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Multiculturalisme libéral vs. interculturalisme républicain
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Dans leur rapport conjoint, Gérard Bouchard et Charles Taylor distinguent deux manières de penser le pluralisme moral et culturel. Le modèle multiculturaliste serait dominant dans l’ensemble du Canada, à l’exception du Québec, lequel privilégierait le modèle interculturaliste (Bouchard & Taylor, 2008, p. 118–130). La pertinence de cette distinction est parfois remise en question. Les deux auteurs du rapport eux-mêmes, dans des écrits ultérieurs, paraissent lui donner une portée différente. Si Bouchard insiste sur le fait que le modèle interculturaliste n’est pas une défense déguisée du multiculturalisme, notamment parce que l’interculturalisme pense la diversité culturelle sous la forme d’une dualité entre une culture majoritaire et des cultures minoritaires, alors que le multiculturalisme récuse l’existence d’une culture majoritaire (Bouchard, 2011a, 2011b2), Taylor considère pour sa part que les dispositifs politiques justifiés par les deux modèles sont similaires et qu’il s’agit principalement d’une différence de « récits » (Taylor, 2012).

J’aimerais dans ce texte proposer une défense de la distinction entre interculturalisme et multiculturalisme, tout en reconnaissant que cela puisse imposer de considérer que certains auteurs se revendiquant du multiculturalisme soient classés parmi les promoteurs d’un interculturalisme. La distinction n’en demeure pas moins pertinente afin de différencier un modèle visant à assurer la coexistence d’une pluralité de cultures au sein d’une même société – modèle auquel le multiculturalisme est généralement associé dans les contextes sociopolitiques européens et québécois (Battaini-Dragoni, 2011 ; Taylor, 2012) – et un second modèle mettant en avant l’importance de la construction d’une identité commune au travers de l’échange et du dialogue entre les différentes cultures. La spécificité du modèle interculturaliste serait de considérer que la reconnaissance de l’irréductibilité du pluralisme moral n’impose pas de renoncer à l’idée d’une identité collective, fondée sur un ensemble de valeurs potentiellement relatives au juste comme au bien, qui puisse favoriser un sentiment d’appartenance collective et renforcer la solidarité ainsi que la cohésion sociale. Le modèle interculturaliste devrait ainsi à mon sens être compris comme participant à une critique républicaine du libéralisme3.

Je souhaiterais procéder en trois temps : définir, premièrement, le sens que je donne au modèle multiculturaliste, particulièrement dans sa version libérale ; mettre ensuite en évidence ce qui distingue ce modèle interculturaliste du modèle multiculturaliste au travers d’une discussion de la présentation de cette distinction dans le rapport Bouchard-Taylor et du prolongement que Taylor a donné à sa réflexion dans un livre coécrit avec Jocelyn Maclure (2010) ; enfin, proposer quelques exemples de pratiques institutionnelles qui me paraissent distinguer l’interculturalisme du multiculturalisme. J’aimerais ainsi montrer que la distinction entre les deux modèles induit effectivement une différence importante dans les « récits » susceptibles de venir légitimer les dispositifs institutionnels. Cette différence me paraît suffisamment cruciale pour que les membres des cultures majoritaires puissent ne pas voir dans la reconnaissance du pluralisme moral une forme de précarisation de leur propre identité, mais une source potentielle d’enrichissement. Elle constitue dès lors une condition de réussite de l’intégration des cultures minoritaires. Néanmoins, je souhaiterais également mettre en évidence que cette différence de récit n’épuise pas la portée de la distinction, mais qu’elle implique également des dispositifs institutionnels différents.

I - Le multiculturalisme

Le multiculturalisme est devenu un de ces concepts qui paraissent tout à la fois incontournables et indéterminés. Toute pensée politique se doit d’aborder la question du multiculturalisme, mais le sens même du terme semble susceptible d’interprétations diverses selon les contextes géographiques – le Canada ou l’Europe de l’Ouest par exemple – et disciplinaire – politologique ou philosophique notamment (en ce sens, Meer & Modood, 2011). Il me paraît donc opportun de préciser la signification que je donne à ce terme, sans prétendre en énoncer son essence...



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