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La liberté politique selon Arendt et Tocqueville
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Les œuvres d’Alexis de Tocqueville et de Hannah Arendt, tout en étant des classiques de la pensée politique, continuent encore de nos jours à demeurer inclassables. On peut en effet soutenir que leur approche n’est ni strictement « républicaine » ni strictement « libérale » mais plutôt proprement politique. L’un de ses traits fondamentaux réside dans la « manière de penser politique », c’est-à-dire dans le fait de considérer que la liberté politique est constitutive du vivre ensemble. Il suffit à cet égard de se rappeler que Hannah Arendt, dans son article intitulé « La désobéissance civile »2, présente Alexis de Tocqueville comme le plus profond penseur de la participation politique, en le citant comme suit : « Pour que les hommes restent civilisés ou le deviennent, il faut que parmi eux l’art de s’associer se développe et se perfectionne dans le même rapport que l’égalité des conditions s’accroît3 ». Dès lors, à quel point la pensée de ces deux auteurs se croise-t-elle ? Quelles sont leurs convergences et divergences dans leur manière d’aborder le problème de la liberté en tant que fondement de l’action politique et la participation aux affaires publiques ? Où situent-ils les impasses de la liberté au sens général du terme ?

Une telle comparaison, et au-delà l’établissement d’une liaison entre leurs analyses philosophiques et leurs investigations politiques, est rendue possible par le fait que c’est précisément leur conception de la liberté politique qui se trouve au carrefour de leurs œuvres. Cette conception montre clairement la distinction de ces deux penseurs avec la tradition philosophique selon laquelle la politique est une occupation professionnelle qui concerne spécifiquement les membres du gouvernement et de l’État.

De ce point de vue, nous nous efforcerons ici de comparer les compréhensions de la liberté politique chez Arendt et Tocqueville, en tant que penseurs du politique, à partir de trois types de relations : d’abord la distinction entre le libre-arbitre et la liberté politique, ce qui correspond à la distinction entre la philosophie traditionnelle et la tradition de la pensée politique ; ensuite la relation ambiguë entre l’égalité et la liberté qui est apparue à la naissance de la modernité politique ; et enfin la distinction entre le social et le politique devenue problématique depuis l’avènement de la société. Chaque type de relations permettra de mieux comprendre les pensées d’Arendt et de Tocqueville et contribuera à donner le cadre conceptuel nécessaire pour réfléchir à la priorité du politique chez ces deux penseurs.

La question de la liberté politique

Pour commencer donc, en quoi l’approche de la liberté politique chez Arendt et Tocqueville se distingue-t-elle des conceptions traditionnelles du libre-arbitre ? Étant donné que la pensée de Tocqueville se fonde sur une critique de l’ « individualisme » du point de vue d’une analyse de la transformation irréversible des sociétés modernes, nous allons nous efforcer d’expliquer la critique du phénomène de l’enfermement des individus dans leur vie privée selon Tocqueville, en montrant sa distinction avec la tradition libérale qui se réfère souvent à sa pensée quand il réfléchit à la modernité politique. Parallèlement à la conception de la liberté politique chez Tocqueville, nous allons chercher à saisir celle d’Arendt qui attire l’attention sur les dangers de la restriction du domaine politique dans les démocraties modernes et qui se donne pour tâche d’élucider le sens du politique en s’appuyant sur la pluralité, c’est-à-dire sur l’égalité et la distinction entre les hommes libres et en se référant spécifiquement à l’expérience politique de la cité grecque.

Afin de mieux comprendre la particularité de la pensée politique de Tocqueville souvent citée par les philosophes, les sociologues, les historiens et les politologues, il nous faut expliquer que même si les commentaires contemporains ont inscrit leur pensée dans un courant surtout libéral et individualiste, elle se fonde en effet sur une problématique proprement...



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