures donnent lieu à un retour auto-réflexif de l'écrivain sur son oeuvre: Anna Langfus s'interroge longuement sur...

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Additional Information

ISSN
1931-0234
Print ISSN
0014-0767
Pages
pp. 52-60
Launched on MUSE
2010-06-24
Open Access
No
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