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Madame de Sévigné et la lecture

From: Women in French Studies
Special Issue, 2012
pp. 56-84 | 10.1353/wfs.2012.0025

In lieu of an abstract, here is a brief excerpt of the content:

Enfin, tant que nous aurons des livres nous ne nous pendrons pas.

Je plains ceux qui n’aiment point à lire.

(III, 643 ; 17 juillet 1689)

En 1689, à l’âge de soixante-trois ans, Mme de Sévigné réside aux Rochers, son domaine en Bretagne. C’est là que loin de Paris et de la vie mondaine, elle a beaucoup de temps pour lire, réfléchir, se promener et écrire. Dans plusieurs lettres à sa fille, Madame de Grignan, elle mentionne le sujet de la lecture pour ses petits-enfants. Elle regrette que Louis-Provence, son petit-fils, n’aime pas lire et se réjouit, par contre, de l’attitude positive de sa petite-fille : « Il serait donc bien heureux d’aimer à lire, comme Pauline » (III, 778 ; 14 décembre 1689), et elle mentionne quelques catégories possibles : romans, histoire et géographie. Un mois plus tard, elle reprend le sujet de la lecture, et ajoute les livres de morale tout en spécifiant, vu l’âge de Pauline2 : « La vraie morale de son âge, c’est celle qu’on apprend dans les bonnes conversations, dans les fables, dans les histoires par les exemples ; je crois que c’est assez ». Et elle précise : « Si vous lui donnez un peu de votre temps pour causer avec elle, c’est assurément ce qui serait le plus utile » (III, 810 ; 15 janvier 1690).

Ce que Sévigné préconise dans les deux lettres évoquées ci-dessus, c’est une éducation à la maison au lieu d’une éducation au couvent, la norme à l’époque3. Elle déconseille à sa fille de mettre Pauline au couvent car, selon elle, on n’y apprend pas grand chose4. Cette éducation à la maison fondée sur la parole comprend comme outils pour former l’esprit non seulement la « conversation », mais aussi les « lectures » que l’on discute avec son entourage. Comme l’a justement noté Roger Duchêne, « pour l’épistolière, l’esprit de la jeune fille se forme par la lecture de ce qui se lit dans le monde, romans ou livres sérieux. Point d’enseignement spécialisé, point de programme scolaire : à la différence des garçons qui reçoivent dans les collèges un enseignement humaniste […] c’est un enseignement tout moderne […] à partir de libres réflexions sur les livres à succès, ceux que pratiquent en même temps qu’elle les adultes qui l’entourent » (Mme de Sévigné ou La chance d’être femme 25). La formation de Sévigné correspond tout à fait à cette description car elle a pratiqué l’art de la conversation et la discussion de livres dès l’hôtel de la rue des Francs-Bourgeois, mais aussi chez Mme de Rambouillet, Mlle de Scudéry, Mme du Plessis-Guénégaud et dans d’autres cercles mondains. A Paris, elle a rencontré de nombreux hommes de lettres de son temps, tels Chapelain et Ménage quand elle était jeune adulte, et plus tard le Père Le Bossu, Boileau, Corneille, Molière… Et de tout temps, elle a aimé la compagnie des honnêtes hommes érudits ainsi que celle de ses amis, La Rochefoucauld, Mme de Lafayette, Pomponne, Corbinelli..., tous très cultivés5.

A plusieurs reprises dans ses lettres, Sévigné mentionne son manque de mémoire pour justifier la re-lecture de certains ouvrages (en particulier celle des romans que sa fille méprise), mais en fait elle apprécie de plus en plus ce que la re-lecture de bons livres peut apporter à la compréhension des textes. Selon elle, « […] on n’a du plaisir que quand on s’affectionne à une lecture et que l’on en fait son affaire » (III, 786, 21 décembre 1689), et encore : « Je relis même avec mon fils certaines choses que j’avais lues en courant à Paris et qui me paraissent toutes nouvelles. Nous relisons aussi à travers nos grandes lectures des rogatons que nous trouvons sous notre main, par exemple toutes les belles oraisons funèbres de Monsieur de Meaux, de M. l’abbé Fléchier, de M. Mascaron, du Bourdaloue...



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