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French Historical Studies 23.2 (2000) 277-300



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Se souvenir d’où l’on s’en va:
L’Histoire et la mémoire comme reconnaissance et distance *

Jocelyn Létourneau

Teaching National and Regional History in a Global Age

Enseigner l’histoire, comme l’écrire, c’est offrir aux héritiers le moyen de porter le passé et de s’en libérer en même temps. Il ne saurait y avoir d’histoire qui ne soit, tout à la fois, volonté de reconnaissance de ce qui fut et recherche de distance critique par rapport à ce qui a été. L’histoire n’est pas que la reconstitution et la restitution passive de l’action passée du genre humain. Elle consiste également en une activité réflexive sur cette action qui vise à comprendre la complexité de la condition humaine dans la conscience de demain.

Comment articuler le souvenir au devenir sur un mode qui permette aux héritiers de se situer dans un rapport simultané de reconnaissance et de distance par rapport à ceux qui les ont précédé, telle est la question que nous entendons aborder dans ce petit texte d’argumentation. Avec, en corollaire, une seconde interrogation tout aussi difficile mais capitale: quel pourrait être le rôle de l’intellectuel, et notamment de l’historien, y compris de l’enseignant, dans la production d’une conscience historique qui ne soit hypothéquée ni par le passé à porter ni par le futur à construire, une conscience qui, au lieu de s’arc-bouter à ces désespérantes devises: “Je me souviens” ou “J’oubli et je recommence”, donnerait des “ailes” aux sujets conscientisés en leur offrant la possibilité de s’affranchir, sur un mode responsable mais salutaire, des contraintes du passé tout autant que de celles du futur, affranchissement que résume bien cette formule: “Souviens-toi d’où tu t’en vas”?

Au lieu de discuter de l’intérêt de cette formule de manière abstraite ou normative, nous avons décidé de partir d’une situation que [End Page 277] nous connaissons un peu mieux, celle du Québec, en cherchant à voir quel pourrait être, en ce lieu, l’avenir de l’histoire et de la mémoire.

Notre propos suivra la progression suivante: dans un premier temps, nous entrerons au cœur des tourments et des malaises de l’histoire et de la mémoire collective au Québec français. Nous nous interrogerons ensuite sur la façon la plus appropriée d’envisager le rapport des héritiers avec et contre les anciens dans la perspective d’un avenir à édifier. C’est dans ce contexte qu’il nous paraît pertinent de concevoir l’histoire et la mémoire sous l’angle d’un rapport de reconnaissance et de distance des descendants envers les ancêtres. En finale, nous porterons notre attention sur le rôle que pourraient jouer les intellectuels, et notamment les historiens, dans le dépassement du paradoxe apparent au fait de se souvenir et de devenir en même temps, paradoxe qui est bien au cœur de la problématique identitaire québécoise contemporaine. C’est dans ce cadre que nous proposons de revoir le rôle savant et civique de l’intellectuel à l’aune de la fonction de pédagogue et de relayeur.

De manière générale, la légitimité de notre démarche paraît fondée: il est clair que l’avenir du Québec, comme celui de bien d’autres entités sur la planète, passe par un nouveau rapport des populations concernées à leur passé mis en histoire, de même que par une reconformation des paramètres de leur mémoire collective colligée. Or, dans l’établissement de ce rapport, il existe certainement, pour l’intellectuel au sens large du terme, un rôle qui l’appelle au plus profond de son être. Car, entre le passé et l’avenir, il se trouve une médiation...

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Additional Information

ISSN
1527-5493
Print ISSN
0016-1071
Pages
pp. 277-300
Launched on MUSE
2000-04-01
Open Access
No
Archive Status
Archived 2004
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