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MLN 117.4 (2002) 768-779



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Les Enfances mal-lisantes de Valery Larbaud

Denis Pernot


Le roman d'enfance connaît une grande vogue dans les dernières années du XIXe siècle qui voient, pour ne citer que quelques titres, la parution du Petit Chose (1867) et de Jack (1876) d'Alphonse Daudet, de L'Enfant (1884) de Jules Vallès ou de Sébastien Roch (1890) d'Octave Mirbeau, phénomène qu'il faut associer, comme le signalent les premières études qui lui sont consacrées, au développement de la politique scolaire. A l'image de Jacques Vingtras, l'enfant qui est alors mis en scène est en effet un enfant scolarisé et un enfant lecteur, qui fait passer une nette frontière entre des lectures autorisées (impunies) et des lectures interdites (punies). Appuyées sur la citation d'un passage du Tour de la France par deux enfants (1877) qui montre « Julien tout fier d'être érigé en lecteur », les pages où Guillemette Tison s'arrête aux représentations de « l'enfant lecteur » de la seconde moitié du siècle montrent qu'elles sont désormais valorisantes, mais qu'elles suscitent toujours une grande méfiance. A commencer par Paul Bourget, nombre d'écrivains persistent en effet à dénoncer la lecture d'œuvres qui faussent la vision du monde de l'enfant, et rêvent « d'un livre idéal qui serait l'initiateur du héros découvrant la vie » 1 . Le tracé de la frontière qu'ils font passer entre « bonnes » et « mauvaises » lectures joue alors avec celui que le monde enseignant [End Page 768] institue entre des œuvres à (faire) lire, les « classiques », et une littérature « contemporaine » exclue du domaine scolaire. Ouvrir la réflexion à des œuvres du tournant du siècle oblige à constater que celles-ci posent volontiers un partage entre la lecture de « classiques » et celle d'œuvres désormais perçues comme représentatives d'une littérature « nouvelle » ou « jeune ». Un tel déplacement révèle que la réforme des enseignements littéraires de 1880 donne naissance à un sentiment de malaise que beaucoup (Marcel Schwob, Léon Daudet, Remy de Gourmont, Valery Larbaud...) expriment en participant au débat pédagogique du temps ou en mettant en scène des enfants mal-lisants, plutôt que « mauvais lecteurs », de nouvelles victimes du livre et surtout des victimes de nouveaux livres, les « classiques ». Si, rapportés à ce contexte, plusieurs des enfants que peint Larbaud sont indubitablement mal-lisants sont-ils pour autant conduits à disparaître prématurément, comme Joanny Léniot, à entrer, comme Gaston d'Ercoule, dans les sphères du vol et du snobisme, ou à devenir, comme Julien Moreau, les auteurs de « littérature que c'est pas la peine »?

Survivre au lycée : de la littérature que c'est (ou non) la peine

Plusieurs des textes critiques que Larbaud rédige à la veille de la guerre s'ouvrent sur l'élaboration d'un partage entre une « bonne » et une « mauvaise » littérature, une « littérature que c'est la peine » et une « littérature que c'est pas la peine » d'écrire, de lire ou d'étudier. L'opposition serait banale, s'il ne l'amenait en posant que l'école et l'enseignement des lettres sont responsables d'une profonde crise de la valeur littéraire. Plutôt que de se contenter d'inscrire les articles qu'il consacre à Léger et à Fargue dans le cadre des querelles qui opposent alors les défenseurs du classicisme à ceux du romantisme, les contempteurs du roman personnel à ceux du roman à thèse, la distinction qu'il fait passer entre « bonne » et « mauvaise » littérature déplace en effet, comme en témoigne un évident embarras sémantique, des débats engagés de longue date et en vient à poser un partage entre la « littérature que c'est pas la peine », vue comme une littérature « académique » ou « électorale » et la « littérature que c'est la peine », dont la valeur...

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Additional Information

ISSN
1080-6598
Print ISSN
0026-7910
Pages
pp. 768-779
Launched on MUSE
2002-09-01
Open Access
No
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