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Plaidoyer historique en faveur d’une pédagogie de la laïcité au Québec
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L’histoire intellectuelle du Québec que j’ai balisée de 1760 à 1965 a mis en évidence un certain nombre de trames dont celles des libertés et de la démocratie. Elle a mis en présence la bourgeoisie de doctrine libérale ou conservatrice et le clergé et permis, du coup, de suivre le combat en faveur et la résistance contre l’idée de séparation de l’État et de l’Église, par exemple1. Disposant d’un point de vue panoramique sur l’histoire des idées au Québec du XVIIIe siècle à nos jours, mon propos est d’identifier et de suivre sur deux siècles les trames qui font voir l’évolution – avancées, stagnation, reculs – de la laïcité. Présentées selon trois moments – de 1760 à 1930, de 1930 à 1960 et de 1960 à nos jours –, ces six trames sont les suivantes : trame cléricale, trame républicaine, trame démocratique, trame laïque, trame de l’émancipation et trame du statut de l’État. Au fil de la réflexion et de la rédaction de ce texte, une préoccupation a fait surface : les modalités selon lesquelles les changements se font au Québec, d’où la trame sur l’émancipation, non prévue à l’origine. Aux relectures de mes travaux, mon intention s’est clarifiée : identifier les fondations sur lesquelles une pédagogie publique de la laïcité risquerait d’être efficace et de se faire en profondeur.

L’historiographie clericale

Par je ne sais quel raccourci de la pensée et de la mémoire, les Québécois ont une habitude structurelle d’oubli en trois temps : reconnaissance d’un fait devenu désagréable et inacceptable, rejet de cette réalité et conviction que dans ce brusque processus de liquidation ils ont su remplacer par un contenu à jour ce qu’ils avaient évacué. Le hic dans cette façon d’oublier réside dans le fait que le processus de transformation produit le plus souvent des scories dont on ne sait le plus souvent que faire. Les Québécois sont convaincus d’avoir liquidé les scories dans et avec la transformation. Les choses semblent se faire d’elles-mêmes, finissent par se réaliser dans les faits tant elles ne peuvent plus prévaloir. C’est là le signe d’un réformisme profond. Le changement s’opère sans résidu apparent de passé, peutêtre parce qu’on ne veut absolument plus de ce passé global. L’excès de domination cléricale appelle un excès de rejet, mais le coefficient de domination britannique ne semble pas avoir appelé une réaction aussi radicale.

Ce type d’oubli vaut évidemment pour l’histoire. Le Québec est passé d’une historiographie cléricale, écrite par des clercs ou reconduite dans des manuels scolaires à auteurs cléricaux - dont l’édition était faite sur les presses de communautés religieuses -, à une histoire faite et écrite par des historiens laïques dans des départements d’Histoire à partir de 1947. Qui, dans le public, se rend compte de ce changement? Qui reconnaît que depuis le XIXe siècle l’histoire est écrite par le clergé ? Que depuis ce temps, les idées libérales, républicaines, démocratiques, laïques ont été un angle mort de cette histoire, qu’elles en ont été absentes?

La question critique est simple : comment la population pense-telle avoir court-circuité un ou deux siècles de changements et de débats tout en prétendant être magiquement à jour et capables aujourd’hui de trouver et de comprendre les arguments en faveur de la laïcité ? Le nœud est là; il faut le connaître et le reconnaître pour penser aujourd’hui la laïcité républicaine.

Une conscience fondatrice divisee

Pour expliquer le réformisme québécois et une mentalité hésitante, il faut savoir qu’il n’y a pas au Québec de conscience fondatrice, de conscience d’un point de départ originel. La conscience fondatrice y est plutôt une conscience divis...



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