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MLN 117.4 (2002) 698-709



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Régénérer la nation:
les enfants terrorisés de la Révolution

Wilda Anderson


Le grand problème de la Révolution tardive était, comment construire une nouvelle identité pour le citoyen politiquement correct? Ce que partageaient tous les révolutionnaires, de gauche comme de droite, enfants tous des Lumières, c'était la présomption que l'action humaine paradigmatique est d'être présent à soi-même comme agent en fonction de la façon dont on manipule le contenu de son esprit : on le manipule en le transformant en paroles. Vous êtes, c'est-à-dire que vous êtes conscient à vous-même d'être vous-même, et même d'être un être pensant, seulement en tant que, et de la façon que, vous énoncez. Toute autre action humaine est modelée et donc en grande partie déterminée par votre compréhension de l'opération de l'activité de parler. Votre voix est qui vous êtes. D'où l'obsession des révolutionnaires pour des débats sur la langue, le vocabulaire et leurs rapports à l'histoire et la « régénération de la nation », comme ils disent tous.

L'activité de se servir du langage est tout sauf spontanée ou innée. On l'apprend; c'est-à-dire que c'est une activité culturellement et historiquement déterminée. Si vous voulez éliminer les actions ou comportements humains qui vous sont culturellement inacceptables, ou si vous voulez en créer de nouvelles, il faut retourner directement à la source de toute activité humaine et réformer la langue qu'utilise votre peuple. Il semble à premier abord qu'on ne peut que rendre silencieux les énonciateurs déjà formés par un passé historiquement regrettable. Eux, les adultes, ils ont déjà été programmés de façon presque irrémédiable; il faut les enfermer par un réseau de lois qui contraindra de l'extérieur leur obéissance aux nouvelles normes [End Page 698] sociales. Vous ne commencez véritablement à former une nouvelle société qu'avec la jeunesse, pour et chez qui vous créez de nouveaux types d'identité. Le programme lavoisien de la nomenclature chimique, comme la seule grande réussite du projet condillacien du perfectionnement de la langue scientifique, suggérait que ces transformations étaient tout à fait possibles. Mais dans le nouveau contexte révolutionnaire, il fallait comprendre un peu différemment les sens, les conséquences et les enjeux du programme lavoisien.

Or à qui mieux s'adresser pour en faire l'adaptation qu'à son auteur? Le Comité d'instruction publique établi pour étudier ces questions a présenté en janvier et ensuite au mois d'avril 1793 à la Convention un rapport sous les signatures de Condorcet, Lakanal et Lavoisier, peu de temps avant l'arrestation de Lavoisier et la fuite en cachette de Condorcet. C'est un rapport fascinant, synthèse de Condillac et de l'Encyclopédie, où une pyramide ordonnée d'une hiérarchie d'écoles de plus en plus spécialisées arrivera au point culminant qui deviendra, quelques années plus tard, l'Institut des Sciences. Ce qui est le plus important pour ce que nous discutons aujourd'hui, c'est le programme d'études élémentaires. Le contenu était, bien sûr, plus ou moins condillacien. Les sujets étaient le résultat d'une analyse décompositionnelle du savoir humain; les enfants étaient censés commencer par les principes les plus simples dans l'étude de la nature matérielle pour arriver vers l'âge de dix ans à une conception générale de base, même simpliste, de leur environnement. Ils devaient aussi commencer, dès l'âge de cinq ans, l'étude d'un sujet appelé « le calcul moral », qui devait être en grande partie une élaboration analogue aux « principes naturels » d'une moralité publique et privée convenable à cette nation régénérée et républicaine. Or, ce qui nous intéresse ici, c'est...

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Additional Information

ISSN
1080-6598
Print ISSN
0026-7910
Pages
pp. 698-709
Launched on MUSE
2002-09-01
Open Access
No
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