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Le multiculturalisme sous l’angle de l’éthique de l’hospitalité
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Depuis le début des années 2000, le multiculturalisme traverse des temps particulièrement difficiles. Déjà, dans un texte initialement publié en juillet 2001, Rogers Brubaker note qu’« au lieu d’un tournant unidirectionnel et définitif de l’assimilation vers le multiculturalisme », on peut déceler un certain « retour de l’assimilation », pas au sens antérieur d’une « complète absorption » certes, mais dans les termes d’une recherche de la « similarité »1. Dans un article synthèse de 2004, Christian Joppke identifie pour sa part un tournant vers « l’intégration civique » – plutôt que « nationale » – et parle d’une « retraite du multiculturalisme », tant sur le plan des débats théoriques que sur celui des politiques publiques2. Selon lui, cette retraite signifie peut-être que la formule « ‘à Rome fais comme les Romains’ n’est pas une maxime d’intégration des immigrants dépassée, précisément parce que les ‘Romes’ contemporaines sont des lieux polyglottes dans lesquels les liens qui nous unissent sont de plus en plus procéduraux et universalistes3 ». Dans un ouvrage de 2007 qui soutient par ailleurs que « le multiculturalisme est la forme d’intégration qui répond le mieux aux implications normatives d’une citoyenneté égale4 », particulièrement dans un contexte où les attentats du 11 septembre 2001 et du 7 juillet 2005 ont favorisé une association sournoise entre anti-islamisme et anti-multiculturalisme, Tariq Modood reconnaît que « le point de départ de toute discussion du multiculturalisme doit être sa présente crise5 ». Enfin, dans leurs ouvrages de 2010 et 2012, Phil Ryan et Michael Murphy rendent comptent de cette crise en parlant respectivement d’une montée de la « multicultiphobie »6 et d’une période d’« anxiété multiculturelle »7.

Somme toute, le multiculturalisme normatif8 semble en être à un point tournant. Pour Joppke, il est au mieux désuet, parce que les « Romes » contemporaines, ayant de plus en plus tendance à n’imposer aux immigrants que le minimum libéral civique nécessaire, sont de ce fait largement ouvertes aux « possibilités multiculturelles9 », c’est-à-dire au fait multiculturel. Au contraire, selon Modood, dans le contexte de l’association sournoise entre anti-islamisme et anti-multiculturalisme, un multiculturalisme normatif bien pesé – c’est-à-dire qui considère citoyenneté et différence comme les deux faces d’une même pièce – est plus nécessaire que jamais pour intégrer à une citoyenneté « plurielle, dispersée et dialogique10 ». Qu’en est-il? Dans cet article, je soutiens qu’une analyse du multiculturalisme sous l’angle de l’éthique de l’hospitalité mène à une conclusion similaire à celle de Modood, bien que par un chemin différent, sur la nécessité d’un multiculturalisme normatif bien pesé. Plus précisément, j’avance qu’une conception néo-républicaine de l’hospitalité permet à la fois de faire ressortir les risques de domination et d’exclusion associés à un libéralisme procédural à la Joppke et de mettre en évidence le potentiel d’inclusion d’un multiculturalisme normatif à la Modood. De manière subsidiaire, cet article illustre la pertinence de l’étude des liens complexes – et trop souvent négligés – entre les politiques d’immigration et les politiques d’accueil, notamment les politiques de multiculturalisme. Pour ce faire, mon texte est divisé en trois parties. En première partie, je présente les bases de l’éthique de l’hospitalité, je distingue entre l’hospitalité d’appropriation (caractérisée par la centration sur soi) et l’hospitalité de réceptivité (caractérisée par l’ouverture à l’altérité) et j’établis un lien entre éthique de l’hospitalité et accueil des immigrants. Dans la deuxième partie, à travers une analyse du cas du Canada, on voit qu’en dépit de transformations considérables depuis les années 1960 sur le plan formel, les politiques de sélection des immigrants dans une démocratie libérale – une « Rome contemporaine », pour reprendre les termes de Joppke – peuvent être encore largement animées par une hospitalité d’appropriation (nationale) sur le plan informel. En outre, l’hospitalité d...



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