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Reviewed by:
  • Le Restaurant dans le roman réaliste: narration et évaluation
  • Daniel Desormeaux
Joëlle Bonnin-Ponnier . Le Restaurant dans le roman réaliste: narration et évaluation. Paris: Honoré Champion, 2002. Pp 583. 83.60 €, 548.38 FF.

On sait depuis des lustres que l'on mange beaucoup dans les romans naturalistes. D'autant que l'on sait depuis fort longtemps, depuis les confidences indiscrètes des Goncourt, qu'Émile Zola était un grand mangeur, et qu'il aurait perdu que de justesse cette place d'« écrivain cuisinier » qu'un Alexandre Dumas s'accaparait dans ses écrits gastronomiques. Pourtant, dans sa thèse encyclopédique, sérieuse et minutieusement écrite, Joëlle Bonnin-Ponnier, consciente des réticences théoriques et des préjugés thématiques, analyse de façon précise la place du restaurant dans le roman naturaliste ; elle s'exécute en passant en revue tout ce que l'on savait sur le système oppositif des lieux gastronomiques dans les romans, pour ensuite faire ressortir l'enjeu dissimulé des « manières de table » qui seraient à la base d'une vision du monde bourgeois qui établit une hiérarchie des valeurs entre le lieu de fabrication et le lieu de la consommation de la nourriture. L'auteur déblaie une véritable piste topologique à partir des prolégomènes de l'éthique sociale du naturalisme contre l'illusion du restaurant.

Au départ, elle distingue trois axes heuristiques auxquels sont rattachées les données sociales de cette nouvelle « institution » romanesque qu'est le restaurant au XIXe siècle : le regard, le travail et la parole. C'est en vertu de cette triade que l'on découvre en quoi l'acte de manger prend une nette dimension socio-psychologique dans l'intrigue romanesque, dans la mesure où la doctrine naturaliste, pour paraphraser Zola lui-même, s'intéresse moins à « l'homme métaphysique » qu'à « l'homme physiologique ». Le fait de manger, autrement dit, est intimement lié à l'idée que le naturaliste se fait de l'homme qu'il observe dans la vie, en tant qu'un corps qui répond à des besoins naturels ainsi qu'aux différentes modes de satisfactions sociales et culturelles. Que la nourriture semble s'inscrire dans la visée idéologique du naturalisme qui impose un système d'évaluation dans les moindres faits et gestes, les paroles les plus simples, les jouissances les plus saugrenues, les comportements les plus banales des mangeurs dans la fiction, ce n'est pas ce qui compte vraiment au fond pour l'écrivain naturaliste ; le plus important, c'est la dynamique sociale de la jouissance, et non la portée romanesque des performances gustatives des personnages. Un personnage mange (donc agit) selon son instinct et son milieu.

Cela étant ainsi, l'auteur opère une sorte de cadrage narratologique qu'elle convient d'appeler un « parcours alimentaire » et un « parcours de mangeur ». Deux parcours distincts qui montrent jusqu'où le repas (l'acte de manger) au restaurant advient de façon constante dans l'intrigue du texte naturaliste, tout en revêtant des formes et fonctions variées. Quelle qu'en soit l'importance d'un repas dans la fiction, la référence au restaurant reste tributaire de la destinée complexe du personnage. Une scène gastronomique n'est pas une fin en soi. Elle sert de « miroir symbolique » d'une existence sans jamais la dépasser, voire la résumer ou l'occulter. Contrairement à l'atmosphère réaliste des modèles balzaciens, où un repas peut devenir signe d'un échec ou d'une réussite sociale, il ne se passe presque rien dans le roman naturaliste qui exigerait une surenchère gastronomique. Dans une perspective strictement événementielle, le narrateur naturaliste banalise même le moment que le gastronome passe à table. À peine si ce dernier connaît une satisfaction transitoire.

C'est dans la deuxième partie de son livre que Bonnin-Ponnier aborde en définitive la problématique de l'Autre. Le chapitre intitulé « Regarder, ou le restaurant-spectacle »—le plus important et aussi le plus long de l'ouvrage—porte sur la...

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Additional Information

ISSN
1931-0234
Print ISSN
0014-0767
Pages
pp. 115-116
Launched on MUSE
2006-09-26
Open Access
No
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