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Famille, différentialisme et républicanisme au Québec
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Dans les sciences humaines, l’étude de la famille et celle de la politique semblent être des territoires étrangers. La famille serait le lieu par excellence où on se réfugie pour échapper aux passions politiques. La vie civique serait, elle, le continent sauvage où s’évader pour échapper aux tyrannies de l’intimité. Des chercheurs ont parfois tenté de cerner les liens mystérieux unissant les deux territoires. Mais il ne s’agit pas d’une entreprise populaire, bien que les travaux de certains anthropologues du politique fassent exception. Au Québec, parmi les rares écrits existants sur le lien entre famille et politique, on trouve les premiers textes de Vincent Lemieux. La thèse de doctorat de ce dernier, réalisée sur les électeurs de l’île d’Orléans, décrivait les rapports entre les liens de parenté et les clivages politiques1. Le politologue avait découvert le fait suivant. Plus la densité des liens de parenté était élevée, plus les individus étaient portés à voter pour une formation conservatrice ; inversement, lorsque les liens de parenté étaient faibles, les individus votaient pour une formation libérale.

Dans ce texte, nous voulons démontrer que l’analyse des liens entre famille et politique peut éclairer des aspects négligés de la tradition politique québécoise. De plus, nous pensons que certains débats politiques contemporains au Québec peuvent être mieux compris par une prise en compte des spécificités de la cellule familiale québécoise. Ainsi, dans la dernière partie de ce texte, nous allons dégager le sens d’un événement politique récent, la longue grève étudiante de 2012, qu’on peut relier aux mutations de la cellule familiale québécoise.

Les six types familiaux

Depuis vingt ans, des chercheurs réinterprètent la tradition politique québécoise, en faisant sortir de l’ombre des mouvements et des événements républicains. On sait que le débat sur le républicanisme en Europe et en Amérique du Nord a largement été alimenté par les thèses de Hannah Arendt, J. G. A. Pocock, Gordon Wood et Quentin Skinner2. Il semble désormais acquis que l’histoire nationale du Québec a été marquée par des moments républicains, bien que le principe monarchique ait tenu le coup jusqu’à nos jours3. Il y avait par exemple des adeptes de l’humanisme civique au Québec non seulement durant les rébellions de 1837, mais aussi dans l’opposition à la création du régime fédéral en 1867. En fait, plus largement, tout au long du XIXe siècle, cette troisième voie politique, distincte des voies libérale et conservatrice, survit et mêle les cartes du jeu politique4. On peut ainsi se demander, dans ce contexte, comment l’ordre monarchique a survécu au Québec, même au XXe siècle. Après tout, ailleurs dans les Amériques, les peuples ont embrassé l’horizon républicain et ce, la plupart du temps, dès le XIXe siècle. La difficulté à instituer un ordre républicain peut être rapportée, à notre sens, aux caractéristiques de la cellule familiale québécoise.

Dans les travaux du démographe Emmanuel Todd, on trouve une présentation utile de la diversité des structures familiales à travers le monde5. Sa typologie distingue six grands types familiaux : 1) famille communautaire endogame ; 2) famille communautaire exogame ; 3) famille souche endogame ; 4) famille souche exogame ; 5) famille nucléaire égalitaire ; 6) famille nucléaire inégalitaire. Cette classification se fonde ainsi sur trois sous-catégories : communautaire, souche, nucléaire. Ces trois sous-catégories renvoient, en gros, à la célèbre typologie proposée au XIXe siècle par le sociologue Frédéric Le Play6. Précisons que ces types familiaux se sont formés avant le XXe siècle dans des contextes ruraux.

La famille communautaire est égalitaire et autoritaire. L’égalitarisme s’appuie sur la pratique consistant à traiter les frères sur un pied d’égalité. L’autoritarisme, lui, tient...



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